‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 257 sur 412 · SAINT TRIVIER, SOLITAIRE DANS LES DOMBES · texte numérisé non relu

SAINT TRIVIER, SOLITAIRE DANS LES DOMBES

vie siècle.

Ego in voce laudis immolabo tibi… Je vous offrirai un sacrifice en chantant vos louanges, Jonas, 11, 10.

Saint Trivier naquit en Neustrie, d’une famille romaine, originaire du pays des Cadurces (Cahors). Son goût pour la solitude et la vie contemplative lui fit chercher un asile au sein d’un monastère, situé dans un des faubourgs de Thérouanne; il y fut accueilli aux vives sollicitations de tous les moines, dont les prières réunies obtinrent le suffrage de l’abbé. Ce fut là, qu'après les témoignages non équivoques d’une grande piété et d’une obéissance éprouvée, il fut, à l’âge de quarante ans, élevé à la dignité de clerc et compté au nombre des cénobites.

A cette époque (540), Théodebert, roi d’Austrasie, avait franchi les Alpes et faisait la guerre en Italie: après plusieurs alternatives de succès et de revers, il regagna l’Austrasie : ses troupes, en ravageant les terres de Bourgogne, traînèrent à leur suite une foule de prisonniers. Au nombre de ces derniers se trouvaient deux jeunes nobles, Radignèse et Salsufur, enlevés dans la principauté des Dombes, sur les bords de la Saône, où ils jouissaient d’une grande fortune. Ces deux captifs furent conduits en Neustrie, dans les environs de Thérouanne. L’abbé du monastère que possédait cette ville, instruit du fait et touché du sort des jeunes prisonniers, essaie auprès de leurs gardiens quelques tentatives de rachat ; on accepte ses propositions, et Radignèse et Salsufur lui sont remis.

Saint Trivier, dont on s'était servi dans cette négociation, ayant demandé à ces jeunes gens si le souvenir de leur patrie nourrissait en eux le désir de la revoir, ces paroles furent accueillies par des larmes abondantes qui témoignaient du désir de leur cœur, et dans un élan généreux, ils promettent à notre saint le tiers de leur patrimoine pour prix d’un tel bienfait. Ravi de pouvoir achever son œuvre de charité, l’abbé consent à les renvoyer. Après trois ans d'absence, munis de vêtements et de vivres, ils reprennent, sous la conduite de saint Trivier même, le chemin de leur patrie. Le voyage fut long et difficile : arrivés près d’une vaste forêt qu'ils avaient à traverser, ils y errent pendant trois jours sans itinéraire et sans guide. Effrayé de cette solitude, et craignant l’attaque de quelques bêtes féroces, notre saint implore à genoux le secours de la Providence : la Légende rapporte que sa prière était à peine achevée, qu'ils virent, à leur grande surprise, deux loups s'approcher d’eux avec toutes les marques de deux bêtes apprivoisées ; le mouvement de leur queue témoignait de leur humeur pacifique; ils précèdent nos voyageurs qui retrouvent à la faveur de ces guides le chemin qu’ils avaient perdu, et arrivent enfin sur les terres du diocèse de Lyon, puis en Dombes, dans le bourg ‘ des deux jeunes prisonniers, qui fut appelé plus tard Saint-Trivier-sur-Moignens, du nom du saint solitaire et de celui de la

1. Il y à dans les Bollandistes : Villa sive ulinga. Ce dernier mot a fait croire à quelques auteurs qua ce bourg s'appelait Ufinga ; mais ce mot n'est qu'un synonyme de villa. (Voyez le Glossaire de Duçange.)

SAINT TRIVIER, SOLITAIRE DANS LES DOMBES. Al

petite rivière du Moignens qui arrose ce bourg, à six milles de Prissignac (aujourd’hui Saint-Didier-sur-Chalaronne).

