‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 173 sur 412 · Baron., An · texte numérisé non relu

Baron., An

Vies DES SAINTS, — Tome-fer [9

pereur, que lui et ses religieux aimaient mieux mourir, en suivant la doctrine queñes saints Pères leur avaient laissée, que de vivre dans la commu- nion des hérétiques ; qu’il rejetait tous ceux qui les suivaient et ne voulaient pas embrasser les quatre Conciles reçus par l'Eglise et reconnus pour œcuméniques. Cette lettre du saint abbé piqua extrêmement Anastase ; néanmoins, dissimulant la fureur du lion, pour attaquer Théodose en renard, il lui fit entendre que le trouble de l’Eglise ne procédait pas de lui, mais du clergé et des religieux qui l'avaient renversée par leur ambition. Mais Théodose demeura ferme et constant, sans se soucier des paroles et de l’indignation de l’empereur, ni même des armes de ses soldats et des espions qui observaient ceux qui s’opposaient à sa volonté; quoiqu'il fût vieux et cassé par les jeûnes, les pénitences et les austérités, il reprit de nouvelles forces et s’en alla, comme un jeune homme robuste et vigoureux, prêcher par toutés les villes la vérité catholique : il confondit les hérétiques, rassura les fidèles, releva ceux qui étaient tombés et retint ceux qui étaient sur le bord de l’abime. Entrant un jour dans l’église de Jérusalem, il monta en chaire, et imposant silence au peuple, il lui dit: « Que celui qui ne reçoit pas les quatre Conciles généraux comme les quatre Evangiles, soit maudit et excommunié ! » Après quoi, il descendit, et laissa toute l'assist tance fort étonnée. Dieu justifia la conduite de son serviteur par un miracle fait au sortir de l’église. En effet, une femme atteinte d’un horrible cancer fut guérie en touchant l’habit de saint Théodose. Ce fut alors que l’empereur, levant le masque, envoya le saint homme en exil; mais son bannissement dura fort peu, Dieu fit mourir Anastase d’un coup de tonnerre (518), et Théodose retourna glorieux et triomphant dans son monastère, sous l'empire de Justin, qui favorisait les catholiques ; il vécut encore onze ans dans une heureuse et sainte vieillesse, À la peinture que nous avons déjà faite de ses vertus, il faut ajouter ces deux traits d’humilité : ayant vu un jour deux de ses moines qui disputaient ensemble, il se jeta à leurs pieds avec des larmes et des prières, et ne voulut point se relever qu’ils ne se fussent entièrement réconciliés. Une autre fois qu'il avait été contraint de séparer de sa communion un frère coupable d’une faute très-grave, celui-ci, au lieu de se soumettre à la pénitence qu’il méritait, osa à son tour excommunier son supérieur. Théodose se conduisit comme si l’excommunication eût été valide, donnant ainsi à son disciple, dont il ne désirait que le salut, un exemple de soumission qui fut suivi.

Plusieurs actions miraculeuses montrèrent le puissant crédit dont notre Saint jouissait auprès de Dieu ; nous en rapporterons quelques-unes.

Etant chez un religieux appelé Marcien, celui-ci, qui n'avait pas un morceau de pain dans sa main, commanda à ses disciples de donner à Théodose et à ses compagnons un plat de lentilles, s’excusant de ce qu'il ne pouvait leur donner du pain. Alors Théodose, regardant Marcien, aperçut sur lui un grain de froment ; il le prit dans sa main et lui dit : « Voilà du blé, comment dites-vous qu'il n’y en a pas en votre maison?» Marcien reçut dévotement ce grain et le porta au grenier: le lendemain, le grenier se trouva si rempli de blé qu’il regorgeait par la porte.

Une femme mettait toujours au monde des enfants morts ; elle alla se jeter aux pieds de Théodose pour le supplier d’avoir pitié d’elle, de lui donner place dans ses prières, comme aussi de lui permettre de nommer Théodose le premier enfant qu'elle aurait, espérant que cette résolution lui ferait avoir la vie. Théodose le lui accorda, et elle eut bientôt l’accomplissement de ses désirs, mettant au monde un fils qu’elle appela Théodose.

