Pierre de Naux-Cernay
pait déjà que, pour sauver l'Eglise, le martyre valait mieux que tous les efforts humains, et, vers la même époque, il prononçait cette prophétique parole : « Les affaires de Jésus-Christ ne réussiront dans ces contrées, que lorsqu'un de nous qui prêchons en son nom mourra pour la défense de la foi; et puissé-je moi-même être le premier à périr sous le glaive du persécuteur ! »
Cette prédiction et ce désir devaient bientôt se réaliser.
Pierre venait, pour la seconde fois, d’exclure le comte de Toulouse de la communion de l'Eglise, quand celui-ci, qui tremblait toujours lorsqu'il était frappé, supplie le légat de se trouver à Saint-Gilles, sur les bords du Rhône où il sera lui-même, promettant d'avance au Saint-Siége une soumission entière.
Pierre est fidèle au rendez-vous. Il entre en pourparlers avec le comte qu'il trouve, comme toujours, facile et faux tout à la fois, promettant ce qu'il re veut pas tenir, éludant ce qu’il ne veut pas promettre, tergiversant et incertain entre le Pape qui lui fait peur et l’hérésie qu’il veut ménager. Be légat s'aperçoit vite que l’entrevue n’est qu’un nouveau piége; et il se disposait à partir, lorsque le comte lui intime la défense de s'éloigner de Saint-Gilles, sous peine de mort. La violence remplaçait la ruse, et le renard se faisait loup.
Rappelons-nous qu'avec une perspicacité sans égale et une invincible fermeté, Pierre avait su épier et déjouer toutes les trames de Raymond. Sentinelle avancée de l'Eglise, jamais il n'avait cessé de pousser le cri d’alarme : « Gardien, que se passe-t-il dans la nuit! ? » Chien vigilant du troupeau de Jésus-Christ, il n’était jamais demeuré muet. Le comte voyait en lui son plus indomptable adversaire; et volontiers, comme Henri Il parlant de Thomas Becket, il eût pu dire de Pierre de Castelnau « que ce prêtre, à lui seul, l’empêchait de vivre en paix chez lui ? ».
Malheureusement, comme le roi d'Angleterre, le comte de Toulouse trouva près de sa personne d’indignes complaisants pour exécuter le crime.
Le 15 janvier 1208, Pierre avait dit la messe le matin et se préparait à passer le fleuve avec ses compagnons, quand deux hommes s’approchant de lui, l’un d’eux le traversa d’un coup de lance au bas des côtes. Pierre tomba en s’écriant : « Seigneur, pardonnez-lui comme je lui pardonne. » I s’entretint quelques instants avec les compagnons de sa mission et mourut en priant avec ferveur.
L'année suivante le comte de Toulouse se réconcilia avec l'Eglise — à Saint-Gilles — entre les mains de Milon, légat du Pape (1209). N'ayant pu sortir de l’église à cause de la foule, on fut obligé de le descendre par une fenêtre, du côté du cloître, où était le tombeau du B. Pierre, auquel il rendit hommage en passant, ce qui fut regardé comme une réparation d’honneur, car le farouche comte était désarmé. Après avoir reçu l’absolution, il alla se mettre à la tête des croisés, contre les Albigeoïs. La même année, le corps du B. Pierre fut transporté de ce cloître, dans l’église même de l’abbaye de Saint-Gilles qui fut depuis sécularisée après avoir successivement suivi la règle de saint Benoît et celle de Cluny. On honorait autrefois sa mémoire à Saint-Gilles ? et dans les maisons de l’Ordre de Cîteaux.
Nous avons emprunté cette vie à une lettre circulaire de Mgr de Carcassonne.
1. Is., xx1, 11. — 2, In off. S. Thom, Cant. — 3, Voyez, sur l'abbaye de Saint-Gilles, une notice au 1er septembre.
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