LE BIENHEUREUX THOMAS DE CORI
Thomas de Cori les fit entrer dans cette voie laborieuse de la perfection. Ses cilices, ses chaînes de fer, ses disciplines, ses jeûnes au pain et à l’eau, et les plaies dont son corpsétait couvert luiavaient appris à regarder la mort en face, sans avoir à craindre de ce terrible passage. Souvent ce n’était qu’en se traînant qu'il pouvait se rendre aux exercices publics de la communauté. 1! allait au-devant de toutes les actions humbles et mortifiantes. Sa nourriture ordinaire était un peu de painet de légume, une tasse et demie d’eau lui suffisait, et s’il y ajoutait un peu de vin, à peine l’eau en était teinte. ses grands exemples d’humilité et ses douces paroles triomphèrent enfin de la répugnance de ses religieux qui eurent honte de manquer de courage en voyant cet homme intrépide, et se mirent bravement à sa suite : aussi en fit-il des saints.
Plein de confiance en la Providence, il refusait toutes les aumônes dès qu’elles dépassaient les besoins journaliers du couvent. « C’est à Dieu de se souvenir de nous», disait-il souvent à ses religieux; «ilne faut pas lui lier les mains en montrant trop de sollicitude ». Quand il était Gardien, il voulait .qu'on reçût tous les pauvres qui se présentaient ; et Dieu pourvoyait à tout, soit en suscitant des bienfaiteurs, soit en multipliant le peu de pain qui restait au couvent. Le supérieur en montrait sa reconnaissance en remerciant Dieu et en faisant prier souvent pour les bienfaiteurs de la maison.
Quoique attentif à faire observer la règle dans toute son austérité et à donner en tout des leçons de renoncement et de pénitence, il était plein de bonté, de prévenance pour ses religieux qu’il soignait comme une mère quand ils étaient malades.
En 4703, le Bienheureux fut nommé Gardien du couvent de Saint François, près de Palombara, afin d’y établir les règles du Ritiro‘ déjà en pratique à Civitella, où il revint au bout de trois ans, après avoir réussi dans sa mission. Pendant vingt années encore, il continua sa vie de pénitence, de prière et de prédication au milieu des peuples qui environnaient Civitella et dont il a été nommé l’Apôtre. Il en avait fait des chrétiens de la primitive Eglise, unis entre eux et avec lui d’une charité indissoluble. Notre Saint avait surtout le don de disposer les malades à mourir, et souvent Dieu lui révélait que telle personne quitterait bientôt ce monde. La dernière fois qu’il dîna avec le curé de Cori, en sortant de table, il lui prit la main : « Adieu », lui dit-il, «car nous ne nous reverrons plus qu’au ciel ». Son ami mourut en effet le mois suivant. Un jour qu'il visitait le curé de Gérano, après lui avoir, selon sa coutume, baisé respectueusement la main, il lui dit : « Bonne nouvelle et bon courage, Seigneur dom Blaise, nous ferons sous peu un voyage qui nous mènera tous deux au port, vous le premier et moi après ». Le bon prêtre le comprit; il se prépara à paraître devant Dieu, et à quelques mois de là, il mourut. Le Bienheureux le suivit bientôt. Le 4 janvier 4729, il fut pris de la fièvre; le lendemain, il put confesser ses pénitents, toujours très-nombreux. Ce fut sa dernière consolation et le dernier exercice de son ministère. Le mal redoubla de violence et, le 40, le saint religieux reçut Notre-Seigneur en se recommandant aux prières de ses frères « qu'il avait si souvent scandalisés ». Les démons avaient voulu le troubler à ce dernier moment, mais Jésus vint lui-même le consoler ; pendant quelques instants la chambre fut illuminée d’une divine clarté, et le
1. Ritiro, espèce d'ermitage ou de maison de retraite qui offrait aux religieux la faculté de s'enfermer dans quelque lieu désert pour y rétremper leurs âmes dans la prière assidue et un jeûne plus prolongé. Le premier couvent de retraite fut fondé, avec l'agrément du Saint-Siése, par un frère lai de Barcelona frère Bonaventure, en 1662.
saint suspendu au-dessus de son lit ravi en extase. Il mourut le lendemain, âgé de plus de soixante-treize ans, dont il avait passé près de cinquante-deux dans l’état religieux.
Il avait prédit qu’il y auraït peu de monde à ses funérailles ; et en effet, une pluie très-violente etle mauvais état des chemins retinrent beaucoup de personnes ; mais on accourut en foule à son tombeau où il se fit un grand nombre de miracles, et sa mémoire est restée chère dans ces montagnes. Pie VI, qui fut abbé de Subiaco pendant son cardinalat, et qui voulut garder le gouvernement de son abbaye après qu'il eut été élevé à la papauté, éprouva en visitant la cellule de Frère Thomas, de vifs sentiments de piété ; il alla prier sur sa tombe, et s’entretint avec les bons religieux du Ritiro. Il admira leur pauvreté, leur ferveur, et ayant reconnu avec joie qu’ils étaient dignes de leur bienheureux maître, il ordonna d’en rendre témoignage, à la gloire de leur Ordre, dans le décret de béatification qui fut publié en 1735.
On représente le Bienheureux Thomas célébrant la sainte messe : pendant la célébration, l'Enfant Jésus lui apparaît et le caresse de ses petites mains.
Cette notice a été composée sur les vies des Saints et Biénheureuæ du xvrrie siècle, par l'abbé E. Daras.