‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 230 sur 412 · SAINT BONT OU BONET · texte numérisé non relu

SAINT BONT OU BONET

deux possédés sans savoir qu’ils Le fussent, en leur conférant le sacrement de la Confirmation. Une femme bretonne, en invoquant Dieu par ses mérites, se trouva délivrée, sans sortir de son pays, de la cécité, de la paralysie d’un bras et de l’impuissance de marcher dont elle était affligée. Mais ce qu’il y a de plus admirable en la vie de ce grand Saint, c’est la faveur signalée qu’il reçut de la sainte Vierge, la nuit de la fête de son Assomption. Il était demeuré dans l’église de Saint-Michel pour y passer cette nuit en prière ; comme il était dans ses plus grandes ferveurs, cette Reine du ciel et de la terre y parut dans un grand éclat, accompagnée d’un nombre infini de Saints et d'Esprits bienheureux qui remplissaient tout le lieu d’un concert merveilleux. Ils préparent aussitôt toutes choses pour chanter la messe, et quelquesuns ayant demandé à la sainte Vierge qui serait le célébrant, elle répondit que son serviteur Bont était présent et qu'il n’en fallait point chercher d'autre. A ces paroles, le Saint, se serrant contre un pilier, pour se cacher, la pierre s’amollit, et reçut l'impression de tout son corps, témoignage éternel de son humilité. Les anges le prirent et le menèrent devant leur Souveraine. Elle lui commanda, d’une manière fort gracieuse, d'offrir le divin Sacrifice ; le Saint, ne pouvant s’y refuser, fut revêtu sur-le-champ des habits sacerdotaux, et conduit solennellement à l’autel. Les Saints lui servirent de ministres en cette grande action, qu'ils ne peuvent contempler qu'avec frayeur, et toute la messe fut chantée avec une musique céleste, par cette multitude de bienheureux qui accompagnaient la mère de Dieu. Après la messe, elle laissa à son bien-aimé serviteur la chasuble qu’on lui avait donnée, lui recommandant de la garder comme un gage de sa bienveillance et de sa tendresse envers lui, et cette chasuble se voyait encore à Clermont au siècle dernier ; elle était d’une étofle fort légère-et délicate ; mais ce trésor, ainsi qu’un grand nombre de corps saints, est devenu la proie des flammes en 1793.

Quoique saint Bont recût, à tous moments, des marques extraordinaires de l’amour de Dieu, néanmoins, il y avait toujours une chose qui lui faisait de la peine depuis plus de dix ans qu'il était évêque de Clermont : c’est qu’il avait été élevé sur la chaire de son frère à la sollicitation de ce dernier, ce qu’il regardait comme une sorte d’hérédité dans les charges ecclésiastiques, hérédité défendue par les saints canons. Il résolut d’aller trouver saint Tillon ou Théau ‘, à Solignac, pour lui proposer sa difficulté et avoir son avis. Le serviteur de Dieu lui dit librement et sans le flatter, de se démettre de sa charge, puisque son élection avait été défectueuse. Le Saint, qui, d’ailleurs, soupirait ardemment après une vie privée et solitaire, n’hésita pas ; il mit ordre aux affaires de son église, fit établir un autre évèque en sa place ?, distribua tous ses biens aux hôpitaux, aux églises et aux monastères, alla se renfermer en l’abbaye de Manlieu, de l'Ordre de Saint-Benoît, qui était proche, et commença d’y servir Dieu avec une nouvelle ferveur, sous l’habit de ce bienheureux patriarche. Il passa près de quatre ans dans cette maison, édifiant les autres par son humilité et sa mortification. Mais, par une résolution surprenante et courageuse dans un reclus de quatrevingts ans, il entreprit le pèlerinage de Rome, et les grandes actions qu'il fit en chemin montrèrent bientôt que c'était l’esprit de Dieu qui le conduisait. A Lyon, il réconcilia l’archevèque Godin et le duc de Bourgogne *, qui

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