LE BIENHEUREUX BERNARD DE CORLÉON
de piété et de joie qu’il dissipa tous les doutes des assistants et les toucha jusqu'aux larmes. Cet extérieur édifiant n’était au reste que l'expression des sentiments de son cœur. Lorsqu'il se vit profès, et par là plus maître de suivre son attrait pour la mortification, il déclara une guerre cruelle à son corps et s’appliqua à éteindre jusqu’à la dernière étincelle de ses anciennes passions. Il prenait la discipline jusqu’au sang, jeûnait de la manière la plus rigoureuse, ne se nourrissait que de pain et d’eau, couchait sur le plancher : de sa cellule, et se livrait à beaucoup d’autres austérités, ne cessant jamais d’affliger son corps afin de le soumettre à l'esprit.
Autant frère Bernard avait été autrefois ami de l'indépendance et jaloux de suivre en tout ses volontés, autant il se montra, depuis son entrée en religion, soumis et obéissant. Les moindres signes de ses supérieurs étaient pour lui des ordres qu’il s’empressait d'accomplir. Indifférent sur tous les emplois, il fut choisi pour remplir celui d’infirmier, à une époque où régnait dans le couvent une maladie contagieuse qui rendait cet office tout à la fois plus difficile et plus dangereux. Loin de faire la moindre plainte, il s’y consacra avec joie, donna aux malades les soins les plus assidus, leur rendit les services les plus humiliants, et prouva à tous qu’il était animé, à l’égard du prochain, de la charité la plus vive et la plus sincère.
Cette même ardeur de charité détermina le serviteur de Dieu à solliciter du père provincial la permission de porter secours aux habitants du bourg de Scarlato, parmi lesquels une maladie épidémique s'était déclarée et dont plusieurs mouraient faute de remèdes. L’ayant obtenue, il fit en leur faveur une quête générale dans la ville de Palerme; elle fut si abondante qu’elle lui donna les moyens d’assister ces pauvres malades et de fournir à tous les besoins des indigents de ce lieu. Il ne se bornaït pas à rendre au prochain des services de ce genre. Il suffisait que quelqu'un fût dans la peine pour qué le frère Bernard cherchât à l’en délivrer. Un pauvre homme de Palerme, père de famille, entra une nuit dans l’enclos d’un jardinier et lui vola soixantedix-sept plants; celui-ci, ayant découvert le coupable, le poursuivit en justice et le fit condamner aux galères pour plusieurs années. La femme de ce malheureux désespérée de n’avoir pu par aucun moyen fléchir le jardinier et délivrer son mari, va trouver le saint religieux et le prie de vouloir l’aider dans sa nécessité. Bernard, se prêtant volontiers au désir de cette femme, se transporte chez le jardinier, lui parle si efficacement qu'il finit par vaincre son obstination, le détermine à se désister, fait révoquer la sentence et rendre la liberté à ce malheureux.
Tandis qu’il s’occupait ainsi avec tant de zèle à faire du bien à ses frères et à leur procurer tous les soulagements qui étaient en son pouvoir, il s’oubliait entièrement lui-même, vivant dans le dénûment le plus absolu. Rigide observateur du vœu de pauvreté, il n’avait à son usage que le méchant habit qui le couvrait, un chapelet, une croix, une discipline, une haire et quelques autres instruments de pénitence. Ainsi il expiait le plaisir qu’il avait pris autrefois à se livrer au jeu, et le désir d’y gagner. Dieu, qui voulait le rendre parfait, permit qu’il eût aussi à expier, mais de la manière la plus rude, son ancien amour de l'indépendance. Frère Bernard, allant par obéissance de Palerme à Messine et faisant le voyage par mer, le bâtiment sur lequelil se trouvait fut capturé par un corsaire des Etats barbaresques. Le saint religieux réduit à l'esclavage, eut à souffrir tout ce qu’on peut s’imaginer de plus dur de la part du patron auquel il avait été vendu; mais quelque pénible que fût sa condition, elle l’affligea moins que les sollicitations impudiques d’une jeune esclave. La résistance qu’il opposa à la passion criminelle
VIES DES SAINTS, — TOME Ier 22
de cette malheureuse irrita tellement celle-ci que, profitant de l’ascendant qu’elle avait sur l'esprit de leur maître commun, elle le fit mettre aux fers, jeter dans un affreux cachot et accabler de coups. Il y passa seize mois, privé de tous les secours extérieurs de la religion et n’ayant d’autre ressource que la prière. Au bout de ce temps, il fut échangé et revint en Sicile, où il se dédommagea par de ferventes communions de la peine qu’il avait éprouvée pendant sa captivité de ne pouvoir recevoir cette divine nourriture.
