V. Grégoire de Tours, De gloria confessorum, ch. xLIv
5. Le tombeau de saint Pétrone était sous la deuxième arcade de l'église cathédrale de Die, du côté de la porte du clocher : il fut ruiné pendant les guerres de religion. Les protestants profanèrent aussi l'autel sur lequel saint Pétrone avait coutume de célébrer la sainte messe et que, par respect pour sa mémoire, on avait conservé précieusement jusqu'au xvie siècle. C'était devant cet autel que les évêques de Die allaient, le jour de leur installation, jurer de respecter les priviléges de la vilie et ceux des cha noines de leur cathédrale. (Columbi, cité par M. Nadal dans l'Aagiclogie de Valence.)
Les monuments chargés de nous transmettre la vie de saint Pétrone se sont perdus en traversant leÿ siècles. Nous avons dit tout ce qu'il est permis d'en savoir. Lire aussi, au 9 avril Ja vie de saint Marcel, son successeur et son frère.
MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX
Martyrologe de l'Ordre de Saint-Benoît, de l'Ordre des Camaldules et de la Congrégation de Vallombreuse. — Au monastère de Cusan, etc, (Voyez la dernière mention du Martyrologe romuin ; elle est lue ici en premier lieu.
Martyrologe de l'Ordre des Frères-Précheurs. — À Amaranthe, en Portugal, saint GONZALVE, confesseur, de l’ordre des Frères-Prêcheurs, qui, tout rempli de l'esprit de son père, saint Dominique, signala continuellement la prédiction qu'il fit de l'Evangile, par l'exemple de sa vie et par la fréquence de ses miracles. 4259.
À Lentini, en Sicile, sainte Thècle, vierge, et sainte Justine, sa parente, qui travaillèrent toutes deux à la conversion des païens de cette ville et y firent élever plusieurs églises. 1119 s. — En - Afrique, les saints Saturus, Vitalien, Félicité, Quint, Artate, Révocat, Firmus, Jucundus, martyrs, mentionnés dans le martyrologe de saint Jérôme. — A Cirta, en Numidie, saint Possesseur, martyr, avec deux compagnons, mentionnés dans le même martyrologe. — En Arménie, saint Domitien, évêque de Mélitène, à qui écrivit le pape saint Grégoire le Grand (lettre Lx11) ; il s’efforça de convertir Chosroës, roi des Perses, et harangua les troupes romaines marchant contre lui; l’empereur Maurice l'mstitua, dans son testament, tuteur de ses enfants. Vers l’an 600. — À Pavie, saint Alde, ermite, auparavant moine à Bobbio (époque incertaine) — En Italie, le bienheureux Benincasa, huitième abbé de Cava en Campanie, qui envoya, en 1174, cent moines de sa maison au célèbre couvent de Montréal en Sicile, fondé à cette époque par le roi Guillaume le Bon. 1194. — A Arezzo, en Toscane, la mort de saint Grégoire X, pape : il avait été archidiacre de Liége et professeur de théologie à Paris. L'église cathédrale d’Arezzo porte son nom, et le peuple chrétien y célèbre aujourd’hui sa fête. 1276 1. — En Toscane, la bienheureuse Oringa ou Chrétienne, ou encore Christine, vierge ; elle traversa un fleuve sans se mouiller en fuyant pour conserver à Dieu sa virginité, se rendit en pèlerinage à Rome et à Assise, et revint fonder dans sa patrie le monastère de Sainte-Croix, dans la vallée de l’Arno. Ellé avait commencé par ètre domestique. Le don de prophétie lui fut accordé 2. An 4310.
Né dans le xrxe siècle, mort en 1209. — Papes : Eugène III; Innocent II. — Rois de France : Louis VII le Jeune; Philippe II Auguste,
Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes, comme les hypocrites; ils montrent un visage exténué, afin que leurs jeûnes paraissent devant les hommes.
Matth., vr, 16.
Issu d’une antique et noble famille que devait encore illustrer une alliance avec la maison de France, il vit le jour au bourg d’Arthel, en Nivernais , dans la première partie du xn° siècle, et fut confié par sa mère Maëncia à son oncle Guillaume, archidiacre de Soissons, appelé l’ermaite pour ses vertus austères, lequel lui apprit de bonne heure à connaître les dangers de la vie, à mépriser les richesses et à préférer aux vains plaisirs du siècle les saines joies de l’étude et de la piété.