Rendus à leurs foyers, Radignèse et Salsufur se hâtent de remplir leur promesse ; ils déposent aux pieds de saint Trivier le tribut de leur générosité ; mais le pieux cénobite, redoutant pour lui l’attrait des richesses, ne sollicite de leur munificence qu'une cellule et un petit jardin : ils s'empressent de satisfaire à ses vœux en lui confiant, sur sa demande, la garde de leurs troupeaux. Cette résolution de fixer sa demeure dans une solitude et loin du monastère qui l’avait reçu, fut déterminée par les difficultés d’y retourner et par la crainte de rencontrer parmi ses frères le poids d’une dignité qui l’effrayait.

La prière, le chant des hymnes et des psaumes, les jeûnes, les veilles et les macérations, marquèrent désormais toutes les heures de son existence ; il visitait souvent les églises voisines, et particulièrement celle de Prissignac, où il allait entendre la messe les dimanches et les fêtes. Ce fut sur un autel de cette dernière qu’il déposa, quelques jours avant sa mort, le psautier dont il se servait : il mourut le 17 des calendes de février, vers 550. Le bruit de sa mort eut bientôt réuni toute la population des environs: on creusa sa tombe au lieu même qui lui servait d’oratoire, comme cela se pratiquait alors à l’égard des solitaires ; son corps y fut déposé sans cercueil, et on donna à ce lieu le nom de Vonrmfossa !. Soixante-et-dix ans avaient passé sur sa mémoire, lorsqu’enfin des signes non équivoques d’une protection toute céleste se manifestèrent sur son tombeau: des aveugles, des boiteux et autres malades obtinrent leur guérison. Plusieurs fidèles eurent des révélations qui leur enjoignirent d'annoncer à une religieuse de grande illustration qui habitait cette contrée, de faire exhumer le corps par le clergé, pour lui donner une sépulture convenable.

Sur ces entrefaites, la nouvelle de cette exhumation se répand dans un couvent voisin du nom d’Ansila, situé à trois milles de Prissignac : trois clercs s’en détachent la veille de la cérémonie, et arrivent furtivement au lieu de la sépulture pour enlever le corps : à peine l’ont-ils touché que, frappés soudain de cécité, ils restent comme cloués sur place jusqu’à l’arrivée du cortége dont les prières les délivrèrent. Le corps du saint fut trouvé intact, et répandit au loin un parfum délicieux : il fut pieusement déposé dans un sépulcre, sur lequel on fit construire une petite cellule. Quelque temps après (802), Secundinus, évêque de Lyon, y consacra un autel, et le culte de saint Trivier fut bientôt accrédité par de nouveaux miracles. Dès lors cet endroit prit le nom de Saint-Trivier ?, qui devint le patron secondaire.

Bien longtemps après ces événements, les reliques du saint solitaire furent transportées dans un monastère dit de Saint-Pierre, bâti sur le che-

1. Nonnifossa, fosse du moine. Dans le moyen âge, les moines furent souvent désignés par le nom de nonnus, ct les religieuses par celui de nonna. On rencontre ces expressions dans plusieurs conciles, dans la règle de Saint-Benoît, dans les capitulaires des rois de France, etc. Bien avant cette époque, saint Jérôme s'était servi de la seconde (Epist. xvirt) ; on trouve la première dans les Actes des martyrs d'Ostie au zrie siècle.

2. Un autre bourg, en Bresse, appelé Courtes, prit aussi le nom de Saint-Trivier, à cause d’une relique insigne de ce Saint qu'on vénérait dans cette église qui est sous son patronage. La chapelle élevée au 1xe siècle, à Saint-Trivier-en-Dombes, par la mumiticence dela veuve du seigneur de l'endroit, tout près de son château, est entièrement démolie : l'emplacement est le cimetière actuel: c'est le château et les dépendances qui prirent le nom de Saint-Trivier. Ce pays était sous le domaine des sires de Bagé, autrefois Baugé — nommé aujourd’hui Bagé-le-Châtel. Le seigneur portait le nom de comte de Saint-Trivier : l'un des fils du duc de Savoie avait ce titre depuis le mariage de Sybille de Baugé avec le duc de Savoie au x siècle. Henri IV fit prendre ce château par le général Biron en 1601 : dès lors Saint-Trivier est une ville de France, — Nous devons cette note à l'obligeance de M. Ch. Lacroix, curé de Saint-Trivierde-Courtes.