Le serviteur de Dieu, après son retour des Etats barbaresques, donna de nouvelles preuves de la piété la plus sincère et la plus solide. On remarquait surtout sa tendre dévotion pour la passion du Sauveur, pour la sainte Eucharistie et pour l’auguste mère de Dieu. Sa charité envers le prochain semblait prendre sans cesse de nouveaux accroissements. La peste s'étant manifestée en 1666 à Castelnuovo, ville de Sicile, frère Bernard, qui remplissait au couvent de Palerme l'office de quêteur, demanda à ses supérieurs comme une grâce, d'accompagner six religieux capucins qui se rendaient dans les lieux infectés par la contagion. Y étant arrivé, il se livra tout entier au soin des malades dans les maisons particulières et dans les hôpitaux ; cependant le fléau l’épargna : mais il ne survécut pas longtemps à ce dernier acte de charité. Usé par les fatigues et surtout par ses rigoureuses mortifications, il fut pris d’une grosse fièvre qui obligea de le mettre à l'infirmerie. La maladie fit bientôt des progrès dont Bernard lui-même s’aperçut. Ayant demandé le saint Viatique, il le reçut avec des sentiments d’humilité et une ferveur qui touchèrent tous les assistants. On a cru qu’il connaissait le moment de sa mort, par le soin qu’il prit de faire compter les heures lorsqu'il fut proche de sa fin. Le prêtre qui l’assistait lui ayant dit qu’il était trois heures, il approcha, avec respect, de sa bouche le crucifix qu’il tenait, et s’'endormit du sommeil des justes, à l’âge de près de soixante ans, le 12 janvier 4667.
On avait une si haute idée de sa sainteté que des grands du royaume de Sicile voulurent le porter en terre sur leurs épaules. Son convoi eut l'air d’un triomphe, par la foule innombrable de peuple qui y assistait et qui, avant cette cérémonie, s'était jeté sur ses pauvres habits pour les conserver comme des reliques. Plusieurs miracles s’opérèrent bientôt à son tombeau et déterminèrent l’archevêque de Palerme à travailler au procès de sa béatification. Son corps, exhumé au bout de sept mois pour être placé dans un lieu plus convenable, fut trouvé sans aucune marque de corruption. Le pape Clément XIII béatifia ce serviteur de Dieu le 45 mai 1768.
Voir la vie du bienheureux Bernard de Corléon, écrite en italien par le Père Modigliana, in-40, Rome. 1768, et l'abrégé français de la même vie, par le Père Jean Chrysostome de Béthune, capucin, 1751, in-18.
LE PROPHÈTE MALACHIE (415 av. J.-C.).
Malachie fut le dernier de ces prophètes que Dieu, pendant de longues années, envoya au peuple Juif pour l'instruire et annoncer la venue du Messie parmi les hommes. La Bible ne donne aucun détail sur sa vie ni sur sa naissance. La chronique d'Alexandrie le fait originaire de Sapha ville de la tribu de Zabulon, et prétend qu’il mournt à la fleur de l'âge, et reçut la sépulture Es : eh de ses ancêtres. Il nous est impossible de contrôler ces renseignements en l’absence de out autre témoignage ; mais nous avons rophéties admi ° ’Egli Malachie, le douzième des petits er . re : ue
, et prophétisa
de l'an 430 à l'an 415 avant Jésus-Christ. Le livre que nous avons de lui renferme seulement quatre chapitres, mais il est fort remarquable par la prédiction qu'il y fait de la sainte Eucharistie : « De l'aurore au couchant, mon nom est grand parmi les hommes et l'on me sacrifie en tout lieu et on offre en mon nom une victime pure ». On y trouve aussi la venue du Précurseur suivie de celle du Messie : « Voici que j'envoie mon Ange et il préparera la voie devant moi, et aussitôt après le dominateur que vous cherchez et l'ange de l'alliance si désiré de vous viendra dans son temple », Ses dernières paroles sont l'anronce du grand drame qui doit clore l'existence du monde, et la venue du prophète Elie pour y préparer le genre humain : « Je vous enverrai le prophète Elie avant que le grand et épouvantable jour du Seigneur arrive ». La prédiction du grand jugement et la terrible menace du dernier ferme l'ère des prophètes au milieu du peuple Juif. L’avénement du Fils de l’homme approchait, et Dieu allait venir lui-même instruire les nations et les racheter par sa mort. Chez les Grecs, la fête du prophète Malachie se célèbre le 3 janvier, mais l'Eglise latine de Jérusalem en fait aujourd'hui un office semi-double.
SAINTE NÉOMADIE, VIERGE EN POITOU (v° siècle).
Néomadie, vierge poitevine, née de parents très-illustres, fut douée des plus excellentes vertus, au rapport des plus anciens monuments de l'Eglise de Poitiers.
£a gloire plus connue de Dieu que des hommes est surtout dans les humbles vertus qu’elle a su pratiquer. Le nom de sa famille n’est éteint dans le Poitou que depuis deux cents ans. Tout porte à croire qu’elle naquit à Baussay, petite localité de la paroisse de Mouterre-Silly, car sa famille en posséda la seigneurie jusqu’au temps où elle se confondit dans la maison de Rochechouard 2.
Ce qui prouve suffisamment sa sainteté, c’est le concours considérable de peuple qui a lieu depuis des siècles à une église paroissiale dédiée scus son nom, non loin de Saint-Maixent, ains qu'aux très-nombreuses chapelles qui lui sont dédiées sur tous les points du territoire poitevin. La confiance des peuples n'a pas cessé de l’invoquer contre l’épilepsie, dont ses prières ont fort souvent délivré les tristes victimes.
Saint Dace assista au concile tenu à Constantinople par le pape Vigile, dans lequel fut déposé Théodoret, évêque de Césarée en Cappadoce ; il est plus célèbre pour avoir été exilé à cause de la foi. L’intrépide confesseur se réfugia à Constantinople, puis à Chalcédoine avec le pontife persécuté par Justinien.