L'âge venu, il ne balança pas à se vouer au culte des autels, et fut, quoique bien jeune encore, nommé successivement chanoine des églises de Soissons et de Paris. Mais cette existence séculière ne lui paraissant pas assez sévère, il résigna ses bénéfices pour entrer au monastère du Grand-Mont,
1. Voir sa vie au 16 février. — 2, Voix sa vice au 18 fevrier.
dans le diocèse de Limoges, qu’il ne tarda pas à quitter également, par suite des déplorables controverses soulevées entre les frères convers et les frères lais au sujet de l’exercice des affaires temporelles et spirituelles.
Importuné de tant de bruit dans un lieu où il avait cru trouver le calme et le silence, il vint prendre la robe des novices de Cîteaux, à l’abbaye de Pontigny.
Après avoir édifié cette maison, dont il devint le prieur claustral, ses vertus lui valurent de nouveaux honneurs et l’appelèrent plus tard à diriger, comme abbé, deux monastères de la filiation de Pontigny, celui de Fontaine- Jean, au diocèse de Sens, puis celui de Chalis, fondé, en 1136, près de Senlis, par le roi Louis le Gros, où il continua de goûter les douceurs de la retraite jusqu’en l’an 4199.
A cette époque, l’archevêque Henri de Sully, qui avait occupé le siége de Bourges après Guérin de Galardon, étant décédé, les chanoines s’assemblèrent pour lui choisir un successeur, et passèrent d’abord toute une première journée sans pouvoir s'entendre.
Il y avait trois modes de procéder en pareille matière : la postulation ou la voie du Saint-Esprit, le compromis et le scrutin. On commençait par la postulation, et l’on chargeait un chanoiïne d'indiquer un candidat. Si tous les votants se levaient, cet assentiment unanime, attribué à l’inspiration du Saint-Esprit, terminait l'épreuve. Dans le cas contraire, on passait au compromis, c’est-à-dire qu’on remettait la nomination soit à un membre du chapitre, soit à un personnage étranger au chapitre; mais, dans ce cas, il était nécessaire que le mandataire fût désigné par tous les suffrages. Enfin, à défaut de résultat par ce second moyen, on avait recours au scrutin et l’on comptait les voix.
La postulation ayant été vainement tentée, on aborda le compromis, et l’on tomba d'accord pour confier l'élection à l’archevêque de Paris, Eudes de Sully, qui, ayant conservé son titre de chantre de l’église de Bourges, faisait partie du collége. Toutefois, on limita son choix aux noms de trois abbés de Citeaux, et, la nuit étant venue, on remit la désignation au lendemain.
Eudes, n’osant lui-même trancher la question, eut recours à une sorte de tirage au sort connu sous le nom de sortes sanctorum, regardé par les uns comme un appel au jugement de Dieu, mais suspect à certains autres comme hasardeux et anticanonique !. Le jour venu, il se rendit solitairement à l’église de Notre-Dame-de-Sales, déposa sous la nappe de l'autel trois billets dont chacun portait le nom d’un des trois abbés cisterciens, puis, après avoir célébré la messe, il retira l’un des billets, où se trouvait inscrit le nom de Guillaume, le digne abbé de Chalis.
Le chapitre s'était réuni dès le matin en l’église de Saint-Étienne, et, dans son impatience de connaître la décision d’Eudes, lui avait dépêché plusieurs messages, en le suppliant de porter son choix sur Guillaume. Les messagers arrivèrent au moment où l’archevèque de Paris venait de déplier le billet dont la désignation, conforme au désir général, parut une manifestation miraculeuse. Eudes se transporta en toute hâte à Saint-Étienne, et, du haut du maître-autel, raconta aux chanoines et au peuple ce qui venait de se passer, et quand il proclama que la volonté du ciel plaçait l’abbé de
1. Dans les cas ordinaires, agir ainsi serait tenter Dieu; maïs ici Eudes était peut-être conduit par une inspiration particulière : d'ailleurs, les trois sujets étant également dignes, il n'était pas absolument nécessaire que Dieu.intervint : le sort pouvait sans danger mettre fin à des irrésolutions interminables sans cela.
