‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 167 sur 412 · SAINT PIERRE URSÉOLE, DOGE DE VENISE · texte numérisé non relu

SAINT PIERRE URSÉOLE, DOGE DE VENISE

Pierre, surnommé Urséole, de l’ancienne famille des Ursins de Rivo-Alto, né à Venise, brilla de tout l'éclat des vertus chrétiennes ; à la recommandation de ces vertus il fut choisi par le suffrage unanime de ses concitoyens pour succéder comme doge, quoique malgré lui, à Pierre Candien, l'an 976. Elevé au faite du pouvoir, il voulut inaugurer son administration publique par des bonnes œuvres. Il restaura donc l’église de Saint-Marc l'Evangéliste, qui, avec le palais des doges de Venise, avait été dévorée par un incendie sous son prédécesseur. Il gouverna la république avec gloire et avec sagesse, rapportant tout au bien commun de la patrie. Après un premier enfant que son épouse lui donna, il fit vœu, de concert avec elle, de chasteté perpétuelle.

La divine Providence mit bientôt le comble à cette résolution pieuse, par le moyen de Guérin,

abbé du monastère de Saint-Michel, de l’ordre de Saint-Benoît de Cusan, dans le comté de Roussillon. Ayant relâché à Venise pour vénérer les reliques de saint Marc, ce saint religieux eut l'occasion de remarquer et d'admirer la piété du doge et son assiduité à ses devoirs religieux. Il s’entretint avec lui de la gloire éternelle, et le détermina à embrasser un genre de vie plus parfait et à servir Dieu loin du monde, dans un monastère. æ Le doge demanda quelque temps pour mettre ordre à ses affaires; Guérin s’éloigna pour continuer son voyage, et après l'avoir terminé, revint près de celui qui l'appelait déjà le sauveur de son àme. Il resta encore une année doge de Venise, après quoi, laissant patrie et famille, il partit non-seulement avec Guérin, mais encore avec Romuald et Marin, Jean Manrocène son gendre et Jean Grandonic. Pour n'être pas reconnu des espions, il se déguisa en conducteur de voiture, et c'est ainsi que lui et ses compagnons traversèrent Vérone et toute la Lombardie et parvinrent en France. En approchant du monastère de Cusan, il ôta sa chaussure et fit le reste du chemin pieds-nus. Son arrivée excita l'admiration universelle ; ii entra chez les novices avec Grandonic et Manrocène ; les occupations les plus humbles étaient celles qu’il recherchait de préférence. Après deux ans révolus, il fut nommé sacristain. Mais, poussé par le désir d’une solitude plus étroite, il demanda et obtint la permission de bâtir, non loin du monastère, une cellule à peine assez large pour s'asseoir et se coucher ; les jeünes, l'oraison et le travail des mains étaient ses occupations habituelles.

Son fils Pierre étant venu le voir, il lui prédit qu'il deviendrait doge, et l'événement justifia sa prédiction de son vivant mème. Il l’avertit en outre de ne jamais se départir de la justice, et de conserver aux églises du Seigneur tous leurs droils intacts. Enfin, après dix-neuf ans de vie monastique, je veux dire d’exquise piété et de continuelle pénitence, la soixante-neuvième année de son âge, averti par révélation divine qu'il ne tarderait pas à s'endormir du sommeil de la mort, couché sur la cendre et le cilice, le 10 janvier de l’an de notre salut 997, il rendit son âme à Dieu. Divers prodiges attestèrent sa sainteté; son corps, conservé dans l’église sous un autel dédié en soù honneur, était visité et honoré par les pieux fidèles. Clément XII le canonisa et permit de faire sa fête le 44 janvier. Peu de temps après eut lieu la translation solennelle d'une partie de ses reliques à Venise, dans l’église de Saint-Marc, Toute la cité vénéra son prince avec une dévotion extraordinaire 1.

1. Le 11 août 1871, nous écrivions à M. Tolra de Bordas, savant ecclésiastique du diocèse de Perpignan, au sujet de saint Pierre Urséole :

« Plusieurs biographes et historiens, notamment Cantu, ne sont pas d’accord avec le Bréviaire de Perpignan sur les motifs déterminants de sa conversion et autres détails de sa vie. Comme un Bréviaire est une très-grande autorité, avant de me décider à rejeter sa version, je ne serais pas fâché d'avoir votre avis ».

M. Tolra nous répondit :

« Je n'ai pas Cantu sous la main (l'Æistoire des Italiens est le seul de ses ouvrages qui me manque) : mais je ne m'étonne pas qu'il ait suivi plusieurs des historiens ou biographes consultés sur saint Pierre Urséolo, notamment saint Pierre Damien, qui, dans sa vie de saint Romuald, présente en effet notre Sai nt comme ne s'étant élevé au dogat qu'après avoir pris une part active à la révolte qui vit périr son prédécesseur. Baronius, Buillet et Fleury ont embrassé le même sentiment sans autre examen, Mais, il faut bien le dire, l'autorité de saint Pierre Damien en cette matière ne saurait être admise en dernier ressort ; on trouve plusieurs erreurs historiques dans la vie de saint Romuald : c'est ainsi que ce Père de l'Eglise afärme que saint Urséolo avait succédé non pas à Pierre Candien, mais à Vital Candien ; or, il est certain que celui-ci fut, au contraire, le süccesseur de notre Saint. Quant au fait de la participation par saint Urséolo à la révolte qui renversa son prédécesseur, les historiens et chroniqueurs de Venise sont à peu près unanimes pour déclarer qu'il y fut complétement étranger. Dandolo, un de ces historiens les plus

Sur la fin du xvirie s., après que la révolution eut éclaté en France et que le monastère de Cusan eut été détruit de fond en comble, les autres reliques de Pierre. Urséole furent transportées dans l’église paroissiale de Prade, où elles sont encore très-religieusement conservées aujourd’hui.

Bréviaire de Perpignan.

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