‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 182 sur 412 · DANS LA PROVINCE D’YORK, EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DANS LA PROVINCE D’YORK, EN ANGLETERRE

1109-1166. — Papes : Paschal Il; Alexandre III. — Rois d'Angleterre : Henri Ier; Etienne; Henri II.

Mes enfants, dites tout ce que vous voudrez, pourvu que de votre bouche il ne sorte ni plainte contre Dieu, ni parole malséante, ni discours désobligeant à l'endroit du prochain.

Né en1109 dans le nord de l'Angleterre, Aelred (Ælredius)se fit remarquer par tous les avantages de la naissance, de l’éducation et des talents. Lorsqu'il reposait, enfant, dans son berceau, un archidiacre nommé Guillaume, son parent, s’approchant pour le considérer, fut tout à coup saisi de respect et d’admiration : car il vit la figure du petit Aelred briller comme le soleil; elle rayonnait d’une telle lumière, que si Guillaume en approchait sa main, elle faisait de l’ombre; et il se voyait dans ce visage limpide et serein comme dans un miroir.

David, roi d'Écosse, le nomma gouverneur du palais. Il acquit, dans l'exercice de cette charge, l’estime du prince et de sa cour, ayant su conserver dans les grandeurs deux vertus qui s’y rencontrent rarement : l'humilité, sans laquelle il n’y a pas de vrai chrétien, et la douceur qui en est inséparable. Un jour qu’une personne de qualité lui faisait des reproches injurieux en présence du roi, il l’écouta avec patience, et la remercia même de ce qu’elle avait la charité de l’avertir de ses fautes. Cette conduite impressionna si heureusement son ennemi, qu'il lui demanda pardon aussitôt. Une fois, étant occupé à discuter quelque matière, il fut interrompu par quelqu'un de la compagnie qui l’accabla d’invectives : il les reçut avec un profond silence et reprit ensuite le fil de son discours sans témoigner la moindre émotion, Une seule chose l’empêchait de quitter le monde, c’est qu’il eût fallu quitter des amis. Cependant, à force de réfléchir que la mort le sépareraït tôt ou tard de ceux qu'il chérissait le plus tendrement, il s’aceusa de lâcheté et prit la résolution de briser des liens qui lui étaient plus agréables que tous les autres plaisirs d’une vie honorée et opulente. Pour que le sacrifice füt complet, il quitta l’Ecosse et se rendit à Rieval, où il embrassa l'institut de Citeaux, sous la conduite de Guillaume, disciple de saint Bernard et premier abbé du monastère !. Ilavait vingt-quatre ans lorsqu'il prit l’habit. On eût dit que la ferveur fortifiait son corps naturellement faible et délicat, tant il montrait de joie dans lapratique des plus grandes austérités. La prière et les lectures pieuses occupaient presque tout son temps: les ardeurs de l’amour divin embrasaient tellement son cœur, qu’il ne trouvait rien que de doux dans ce qui contrarie le plus les inclinations de la nature. « Ce joug», ’écriait-il, «ne m’accable point ; il ne fait qu'élever mon âme; ce fardeau n’a

1. Ce monastère avait été fondé en 1122 par un seigneur anglais nommé Gauthier Especke qui avait derdu son fils, mort d’une chute de cheval. il était situé près d'Helmesley, dans le comté d'York. Le lieu où il fut bâti a pris depuis le nom de River ; il est dans le doyenné de Ridal et arrosé par une rivière

que des auteurs français appellent Rii, en latin Æhius. Ce monastère porta les deux noms de Rieval (vallée de la Rii) et de Ridal (que sillonne la Rii).

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