Voir au 15 février
dats à sa maison : ceux-ci s'emparent d’un parent de notre Saint qui y étail venu ce jour-là, et le conduisent au gouverneur ; comme il refuse courageusement de faire connaître l’endroit où Arcade s'était réfugié, on l’enferme dans une prison.
Le Saint, instruit du danger que courait son parent, et brûlant d’ailleurs du désir de donner sa vie pour Jésus-Christ, sort de sa retraite et va luimême se montrer au juge : « Si c’est à cause de moi », lui dit-il en l’abordant et en se nommant, « que vous retenez mon parent dans les fers, accordez-lui la liberté ; je viens vous apprendre le lieu de ma retraite, qu’il n’a jamais su, et répondre aux questions que vous voudrez me faire ». — « Je consens à lui pardonner », répond le gouverneur, « mais à la condition que dès ce soir vous sacrifierez aux dieux ». — « Qu’osez-vous me proposer ? » réplique Arcadius. « Connaissez-vous les Chrétiens, et croyez-vous que la crainte de la mort soit capable de les faire manquer à leur devoir ? Jésus- Christ est ma vie, et la mort m’est un gain ‘ ; inventez tel supplice qu’il vous plaira, jamais je ne serai infidèle à mon Dieu ».
Ces paroles enflamment le juge de fureur. Il cherche des tourments inouïs que les lois n’ont jamais permis pour aucun criminel. Les ongles de fer lui paraissent trop doux ; il lui semble que les fouets armés de plombne font qu’effleurer la peau ; il daigne à peine arrêter sa pensée au chevalet ; il a enfin trouvé ce que cherche sa rage: « Saisissez cet impie », dit-il à ses bourreaux, « faites-lui voir, faites-lui désirer la mort, sans qu’il puisse l’obtenir de longtemps. Coupez toutes les jointures de ses membres les unes après les autres, comme si vous dépouilliez un arbre de ses branches ; qu’il ne reste que le tronc. Mais que toutes les opérations se fassent lentement ; faites-le souffrir le plus que vous pourrez, afin qu’il apprenne, le misérable, ce que c’est que d'abandonner les dieux de ses pères pour suivre un Dieu étranger et inconnu ». Les bourreaux, obéissant à ces ordres cruels, prennent Arcade et le mènent au lieu où plusieurs autres victimes comme lui avaient été égorgées : lieu choisi et souhaité avec ardeur de ceux qui soupirent après la vie éternelle. Arcade y étant arrivé, lève les yeux au ciel, prie et sent que sa prière Jui a donné des forces. Il présentait le cou au bourreau, dans la pensée que le gouverneur se contenterait de la mort ; lorsqu'on lui commande de donner ses mains, il les donne, et on lui coupe successivement les jointures des doigts, des bras et des épaules. Ensuite on le fait coucher sur le dos et on lui tranche aussi les doigts des pieds, puis les pieds, les jambes et les cuisses. Le Saint donnait ses membres les uns après les autres avec la même douceur que s'ils lui eussent été demandés par Dieu même de qui il les tenait. Pendant ce long martyre il ne cessait de hbénir le Seigneur; on avait oublié de lui couper la langue, il s’en servit jusqu’à la fin pour confesser Dieu, publier que les idoles n'étaient rien, et proclamer Jésus-Christ vainqueur des tyrans. La vue de son corps, qui n’était plus qu'un tronc baïgné de sang, tirait les larmes des yeux de tous les spectateurs ; ils admiraient cette constance sans exemple, et ils avouaient qu’il y avait là quelque chose de divin. Quant au martyr, il offrait à Dieu ses membres épars çà et là : «O heureux membres », disait-il, « c’est à présent que vous m'êles chers, puisque vous avez eu le bonheur de servir votre Dieu. Il vous est avantageux d’être séparés ici pour être réunis plus tard dans la gloire. Et vous », ajouta-t-il en s'adressant au peuple, «vous, spectateurs d’une si sanglante tragédie, apprenez que tous les tourments ne sont rien pour qui envisage l’immortalité bienheureuse. Croyez-en un homme