VIES DES SAINTS. — TOME Jer 17
Chalis sur le siége de Bourges, l'assemblée entière, pénétrée de joie, éclata en bruyantes actions de grâces.
La nouvelle de son élection fut accueillie par Guillaume avec une surprise mêlée d’effroi ; il ne fallut rien moins que les ordres de l'abbé de Citeaux et du légat du pape pour le déterminer à quitter sa chère retraite. I prit tristement le chemin de Bourges, où il était attendu par tous les évêques de Guyenne, qui se disputèrent l'honneur de le sacrer.
En prenant possession de son diocèse, le premier soin de Guillaume fut de régler son extérieur aussi bien que son intérieur, sur les maximes de l'Évangile, car il était persuadé que tout homme, et principalement un évêque, doit commencer par établir en lui le règne du Christ. Il redoubla d’austérités, parce qu'il avait à expier, disait-il, ses propres péchés et ceux de son peuple. Hiver comme été, il garda son habit monastique, sous lequel il portait continuellement un cilice. Fidèle à la règle cistercienne, il s’interdit pour toujours l'usage de la viande, quoiqu'il en fitservir aux étrangers qui mangeaient à sa table, et qu'il croyait pouvoir sans péché traiter avec une honorable et large hospitalité !.
Au début de son pontificat, Guillaume eut à subir de cruelles et dangereuses épreuves. Il s’attira la colère de Phitippe-Auguste, en exécutant dans son diocèse la sentence d’interdit lancée par le pape Innocent IIT contre ce monarque, qui venait de répudier sa femme Ingelburge pour s'unir par des liens adultères à Agnès de Méranie. Loin de plier devant la menace ou de se joindre à ceux qui conjuraient le Saint-Père de révoquer son arrêt, Guillaume, les larmes aux yeux, ordonna la suspension du culte. À sa voix les orgues se turent, les chants cessèrent dans les églises, on refusa la sépulture
1. M. Raynal, dans son Âistoire du Berri, t. 1, p. 162, dit : « Malgré la sainteté de sa vie, notre pieux archevêque n'était pas ennemi de la bonne chère, et sa table était opulemment servie ». Et à l'appui de cette assertion, il cite un passage de Mabillon, qui rapporte une réponse de saint Guillaume à un moiné de l'abbaye de Villiers en Brabant : Abba, tu cibis illis non vis vesci? ego vero ex eis reficior : ego tamen canonisabor et factum meum celebrabitur. I] est bien vraisemblable qu'un propos si plein d'orgueil, si irnrespectueux, nous dirions même si irréligieux, n’a jamais été tenu par saint Guillaume. Le moine de Villiers a-t-il bien traduit la pensée de saint Guillaume? Un seul témoignage suffit-il pour établir ce fait? Où Mabillon, qui écrivait quatre cents ans plus tard, a-t-il pu trouver ce fait constaté? Quand on admettrait la vérité du récit de Mabillon, on ne serait pas autorisé à en conclure que saint Guillaume était ami de la bonne chère. De ce que la table de saint Guillaume aurait été somptueusement servie le jour où il avait invité ce moine, fl ne s'ensuit pas qu'elle le fût toujours. C'est conclure du particulier au général. Peut-être le saint évêque avait-il ce jour-là une grande compagnie, et vivait-il habituellement dans la plus grande sobriété; en second lieu, de ce que la table était opulemment servie, il ne s'ensuit pas que saint Guillaume fût ami de la bonne chère; cette seconde conclusion est aussi fausse que la première. [1 n'est pas rare de trouver des gens qui pratiquent la sobriété, la mortification au milieu des repas les plus splendides,
Mais, quand le passage de Mabillon dirait clairement que le saint archevêque était ami de la bonne chère, on ne devrait pas y ajouter foi, parce qu’il est contredit par cinq témoignages contraires : 10 On lit dans le Père Labbe : Sibi durus, nunquam carnes aliqua infirmitatis necessitate seu alhcujus victus persuasione comedit (Biblioth. nouv , p. 379.) Dur à lui-même, il ne mangea jamais de viande ni pour cause de maladie, ni par déférence pour la sollicitation de qui que ce fût. Est-ce là un homme de bonne chère? 20 Un manuscrit, trouvé dans la maison professe des Jésuites, porte : Usum sobrietatis antiquæ retinuit illibatum. 11 ne fit jamais la moindre infraction à ses habitudes de sobriété 30 Godescard dit la même chose 40 Les bréviaires de 1525, 1e 1676, de 1734, le supplément de 1851, disent qu'il conserva pendant son épiscopat les mœurs austères du cloître qu'il faisait toujours maigre, qu'il portait un cilice, répétant souvent qu'il avait plus que jamais les motifs de faire pénitence pour lui et pour son peuple. Voilà le pontife dont on fait un amateur de bonne chère 50 Enfin, les Bollandistes semblent avoir écrit tout exprès pour réfuter cetté assertion. Depuis qu'il eut embrassé Ta vie monastique, disent-ils, il ne voulut jamais manger de viande, quoique cependant, quand les convenance! le demandaient, il fit servir sur là table, en faveur de ses hôtes, des poissons ou du gibier recherché. Mais, au milier de ces i pas splendides et de ces mets recherchés, il savait se nortifier * inver tuntas epulas ef in ciborum opparalu, novernt esurire. Voila ce que nous soupçonnions devenu une certituds Sa table était opulemment servie quand il avait des étrangers, mais lui pratiquait une vic austère.
