Matth, x
parce que vous êtes avec moi !». Puis il entra plus avant dans les ruines de ces vieilles maisons abattues, où il demeura six mois privé du commerce des hommes, mais consolé par la visite des anges et du Roi même des anges, lequel trouva moyen d’assister son serviteur en cette solitude. Une bonne femme, voisine de ces quartiers-là, par un mouvement de l'esprit de Dieu et sans savoir ce qu’elle faisait, portait chaque jour en un même endroit ce qu'il fallait pour la nourriture d’un homme. Saint Félix recevait cette provision comme venant de la main de Dieu, et d’ailleurs, trouvait chaque nuit l’eau dont il avait besoin pour tempérer sa soif. Je ne saurais m'empêcher d'admirer les merveilles que la divine Providence opère en faveur de ses Saints ; car elles ne sont pas moindres que celles dont il favorisa les Israélites au désert, et depuis encore, le prophète Elie dans sa fuite.
Six mois s’'écoulèrent, comme nous avons dit, dans cette solitude, jusqu’à ce que la tempête ayant cessé par la mort du persécuteur (décembre 251), saint Félix parut en public et vint exhorter le peuple comme auparavant. En ce même temps, l’évêque Maxime mourut de vieillesse, accablé sous le poids des souffrances qu'il avait supportées pour Jésus-Christ : en récompense de ses fidèles services, il reçut de lui la couronne de gloire, ainsi que l'Eglise le reconnaît au 15 janvier. Alors chacun jeta les yeux sur Félix pour le nommer évêque en la place du défunt ; mais son humilité lui fournit tant de raisons et d’excuses, qu'il fit tomber l’élection sur un ecclésiastique de sainte vie, appelé Quintus, qui avait été fait prêtre sept jours avant lui.
Outre cet exemple d’humilité, saint Félix ne se rendit pas moins recommandable par le mépris des biens du monde ei par l’amour de la pauvreté évangélique ; car le peu qu’il avait de reste de son patrimoiïne lui ayant été confisqué durant la persécution, et chacun lui conseillant de le redemander au rétablissement de la paix, comme avaient fait beaucoup de chrétiens, cet amant de la croix fit une réponse digne de ce qu’il était : « A Dieu ne plaise que je rentre jamais en possession des biens que j’ai perdus pour Jésus- Christ, ni que je désire les richesses de la terre, que j'ai laissées pour mieux posséder les trésors du ciel ». De sorte qu'il s’entretint le reste de sa vie au moyen d’un petit jardin et de trois mesures de terre prises à louage, qu’il cultivait de ses propres mains, sans l’aide de personne ; il lui en restait même encore pour faire la part des pauvres. Son affection pour la sainte pauvreté ne paraissait pas moins dans ses vêtements que dans sa nourriture ; car il n’avait jamais qu’un seul habit et, quand on lui en présentait un neuf, il le donnait aussitôt à quelque autre qui en avait besoin.
Voilà quelle a été la vie de ce grand Saint. Elle se termina avec beaucoup de gloire le 14 janvier, vers l’an 256. Nous savons que quelques auteurs, pour particulariser davantage les circonstances de son heureux décès, ont dit qu'un jour de dimanche, après avoir célébré la sainte messe et donné la paix, selon la coutume, à tous les assistants, il se prosterna par terre, comme s’il eût voulu faire sa prière, et qu’en cet état il rendit sa bienheureuse âme ; mais parce que cela se trouve plus expressément en la vie d’un autre saint Félix, Romain, nous ne croyons pas qu’on doive s’y arrêter.
Entre une infinité de merveilles qu’il plut à Notre-Seigneur d’opérer pour manifester la gloire de ce grand Saint, l’une des principales est que, ceux qui se trouvaient accusés d’un crime dont ils se disaient innocents, étaient menés au tombeau de saint Félix, près de Nole, où ils se purgeaient par serment, parce que, s’ils juraient faux, ils étaient infailliblement punis par quelque châtiment exemplaire.