SAINT AELRED, ABBÉ DE RIEVAL OU RIDAL
rien de pesant ». Il parle avec une sorte de transport de la divine charité; et l’on doit juger par ses exclamations fréquentes et toutes de feu, que son occupation la plus ordinaire et la plus agréable était de produire des actes de cette vertu. Ecoutons-le : « Puisse votre voix, Ô bon Jésus, se faire entendre à mes oreilles, afin que mon cœur apprenne à vous aimer, afin que mon esprit vous aime, afin que toutes les puissances de mon âme soient toutes pénétrées du feu de votre amour, afin que toutes mes affections montent vers vous, Ô vous qui êles mon unique bien, ma joie et mes délices! Qu'est-ce que l'amour, à mon Dieu? C'est, si je ne me trompe, ce plaisir ineffable de l’âme qui est d'autant plus doux qu’il est plus pur, d’autant plus sensible qu’il est plus ardent. Celui qui vous aime vous possède, et il vous possède à proportion de ce qu’il vous aime, parce qué vous êtes amour. Cest là ce torrent de volupté dont vous enivrez vos élus en les transformant en vous par votre amour ».
L'an 1149, Aelred fut élu, malgré lui, abbé de Revesby, monastère cistercien que venait de fonder dans ses domaines, Guillaume, comte de Lincoln ; l’année suivante on l’obligea de prendre le gouvernement de l’abbaye de Rieval, où il y avait alors trois cents moines. Il décrit ainsi leur manière de vivre : « Ils ne buvaient que de l’eau, ne mangeaient que des choses fort communes et en très-petite quantité; ils dormaient peu, encore ne le faisaient-ils que sur des planches; ils s’exerçaient à des travaux durs et pénibles; ils portaient de pesants fardeaux, sans craindre la fatigue, et allaient partout où on voulait les conduire. Le repos et les amusements leur étaient inconnus. À toutes ces pratiques ils joignaient un silence rigoureux, ils ne parlaient qu’à leurs supérieurs, et seulement quand la nécessité l’exigeait ; ils détestaient les disputes et les procès !». Le Saïnt parle encore de cette paix et de cette charité qui les unissaient ensemble ‘par les liens les plus doux. Il s'exprime sur ce sujet de la manière la plus touchante : on voit que les termes lui manquent pour donner une idée de la joie que lui causait la vue de chacun de ses religieux. Il aimait à leur répéter cette recommandation.
On offrit à notre Saint plusieurs évêchés ; mais son humilité et son amour pour la solitude les lui firent tous refuser. Son unique plaisir était de vaquer à l'exercice de la prière et de s’entretenir dans la ferveur par de pieuses lectures. Venait-il à tomber dans la sécheresse, il ouvrait les divines Écritures, et aussitôt son âme était toute pénétrée des lumières de l’Esprit-Saint; ses yeux se baignaient de larmes, et son cœur ressentait les plus vives impressions de l’amour divin. Nous citerons, pour achever de caractériser le Saint, les paroles d’un célèbre abbé du même ordre ? : « Quelle vie fut jamais plus pure que celle d’Aelred ? Qui fut plus circonspect dans ses discours ? Les paroles qui sortaient de sa bouche avaient la douceur du miel ; son corps était faible et languissant, mais son âme était forte et vigoureuse. Semblable à l’épouse des cantiques, il languissait dans l'attente des biens éternels ; son cœur était comme un autel sacré, sur lequel il offrait continuellement à Dieu le feu de son amour, la mortification de sa chair et l’odeur de ses brûlants désirs. Sous un corps maigre et décharné, il cachait un âme nourrie et fortifiée de l’onction et des douceurs de la grâce : de là cette joie ineffable avec laquelle il louait Dieu. Il souffrait patiemment ceux qui l’importunaient et ne se rendait jamais importun à personne. Il écoutait volontiers les autres et ne se pressait point trop de répondre à ceux qui le consultaient. On ne le vit jamais en colère ; ses parolesetses actions portaient la douce em-