M, Raynal a aussi attaqué ses miracles, et donne à entendre qu'il ne fut canonisé qu'à cause des instances de sa famille, du chapitre et des moines de Citcaux. On trouve la réponse dans les Bollandistes. (Extrait d'une lettre de M. l'abbé Caillaud, vicaire général du diocèse de Bourges.)
aux morts, et la ville, livrée à la terreur, offrit bientôt le plus lugubre spectacle.
Vainement les gens de cour, plus soucieux des faveurs d’ici-bas que de celles d’en haut, lui conseillèrent avec une apparente bienveillance d’apaiser au plus vite le roi par une prudente soumission ; vainement, passant des caresses à la violence, ils le menacèrent de la déchéance et dela confiscation de ses biens, la colonne de l'Eglise resta inébranlable.
Et cependant, celui qui sépara la créature du Créateur, l’antique ennemi des hommes, lui ménageait d’autres chagrins non moins cruels, en suscitant les plus regrettables conflits entre lui et les clercs de la cathédrale, à tel point que ceux-ci, oubliant toute retenue, affligèrent le saint prélat par de graves affronts.
Mais, avec le temps, Dieu ramena la concorde entre le père et les enfants; il changea le cœur du roi, qui, repentant et soumis, rentra dans le giron de l’ Église et rendit à Guillaume son estime et son amitié. De leur côté, honteux de leurs erreurs, les clercs vinrent s’humilier devant leur évêque, et, passant de la rébellion à la plus profonde obéissance, voulurent lui abandonner, ainsi qu’à ses successeurs, le droit de conférer les prébendes qui, selon les lois canoniques, appartenait alors à l’universalité des clercs. Plein de joie, le saint prélat s’empressa de les relever et de les serrer dans ses bras, en refusant toutefois des offres qui portaient atteinte aux prérogatives de l” Église.
Ce fut ainsi que, pendant les dix années qu’il eut l’honneur de diriger, à travers mille écueils, les destinées de l'Eglise du Berri, saint Guillaume ne cessa pas un instant d'offrir le parfait modèle des plus solides et des plus douces vertus, contre lesquelles se brisèrent la rage de ses ennemis et les traits acérés de l’envie. Son égalité d'âme, son inépuisable mansuétude lui conquéraient à la longue les gens les plus prévenus. « Comment peindre », s’écriait un de ses contemporains qui, après l’avoir longtemps méconnu, devint son plus ardent panégyriste, « comment peindre la grâce et la douceur de cet homme, duquel, en échange de mon hostilité et de mon mauvais vouloir, je ne reçus jamais que bienfaits et prévenances, sans pouvoir surprendre dans sa voix, dans son geste ou son regard, l'ombre d’un reproche ».