min de Saint-Trivier à Chaleins, duquel on découvrait encore des ruines il y à quelques années ; elles allèrent de là enrichir le chapitre de Neuville-les- Dames, où elles périrent dans un incendie qui détruisit cette maison. Mais le lieu où elles avaient été déposées par l’archevêque Secundinus, fui constamment fréquenté par les fidèles qui s’y rendaient en dévotion de toutes les parties des Dombes, dont les peuples le reconnaissaient pour leur patron et leur protecteur, comme l’indiquait un tableau placé sur l'autel de sa chapelle.

La révolution de 1792, qui voulut abolir tout culte en France, ne put détruire celui qu’on rendait à saint Trivier, dont la chapelle fut constamment visitée, quoiqu'’elle eût été vendue et consacrée à un usage profane ; et aujourd’hui le concours est si grand à Saint-Trivier le 16 janvier, jour de sa fête, que pour satisfaire la dévotion de tous les fidèles, on est obligé de faire célébrer plusieurs messes dans l’église paroissiale. La chapelle, bâtie sur son tombeau, fut rendue au culte après la révolution par M. Cointy, maire de la ville de Saint-Trivier ; mais la cession n’ayant été faite que verbalement, ses héritiers l’ont reprise ; il faut espérer que les vœux des habitants des Dombes seront exaucés, et qu’elle sera de nouveau consacrée à sa première destination.

Après le concordat de 1802, S. Em. Mgr le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, érigea la paroisse de Saint-Trivier en cure de seconde classe, et voulut qu’elle fût sous le patronage de ce saint et de saint Denis, dont les fêtes se célèbrent avec la même pompe dans l’église paroissiale. La fête de saint Trivier a été, du rit simple, élevée au rit double ‘depuis l'adoption de la liturgie romaine, dans le diocèse de Belley.

Pierre Bullioud, jésuite lyonnais, a publié une wie du Saint solitaire des Dombes, qu’il avait tirée d’un ancien Bréviaire dont on se servait dans l’église de Saint-Trivier. Guichenon fait cas des notes et des dissertations qui l'accompagnent. Pernetti, dans ses Lyonnais dignes de mémoire, t. 1er, p. 236, et Delandine, Manuscrits de la ville de Lyon, t. 111, p. 162, font mention de cette vie.

Il'en existe.une autre ‘en latin, publiée à Lyon ‘en 1647, in-80, par Jacques Moiron; le Père Lelong l'&

enregistrée sous le no 4702 de la Bibliothèque historique de France. Voir aussi AA. SS.,t. x de janvier, p. 397. — Voir Hagiographie de Belley, par Mêr Dépéry.

SAINT FIRMIN, ÉVÊQUE DE MENDE (mr siècle).

Saint Firmin, évêque de Javoux, siège épiscopal transféré plus tard à Mende, succéda, à'ce que Pon croit, dans l’épiscopat, à sainl Privat qui, au temps des empereurs Gallien et Valérien, fut mis à mort par Chrocus, chef d’une horde d’Allemands, et cueillit ainsi la palme du martyre. Le détail de sa vie ne nous est pas connu, mais l’antiquité de son culte à Javoux et dans toute la région circonvoisine ‘est incontestable. Après être resté longtemps ignoré, le corps de saint Firmin fut découvert par suite d’une révélation du Saint lui-même, dans un faubourg de la Canourgue, à côté de Pautel de saint Julien, dans une église de Bépédictins, dédiée sous le vocable de saint Martin.

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