‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 229 sur 412 · SAINT BONT OU BONET · texte numérisé non relu

SAINT BONT OU BONET

Tous les Martyrologes font mention de saint Maur au 15 janvier, et tous les auteurs qui ont écrit la vie des Saints y ont inséré la sienne. Il était singulièrement honoré en Angleterre, sous les rois normands. Camden observe, dans son livre intitulé Romaïns, que l'illustre famille de Seymour a tiré son nom de celui de notre Saint, Sey-Mour, Saint-Maur. Fauste, l'un de ses compagnons de voyage en France, a le premier composé son histoire, comme nous l'avons déjà remarqué. Nous avons toujours eu les yeux sur lui pour corriger celle-ci; nous nous sommes beaucoup aidés, aussi, de celle qui se trouve dans l'Année bénédictine.

SAINT BONT OÙ BONET ;, CHANCELIER DE FRANCE, ÉVÊQUE DE CLERMONT EN AUVERGNE 623-710. — Papes : Boniface V; Constantin, — Rois de France : Clotaire II; Childebert III.

Entrez par la porte étroite; car la porte et le chemin qui conduisent à la perdition sont larges et trèsfréquentés. Mais la porte et le chemin qui conduisent à la vie sont étroits et le nombre de ceux qui le trouvent est petit. Matth. vi, 13 et l4.

Voici un Saint qui peut servir de modèle à beaucoup, mais principalement à ceux qui sont dans les plus hautes dignités, puisque nous avons en sa personne un homme de cour pieux, un magistrat incorruptible, un gouverneur de province vigilant et miséricordieux, un évêque rempli de l'esprit de Jésus-Christ et des vertus apostoliques, un religieux d’une austérité et d’une dévotion parfaitement exemplaires. Il naquit en Auvergne, de parents illustres par leur piété et fort considérés pour leur noblesse. Son père s’appelait Théodat, et sa mère Siagria : l’un et l’autre descendaient des anciens sénateurs de Rome. Lorsque cette pieuse femme le portait dans son sein, elle se jeta aux pieds d’un saint prêtre qui l'était venu visiter, le priant de lui donner sa bénédiction : « Mais vous plutôt », répondit le prêtre, « bénissez-moi, Ô saint Père et Seigneur vénérable ». Ces paroles surprirent extrêmement Siagria, qui les trouvait peu convenables à son sexe et à la qualité de celui qui parlait; mais le serviteur de Dieu apaisa son trouble, lui faisant connaître que ce n’était pas à elle qu’il demandait la bénédiction, mais à son enfant qui devait être un jour un des plus dignes gouverneurs de provinces et l’une des plus éclatantes lumières de l'Eglise. Cette prédiction obligea ses parents à veiller particulièrement à son éducation, et à le faire instruire dans toutes les sciences qui ont coutume de préparer les esprits aux plus grandes choses.

Théodat étant mort, Bont, quoique jeune encore, quitta son pays et vint à la cour de Sigebert II qui régnait alors en Austrasie. A peine ce prince le connut-il, qu’il le prit en affection particulière. Il le fit premièrement son grand échanson; puis, reconnaissant en lui toutes les qualités requises d’un homme d'Etat, il l’éleva à la charge de référendaire, qui est la même que celle de chancelier, lui mettant son anneau d’or ou son sceau entre les mains. Il exerça cet emploi avec tant d’intégrité pendant l’espace de trente ans, qu’il s’acquit l’estime et le respect de tout le monde. Menant