Néanmoins, cette excessive mansuétude, ce tendre amour du prochain, s’alliaient merveilleusement en lui au sentiment du devoir, qu’il n’oublia jamais. I! eut l’occasion d’en donner une nouvelle preuve, iorsqu' en 1204 il assista aux sévères réparations imposées par l’Église au fils de sa nièce, Pierre de Courtenay, le même qui fut TT tard empereur de Constantinople, et dont l’évèque d'Auxerre avait mis les domaines en interdit, à la suite de violentes discussions. Une mère désolée s'étant présentée devant lui avec le cadavre de son enfant que l’on avait refusé d’ensevelir à cause de l’interdit, le comte, irrité, le fit enterrer dans la chambre même du prélat. Un tel affront dépassait toute mesure ; l'heure de l’expiation arriva, et, de guerre lasse, il fallut se soumettre. Le dimanche des Rameaux, en présence d’une foule immense, Pierre se rendit nu-pieds, en chemise, à l'appartement de l’évêque, et dut exhumer de ses mains et porter au cimetière public le corps de lenfant. Pendant cette longue et funèbre cérémonie, saint Guillaume se tint auprès de son neveu, ne Cessant de l’exhorter à la patience et à la résignation, et buvant lui-même la plus grande part de cet amer calice.
Doux et affable pour tous, le vénérable pontife réservait aux misères humaines ses plus ardentes sympathies, ses plus suaves sourires. A leur vue
seule ses yeux se mouillaient, sa main et son cœur s’ouvraient; il lavait les pieds des pauvres, pansait leurs plaies, suivait leurs convois, visitait les cachots, en imposant obstinément silence à la gratitude de ses nombreux obligés, car il ne se croyait pas un saint et refusait de passer pour tel.
Et cependant, comme tous les grands prédestinés, l’illustre archevêque avait reçu d’en haut le don de miracles, dont il ne fit jamais un vain étalage et dont il n’usa que pour la gloire de Dieu, au profit des malades et des affligés. Sans troubler les éléments, ses miracles salutaires assouplissaient les lois rigides de la nature. C’était un enfant mourant qu’il remettait plein de vie et de force à sa mère charmée, un paralytique dont sa béné diction dénouait les membres, un énergumène auquel il rendait la paix du corps et de l’âme, un prisonnier dont il brisait les chaînes. Au seul contact
de sa main, les aveugles, les sourds et les muets rentraient en possession de leurs sens.
Un jour qu'après la dédicace d’une église, il s’était retiré dans une prairie pour prendre un peu de repos et quelque nourriture avec ses clercs, une femme enceinte, nommée Humberge, se présenta devant lui tout en larmes et lui exprima ses craintes au sujet de sa prochaine délivrance, car quatre couches précédentes ne lui avaient donné que quatre enfants morts. Guillaume, touché de la douleur de cette femme, lui fit goûter ses mets et son breuvage, et bénit l’enfant qu’elle portait dans le sein. A peine rentrée chez elle, la pieuse Humberge mit au jour un fils ayant tous les dehors de la santé, et par la suite eut plusieurs autres enfants également robustes et vivaces.
Le Père Labbe rapporte une autre tradition, qu’il n’a, dit-il, rencontrée dans aucun écrit, mais que la mémoire du peuple et les belles sculptures du tombeau de saint Guillaume ont perpétuée.
Il yavait dans la ville de Bourges un misérable énergumène, sorte de fou furieux, qui courait de tous côtés, s’attaquant aux passants et les provoquant à la lutte. En vue de se venger de saint Guillaume dont il avait fort à se plaindre, le diable résolut d'enlever subrepticement cette brebis errante. Prenant donc une forme humaine, il se poste sur le chemin de l’énergumène, accepte son défi, le terrasse, le saisit à la gorge et se voit sur le point de lui faire rendre l’âme en état de péché mortel. Maïs, averti de la scène qui se passe à la porte Gordaine, le saint pasteur se hâte d’accourir pour exorciser l’impur démon, qui lâche aussitôt sa proie en rugissant et se retire plein de confusion et les mains vides, comme un larron devant le juge.
Mais il faudrait des volumes pour mettre en relief chaque acte de cette glorieuse existence, si bien remplie, et qui l’eût été davantage encore si la mort jalouse ne l’eût inopinément tranchée.
A l’époque où la pestilentielle hérésie des Albigcois sévissait le plus fort, changeait les églises en étables et menaçait d’éteindre le culte, le pape Innocent IT avait essayé d’abord de la vaincre par la persuasion, en dépêchant aux schismatiques des religieux de l’ordre de Citeaux, qui furent repoussés avec de graves injures. Forcé de recourir à d’autres voies, le pontife avait lancé dans toutes les provinces une lettre pressante engageant le peuple à se lever pour la destruction du fléau et le maintien de la foi.
