SAINT MARCEL [”, PAPE ET MARTYR
804 à 310. — Empereurs : Dioclétien; Maximien Hercule; Galère et Maximin Daïa.
Après deux mois d’interrègne, les fidèles de Rome purent se réunir aux catacombes et procéder à l’élection d’un nouveau Pape. Marcel, Romain d’origine, fut choisi pour succéder à saint Marcellin, le 21 mai 304. La dixième persécution générale venait de s’allumer contre les chrétiens par
1, Voir au 28 septembre, — 2, Voir sa vie au 15 janvier. — 3, Voir au 13 janvier.
les ordres de Dioclétien et du César Galère. (303.) Pendant que le bienheureux Marcellin était conduit au supplice, il conjurait le prêtre Marcel de ne pas céder aux instances de l’empereur. Devenu pape, Marcel n’oublia pas les exemples de vertu et de courage de son prédécesseur. Il obtint d’une matrone nommée Priscille, un endroit favorable sur la voie Salaria pour y établir de nouvelles catacombes et pouvoir y célébrer les divins mystères à Pabri des profanations des païens. Il gouverna saintement et courageusement l'Eglise alors si désolée, travaillant à convertir les infidèles, à affermir les chrétiens dans la foi et à ramener à la pénitence ceux qui avaient cédé aux promesses ou aux violences des persécuteurs. Les vingt-cinq titres de la ville de Rome furent partagés par lui en autant de paroisses distinctes, afin que les sacrements et les autres secours de la religion fussent plus facilement distribués aux fidèles et à la multitude des païens qui se convertissaient à la foi.
Maxence, fils de Maximien Hercule, déclaré empereur parles prétoriens, 307, régnait dans Rome. Occupé de lutter contre ses compétiteurs d'Afrique et d'Italie, il n’avait pour ainsi dire pas le temps de persécuter les chrétiens ; peut-être aussi désirait-il les mettre de son parti en les épargnant. L'Eglise, en ce moment-là, jouit donc d’une sorte de paix. Marcel en profita pour rétablir la discipline que les troubles précédents avaient altérée. Mais sa juste sévérité envers ceux qui étaient tombés pendant la persécution lui fit beaucoup d’ennemis. Or, comme Maxence croyait alors avoir affermi son pouvoir, et qu’il commençait à jeter le masque qui couvrait ses mauvais sentiments pour la religion chrétienne, il trouva deux crimes dans Marcel : c'était d’avoir excité quelques troubles par son zèle, ensuite et surtout, d’être le chef des chrétiens.
Il le fit comparaître devant son tribunal, lui ordonnant de renoncer à sa charge et de sacrifier aux idoles. Marcel résista aux promesses et aux menaces du tyran ; il fut condamné à servir comme esclave dans les écuries impériales. Le pontife passa de longs jours dans cette dure captivité, ne cessant dans la prière et le jeûne d’implorer la miséricorde du Seigneur. Après neuf mois de détention, les clercs de Rome qui avaient secrètement négocié son rachat avec les officiers subalternes, vinrent pendant la nuit et le délivrèrent. Une pieuse chrétienne, nommée Lucine, qui, après avoir vécu quinze années dans la fidélité conjugale avec Marcus, avait depuis dix-neuf ans persévéré dans la viduité, donna asile au Pontife. Sa maison devint dès lors un titre paroiïssial de Rome, sous le nom de Marcel. Le Pontife y réunissait en secret les fidèles. Nuit etjour les prières et les hymnes sacrées ne cessaient de monter au trône de Dieu. Maxence en fut informé et fit de nouveau arrêter Marcel. Surl’emplacement même de l’église profanée, il fit établir un haras où le Pontife fut une seconde fois condamné à servir comme palefrenier. Ce fut ainsi qu’au milieu de vils animaux mourut le saint évêque, auquel on ne donnait pas même de vêtements et qui n’avait qu'un cilice sur le corps. La bienheureuse Lucine l’ensevelit dans les catacombes de Priscille sur la voie Salaria, le xvn° des Calendes de février :. En une ordination faite à Rome, au mois de décembre, il imposa les mains à vingtcinq prêtres, deux diacres et vingt et un évêques destinés à diverses provinces ?.
Pour ce qui est des reliques de ce souverain Pontife, elles sont demeu-
2. Cette notice est extraite presque en entier du Liber pontificalis. Voyez l'abbé Darras, Æisé. génér. da l'Eglise, t. vr, 219-234, et vrir, 590-593.
rées en ce cimetière de Priscille jusqu’au temps du pape saint Martin ; elles furent apportées alors partie en Flandre, au monastère d’'Haumont, de l'Ordre de Saint-Benoît ; et partie en France, en la très-célèbre abbaye de Cluny. C'était le chef que possédait l’abbaye de Cluny ; aujourd’hui cette précieuse relique se conserve à la cathédrale d’Autun.
Le 16 janvier, jour de la fête du saint Pape, Rome célèbre dans l’église de Saint-Marcel au Corso — qui a remplacé le haras du persécuteur — un office solennel en l’honneur du persécuté.
Quel contraste entre l’abjection de saint Marcel et la splendeur dont la conversion de Constantin va entourer, peu d’années après, le vicaire de Jésus-Christ ! Pour rendre cette abjection du dernier des Papes persécutés par le paganisme, les arts ont représenté saint Marcel avec des ânes au râtelier : c’étaient selon toute apparence des chevaux qu’il était chargé de soigner ; mais les artistes ont renchériet nous ont donné des ânes : ce n’est pas le cas de leur en vouloir.
Saint Marcel est le patron des palefreniers et des valets d’écuries.