1. Bonitus, Binifacius, Bonus, Eusebius. — À Paris, où il y a encore une rue qui porte le nom du Saint, l'on écrit saint Bon. C’est dans cette rue, non loin du vieil hôtel de ville incendié que se trouvait autrefois l’église qui lui était dédiée,

la vie d’un religieux dans sa conduite particulière où brillaient la chasteté et l'innocence, il fit régner par tout le royaume d’Austrasie, la justice et la religion. Thierry IL, roi de Neustrie, ayant réuni l’Austrasie à la Neustrie, après la mort de Dagobert IT; son cousin, fils de Sigebert, donna à Bont le gouvernement de Provence ou de Marseille, qui passait alors pour le plus important de la monarchie franque (680). I1 gouverna ce pays pendant neuf ans avec tant de douceur et de bonté, qu’il en fut considéré comme le père. Il y défendit expressément la vente des esclaves qui était encore en usage dans le pays, et lui-même racheta de ses deniers tous ceux qu'il put connaître et les mit en liberté. Il prit aussi un grand soin de mettre d'accord les différents partis et de réconcilier les personnes et les familles qui étaient en dissension. À ces vertus publiques qui regardaient le bien de ses sujets, il en joignit de particulières pour le règlement de son intérieur : telles qu'étaient la pénitence, l’oraison et la pureté de cœur : il ne se faut donc pas étonner si Dieu le tira enfin de ses emplois séculiers pour en faire un ministre de ses autels.

Saint Avit, second du nom, son frère aîné, était alors évêque de Clermont en Auvergne ; se voyant déjà avancé en âge et accablé de maladies, il proposa à son clergé, par inspiration divine, d’élire en sa place ce saint gouverneur de Provence, dont les mérites leur étaient assez connus. Son élection fut unanime, et le roi Thierry y donna volontiers les mains, étant bien aise que celui qu'il avait choisi pour magistrat fût jugé digne du sacerdoce. Saint Bont partit donc de Marseille et se rendit en Auvergne, où il fut consacré évêque. Cette onction épiscopale fut pour lui un principe de sanCtification. Il parut, en un instant, non pas comme un homme qui aspire à la perfection, mais comme un homme qui l’a déjà acquise, ce qui est propre aux évêques. Il passait trois jours et même quatre sans rien manger. Sa vie était un recueillement continuel. Il donnait le jour aux emplois de sa charge, et presque toute la nuit à la prière ; et quoiqu'il n’eût pas encore embrassé la vie monastique, il en imitait déjà la retraite pendant le Carême. Sa charité pour les pauvres et pour les pèlerins était extrême ; jamais il n’en renvoya un seul sans secours, et toute la différence qu'il faisait entre eux était qu'il se rendait plus miséricordieux et plus libéral envers les plus nécessiteux. Comme la nourriture spirituelle est encore plus nécessaire que le pain du corps, il la distribuait abondamment à son peupie, tantôt par lui-même, tantôt par des prêtres servants, qui lui servaient en effet de pieds et de langues, Il visitait assidûment son diocèse, et prenait un soin particulier de bien instruire ses ecclésiastiques et de les porter à une vie irréprochable ; ce qu’il faisait par de fréquentes conférences sur les saints canons, auxquelles il les obligeait d'assister. Son oraison était toujours accompagnée de larmes, et il en versait une telle abondance que son habit en était tout trempé. Etant dans son église, il ne se mettait pas sur son trône épiscopal, mais sur un siége fort bas; et, quoiqu'il sût très-bien soutenir sa dignité lorsqu'il le jugeait nécessaire, le plus souvent, néanmoins, il se réduisait à un état si abject, que ceux qui ne le connaissaient pas ne l’eussent jamais pris pour l’évêque.

Pendant qu'il s’étudiait à s’humilier et à se rendre petit devant les hommes, Dieu prit plaisir à relever son mérite par de grands miracles. Tout le pays d'Auvergne étant affligé d’une grande sécheresse, il ordonna un jeûne etune procession pour obtenir de la pluie, et à peine eut-il achevé la messe, qu’il en tomba une si grande abondance, qu’on ne put ce jour-là sortir de l’église. Plusieurs malades furent guéris en buvant de l’eau dans laquelle il avait trempé ses mains. Son seul attouchement redressa un boiteux. Il délivra

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