Guillaume, répondant un des premiers à l'appel, avait pris la croix, et, malgré son âge, se disposait à marcher en personne à la tête des fidèles catholiques de son diocèse, quand, au commencement de janvier 4209, le dimanche avant l’Epiphanie, il eut froid en prêchant la guerre sainte dans
un endroit de la cathédrale ouvert à tous les vents, et revint avec une fièvre violente au palais épiscopal ‘. Le lendemain, malgré cette indisposition qu’il croyait passagère, il voulut reprendre sa prédication, qu’un redoublement de fièvre le força d'interrompre.
Le 5 des Ides de janvier, il se mit au lit pour la dernière fois, et les effrayants progrès du mal lui annonçant sa fin prochaine, il fit son testament et demanda l'Extrême-Onction. En effet, les instants pressaient et l’agonie commençait. Pourtant, quand on lui présenta le corps du Christ, Guillaume quitta son lit par un suprême effort et s’agenouilla sur le carreau, en disant qu'il ne pouvait recevoir autrement son divin maître.
Après la communion et quand on l’eut replacé sur sa couche, il supplia les chanoines de laisser enlever son corps par les frères de Chalis, et ne consentit à goûter un peu de repos qu'après leur avoir arraché cette promesse. Puis, il leur recommanda son église, son cher troupeau, les bénit une dernière fois et les congédia, car les ténèbres de la mort s’épaississaient autour de lui.
Resté avec quelques fidèles serviteurs, confidents de ses pensées, il se fait revêtir de ses habits pontificaux, demande qu’on lui apporte les ornements qui ont servi le jour de sa consécration, et avec lesquels il désire être enseveli. Il les examine, les retourne dans ses mains et passe à ses doigts ses bagues pastorales. Il lègue à l’église ses autres bijoux et ses autres vêtements, aux pauvres ses trésors, à chacun de ses serviteurs un souvenir précieux. Cette distribution achevée, il croise ses mains, tourne ses regards au ciel et s’absorbe dans la prière. Ses yeux brillent déjà d’une lumière céleste, sa bouche souriante murmure de vagues et suaves paroles ; il converse avec les anges, ses futurs compagnons.
L’ heure de l'office du matin étant sonnée, il ordonne de dire les prières accoutumées, et lui-même, faisant le signe de la croix, essaie d’entonner le Domine, lahia ; mais en ce moment, la voix lui manque, il ne peut continuer, et un vénérable prêtre achève le verset. Alors, le patriarche fait signe qu'on l’enlève de son litet qu’on le place à terre sur un cilice couvert de cendre. À peine y est-il déposé qu’il voit distinctement les anges battant des ailes au-dessus de sa tête. Il leur tend les bras, les appelle, et son âme, exhalée dans un mélodieux soupir, s'envole avec eux vers les . célestes régions, le vendredi, quatrième jour des Ides de janvier (10 janvier) de l’an de grâce .1209, sous le règne de Philippe-Auguste et le pontificat d'Innocent III.
A la nouvelle de la mort du bienheureux Guillaume, la cité s’émeut et se lève tout entière. Hommes, femmes, vieillards, enfants, en habits de deuil et armés de cierges, suivent le corps jusqu’à l’église de Saint-Etienne où il est exposé, visage découvert, sur un brillant catafalque. Le jour et la nuit se passent dans les chants et les pleurs. Le samedi, au point du jour, le peuple des campagnes se joint à celui de la ville, laissant les maisons à l’abandon et les portes ouvertes, sans souci des intérêts terrestres. Des mères, portant
1. Postquam ergo sermonem complevit pater sanctus, data populo bencdictione, vi febrium acrius urgeri cœæpit, quia locus in quo manserat dum populum instrueret, omni vento erat expositus. (Vow. bibl., 11, 102.) — Suivant M. Raynal, ces derniers mots: ont vento erat eæpositus, sembleraient indiquer qu'on procédait déjà aux travaux de démolition ou de reconstiuction qui devaient substituer à l'antique basilique, bâtie au ve siècle par l'évêque Palladius sur les ruines de la maison de Léocade, le gigantesque et splendide édifice dont s'enorgueillit aujourd'hui la ville de Bourges. Sans connaître la date exacte de sa fondation, on sait que la cathédrale actuelle, conçue sous le pontificat d'Henri de Sully, vers la fin du xrre siècle, fut entreprise au commencement du x111* et terminée seulement dans le xive, sous l'archevêque Guillaume de Brosse, qui en fit la dédicace solennelle le 5 mai 1324. (Voyez l'historique de ce monument, dans l'ouvrage de M, Raynal, 11, 855 et suiv.)