Un capitaine de l’armée romaine, nommé Céricus, avant de partir pour la guerre contre les Perses, visita Théodose pour recevoir sa bénédiction. Le Saint lui dit de n’attendre pas la victoire de la force de ses armes, ni de la multitude de ses soldats, mais de Dieu seul, qui est le Seigneur des armées et qui donne la victoire à qui il lui plaît. Le capitaine lui demanda le cilice qu’il portait, comme un riche trésor et une défense invincible : il le lui donna de bon cœur et le capitaine l’ayant porté le jour du combat, aperçut durant la bataille, le Saint qui marchait devant lui, lui montrant de ia main ceux qu'il devait attaquer, et par où il le devait faire, jusqu’à ce qu'enfin les ennemis tournèrent le dos et prirent la fuite. Le saint Abbé favorisa plusieurs fois d’autres personnes qui étaient en péril, tant sur mer que sur terre, leur apparaissant, ou en songe, ou en plein jour, et les délivrant toujours des accidents dont ils étaient menacés.

Théodose ayant ainsi éclairé le monde par sa vie admirable, par l’institution de tant de religieux et par un si grand nombre de miracles, fut visité d’une longue et douloureuse maladie qui lui causa une maigreur effrayante ; néanmoins, il résistait aux douleurs avec une patience incroyable, comme si c’eût été un jeune homme à la fleur de son âge. Quelqu'un lui ayant conseillé de s'adresser au ciel afin d’obtenir quelque adoucissement à ses maux : « Non, non», répondit le Saint, «une telle prière marquerait de l’impatience ét me ravirait ma couronne ». Il s’entretenait en oraison avec Dieu, et il était tellement habitué à ce saint exercice, que lors même qu’il sommeillait, on lui voyait remuer les lèvres comme quand il priait. Quand il vit arriver ses derniers moments, il assembla ses religieux, ses enfants bien-aimés, qui fondaient tous en larmes pour la perte d’un si bon père. I les exhorta à la persévérance, à une résistance généreuse aux tentations de l'ennemi, à la pratique de l’obéissance et à la soumission envers leurs supérieurs, et leur laissa plusieurs autres instructions dignes de sa vertu. Dieu lui ayant fait connaître qu’à trois jours de là il ne serait plus au monde, il voulut se préparer à la mort; il envoya donc prier trois évêques de venir en son monastère, comme s’il eût eu quelque grande affaire à leur communiquer; et en leur présence, levant les mains vers le ciel, il fit sa prière à Dieu, lui recommanda son âme et la rendit entre les mains des anges qui l’emportèrent au ciel. 11 mourut âgé de cent cinq ans, environ l’an 529, selon le père Bollandus, au premier tome des Actes des Saints. Un homme possédé du démon, qui avait souvent prié Théodose de son vivant de le délivrer, sans avoir pu obtenir cette faveur, se jeta sur le saint corps pour l’embrasser, et recouvra tout à coup une guérison parfaite.

Aussitôt que le décès de Théodose fut publié, le patriarche de Jérusalem, appelé Pierre, troisième de ce nom, vint au monastère, accompagné de plusieurs évêques, pour faire ses obsèques; il s’y trouva un si grand nombre de religieux, de prêtres et de séculiers pour voir et toucher le corps du saint abbé, que la multitude fit différer pour quelques jours la cérémonie de ses funérailles pendant laquelle eurent lieu plusieurs miracles. Le corps du Saint fut enterré dans sa première cellule, appelée la Caverne des Mages (parce que c'était la tradition du pays que les Mages y avaient logé lorsqu'ils vinrent adorer Jésus-Christ). La fête de saint Théodose est marquée au #1 janvier dans tous les calendriers grecs et lalins.

Les peintres placent devant saint Théodose le Cénobiarque un cercueil et un sablier : celui-ci pour rappeler la fuite du temps, celui-là pour rappeler la pensée de la mort dont il avait fait le fondement de la perfection religieuse. A ses pieds, est la bourse dans laquelle Anastase lui envoya trente livres d’or;

on le représente aussi en conversation avec le général, comte d'Orient, auquel il donne son cilice, ou bien multipliant un grain de blé. Sa vie a été écrite par un auteur contemporain qui n’a point voulu être connu : Baronius croit que

c'est le moine Cyrille. Elle se trouve dans Métaphraste, et Bollandus l'a collationnée sur un manuscrit grec de la bibliothèque du Vatican.

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