El s'agit ici de la persécution de Dèce, en
lence, et de pratiquer à la lettre cet avis du Sauveur : « Quand ils vous persécuteront en une ville, fuyez en une autre ! », Dans cette résolution, il recommanda son troupeau à son prêtre Félix, et se retira sur une montagne à l’écart, pour y attendre le secours du ciel et implorer la miséricorde de Dieu pour ses ouailles.
Cependant, les ministres des empereurs ne trouvant point l’évêque Maxime, s’attaquèrent à Félix qui était la seconde colonne de cette Eglise ; ils le prirent et le chargèrent de fers, et ayant fait inutilement tous leurs efforts contre lui, tant par promesses que par menaces, ils le jetèrent dans un cachot dont l’aire était recouverte de têts de pots cassés, pour lui ravir, par ce moyen, tout le repos qu'il y eût pu prendre après toutes ses peines. Mais la même nuit, un ange de lumière parut dans cette prison, comme autrefois en celle de saint Pierre, et, parlant à Félix, lui commanda de le suivre. Le prisonnier prit d’abord cela pour un songe; mais il vit bientôt que c'était une réalité : car, à la seconde parole de l’ange, les chaînes de son cou et de ses mains se brisèrent, l’entrave qu’il avait aux pieds tomba, et les portes de la prison s’ouvrirent pour lui donner passage, tandis que les autres captifs demeuraient enchaînés. Il suivit donc l’ange qui, allant devant, comme la colonne de feu qui précédait les enfants d'Israël au désert, le conduisit jusqu’à la montagne où le saint évêque s’était retiré ; il l'y trouva couché par terre, transi de froid, exténué par la faim, et dans un tel état qu’il semblait plus mort que vif. Saint Félix l’embrassa et le réchauffa le mieux qu’il put ; mais, reconnuissant que tous les efforts humains étaient inutiles, il eut recours à la prière ; et alors par un effet de la Providence divine, notre saint prêtre apercevant une grappe de raisin attachée à un buisson, la prit, la pressa et en fit couler le jus en la bouche du saint vieillard qui recouvra peu à peu ses forces, commença à parler, et se plaignit amoureusement de ce que Félix avait tardé si longtemps à le venir soulager.
Après quelques entretiens qu’ils eurent ensemble, ils résolurent de retourner tous deux à la ville, pour y secourir et aider les fidèles ; maïs parce que le saint vieillard était si faible qu'il ne pouvait marcher, la charité, redoublant les forces de Félix, celui-ci le porta sur ses épaules jusqu’à la maison épiscopale où une bonne veuve, qui y était demeurée seule, prit soin de sa personne, tandis que notre Saint, de son côté, se cacha en sa propre maison, jusqu'à ce que l'orage fût apaisé ; alors l’un et l’autre, l’évêque et le prêtre, parurent publiquement pour visiter et consoler les fidèles qui avaient besoin de leur assistance.
Mais ce calme dura bien peu, parce que les officiers de l’empereur, retournant en la ville et apprenant que Félix y était aussi de retour, appliquèrent tous leurs soins à le chercher, et lerencontrèrent enfin sur la place, où ils lui parlèrent sans le connaître, soit que son visage leur parût changé, ou que Dieu les eût aveuglés. Le Saint donc, voyant qu’on le cherchait, se retira promptement dans le coin d’une vieille masure ; là, par une admirable providence de Dieu, des araignées filèrent en un moment une toile si épaisse que les satellites le poursuivant ne s’imaginèrent pas qu’un homme y pôût être caché : pour nous apprendre, dit saint Paulin, que quand Dieu est avec nous, les toiles d'araignées nous servent de fortes murailles, et que, quand il nous manque, les murs les plus épais ne servent pas plus à nous défendre que des toiles d'araignées. Aïnsi les persécuteurs s’en retournèrent le soir tout confus, et le Saint demeura chantant le verset du Psalmiste : « Quand je marcherais au milieu de ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal,