Boliand., 5 mars
VIES DES SAINTS. — TOME [er %
ves dommages à la pureté du sacerdoce ; maïs nous soutenons que les immorales coutumes de l’hérésie s’infiltrant par les fentes du sanctuaire en même temps qu'elles débordaient dans le monde, purent agir sur un grand nombre de clercs avec de très-pernicieuses influences ; cercle fatalement vicieux où l'hérésie accusait le clergé, et où le clergé s’énervait aux dissolvantes émanations d’une atmosphère corrompue.
Quoi qu'il en soit, les légats se sentaient de nouveau défaillir, quand le Seigneur, dit un vieil historien, « qui sait toujours tenir des flèches en réserve dans le carquois de sa Providence, leur envoya du fond de l'Espagne deux saints et vaillants athlètes 1 ».
Au mois de juillet 1206, le vénérable évêque d’Osma, Diégo d’Azèbes, accompagné d’un chanoine régulier, sous-prieur de son Eglise, venait frapper à leur porte avec le bâton du pèlerin. Le sous-prieur était saint Dominique.
Les légats ne manquèrent pas de confier à l’évêque la cause de leur chagrin, et lui firent part de leurs défaillances. L’évêque n’approuva pas les pusillanimes pensées des légats ; il les engagea, au contraire, à poursuivre plus ardemment que jamais la prédication de la parole. Toutefois il ajouta que, pour guérir les maux de l'Eglise, la parole ne suffisait pas, qu'il y fallait l'autorité de l'exemple ; qu’apôtres de l'Evangile, ils devaient vivre de la vie des Apôtres, marcher nu-pieds, ne porter ni or ni argent, et prêcher, en un mot, le langage de la pauvreté chrétienne, en même temps que celui de la vérité catholique.
Les saints se comprennent facilement, parce que leur conversation qui est dans les cieux est unanime pour les choses célestes. Le conseil du saint évêque fut approuvé par les légats. Ils demandèrent seulement que le prélat et son compagnon consentissent à se joindre à eux; et nos quatre missionmaires, Pierre de Castelnau, F. Raoul, l’évêque d’Osma et Dominique de Guzman, sortirent un matin de Montpellier, marchant pieds nus et donnant les premiers l'exemple de la pauvreté apostolique que devaient bientôt imiter les Ordres mendiants du x siècle.
Des conversions nombreuses ne tardèrent point à leur prouver que ce nouveau genre de vie aurait plus d'action sur les peuples.
A Béziers et à Carcassonne, les missionnaires obtinrent quelques bons résultats. La petite ville de Caraman, située dans le Lauraguais, abjura l'hérésie et embrassa la foi catholique.
Pierre de Castelnau dut cependant, à cette époque, se séparer momentanément de ses collègues. Par la vigueur de son esprit, autant que par l’ardeur de son zèle, il était entre les légats celui que les sectaires redoutaient davantage. Déjà ils avaient attenté à sa vie, et F. Raoul le conjura de se soustraire, au moins pour un temps, à la fureur de leurs poursuites. Pierre, dont l’heure n’était pas encore venue, condescendit à cette demande.
Retiré à Montpellier, il se rendit encore utile aux affaires générales de V'Eglise. Toutefois son âme apostolique sentait incessamment le besoin de se mesurer contre l’hérésie; et apprenant que les missionnaires tenaient à Montréal, au diocèse de Carcassonne, une conférence avec les sectaires, il se hâta de s’y rendre.
En cette célèbre conférence, si l’on en croit les historiens, les plus simples règles de la justice furent violées. Les arbitres choisis exclusivement parmi les hérétiques étaient juges et parties en même temps. La dispute se
1, Guill. de Puylaurens.
prolongea quinze jours ; les articles furent de part et d'autre consignés par écrit ; mais on rapporte que les juges eux-mêmes, ne pouvant échapper à l'évidence des témoignages allégués par les catholiques, refusèrent de porter la sentence et livrèrent à leur parti les pièces écrites du débat qui furent ainsi soustraites à la publicité.
Au sortir de Montréal, les quatre missionnaires prirent des chemins différents comme s'ils eussent voulu se partager le champ inculte qu'ils avaient à défricher. L’évêque d'Osma se dirigea vers Pamiers; mais, désirant mettre ordre aux affaires de son diocèse avant de se consacrer entièrement à l’œuvre des missions, il retourna bientôt en Espagne et mourut peu de temps après. F. Raoul se mit en marche vers le Rhône, et ce fut là qu'au milieu de ses travaux la mort le surprit également. Saint Dominique vint se fixer à Fanjeaux où l’éloquence de sa parole, la sainteté de sa vie, mais surtout l’aide de la très-sainte Vierge, en l’honneur de laquelle il institua le Saint-Rosaire, déterminèrent un grand nombre d’âmes à quitter le sentier de l'erreur: cependant ces âmes nouvellement converties ne cessaient pas d’être circonvenues par les ennemis de l'Eglise, et ce fut pour préserver quelques jeunes filles de la perfide atteinte des sectaires, qu’en l’année 1208, saint Dominique jetà, au pied de la colline de Fanjeaux, les premiers fondements du monastère de Prouille qui devait être lui-même l'origine de l'Ordre des Frères Prêcheurs.
La même année, au pied des montagnes de l’Ombrie, saint François d'Assise, l’ami et le glorieux émule de saint Dominique, groupait ses premiers compagnons près de la chapelle de la Portioncule. — Prouille et Assise, berceaux illustres que l’Eglise façonnait en même temps, et d'où, un jour, devaient sortir deux races d'hommes forts pour la défendre!
Mais, tandis que saint Dominique, par les persévérants travaux de son zèle, avançait dans nos contrées la cause de l'Eglise, Pierre de Castelnau la plaidait plus efficacement encore, en donnant sa vie pour elle.
Raymond de Toulouse, malgré ses promesses, tant de fois réitérées par serment, n'avait jamais cessé de favoriser l’hérésie et ne semblait occupé qu’à défaire, dans le secret honteux de sa politique, l’œuvre que les légats
. accomplissaient avec tant de labeurs, au nom du souverain Pontife.
Pierre, révolté de tant de fourberie, avait dû lancer contre lui une première excommunication, et, pour soutenir l'autorité de son légat, Innocent III avait écrit au comte une lettre menaçante.
Il ne fallait pas que Raymond pût traiter ses menaces d’illusoires, et Pierre de Castelnau, immédiatement après la conférence de Montréal, s’était acheminé en toute hâte vers la Provence. Là, ses habiles négociations avaient déterminé les seigneurs provençaux à s’armer contre le comte de Toulouse pour la défense de la foi catholique : et Raymond, effrayé à la fois de la sentence du Pape et de la guerre, s'était empressé de recourir à son expédient habituel, le serment ; Innocent III, de son côté, avait levé la sentence d'excommunication; mais, comme toujours, à peine absous, le comte s'était de nouveau parjuré.
C'est alors que les historiens nous présentent « le très-saint frère Pierre de Castelnau, animé d’un grand courage, se présentant à la cour du tyran, lui reprochant ses nombreux parjures et osant lui résister en face, parce qu'il n’était plus seulement répréhensible, mais vraiment digne de dampation ! ». :
Toutefois, éclairé d’une lumière plus haute, l’homme de Dieu compre-