leurs enfants à la mamelle, grossissent le convoi; d’autres, craignant de manquer l’heure, oublient leurs nourrissons, qui restent exposés aux attaques des animaux domestiques ou des bêtes sauvages ; pieuse incurie dont elles n’auront pas à se repentir, Car, au retour, elles retrouvent leurs ménages intacts et leurs enfants dormant tranquillement sous l’aile de l’ange gardien.
Et pour que la terre n’ignorât pas son triomphe, un globe de feu, pareil à la plus belle étoile, se détachant du firmament, planait au-dessus de l’église pendant les obsèques, et de nouveaux prodiges prouvaient que la puissance du glorieux évêque lui survivait.
Un jeune garçon qui, depuis trois ans, ne pouvait se servir de ses pieds et de ses mains, avait néanmoins voulu être porté à l’église pour embrasser comme les autres le corps du Saint. Pendant qu’il accomplit ce pieux devoir, un grand craquement qui domine le bruit de la foule se fait entendre dans ses membres. La cérémonie terminée, la mère se met en route vers son logis, tenant toujours son fils dans ses bras, quand, à quelques pas de l’église, celui-ci lui dit :
— Mère, le bicnheureux Guillaume était véritablement l’ami de Dieu, et ses bienfaits dépassent toute parole. Pourquoi te fatiguer à me porter? Ne pleure plus, chère mère, mets-moi à terre, et regarde l’effet des vertus de notre père.
En entendant ces paroles, la mère stupéfaite dépose sur le sol l'enfant, qui se met à courir vers l’église où il rentre en proclamant sa guérison et les louanges de l’illustre défunt.
À la vue de ce prodige, les moines de Chalis, qui étaient accourus en toute hâte avec un char pour emporter le corps de leur ancien abbé, mais qui commençaient à se laisser ébranler par les regrets des chanoines et Les menaces du peuple, se retirèrent convaincus que la volonté du ciel était que cette précieuse dépouille restât la propriété de l’église de Bourges.
Et maintenant, laissons à la légende le soin de conserver la mémoire des innombrables miracles qui, pendant des siècles, s’accomplirent sur le tombeau et par les mérites de saint Guillaume. Au seul contact de cette pierre sacrée, à la simple invocation de ce nom vénéré, les maladies et Les blessures mortelles sont guéries, les démoniaques délivrés, les insensés recouvrent la raison, les muets parlent, les sourds entendent, les aveugles voient, les prisons s'ouvrent, les chaînes tombent, des enfants ravis par des loups sont retrouvés sains et saufs, jouant avec les petits et dans la tanière des bêtes fauves. Chaque jour enfante de nouvelles merveilles, et je me vois forcé de décliner une tâche à laquelle n’ont pas suffi la plume et le vélin des moines !.
Enfin la renommée du nouveau saint prit un tel essor que Guy-Coquille, l'historien du Nivernais, rappelle « qu’en l'Université de Paris, la nation de France, qui est l’une et la principale des quatre nations faisans le corps de ladite Université, l’avoit pris pour patron et protecteur ? ».
Ce fut sur ces preuves éclatantes qu’en 1218 le bienheureux Guillaume eut l'honneur d'être inscrit sur le catalogue des saints, de la main du pape Honorius II.
On représente saint Guillaume en archevêque, avec le pallium; une étoile brille au-dessus de sa tête. — On le trouve aussi agenouillé devant le Saint-Sacrement, ou tenant en main un ostensoir, symbole de sa dévotion
1, Æist. du Berri, pax M. Raynal, x, 165.
2, Ces derniers détails sont extraits de l'Æéstoire du Berri, par M. Raynal, ouvrage dont le mérite pour les recherches et le style est gâté par un esprit de voltairianisme qui n'a plus cours, 11, 165 et 166,
envers Notre-Seigneur Jésus-Christ. — Il était autrefois le patron de l’Université de Paris.