‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 283 sur 412 · I Cor., xuir · texte numérisé non relu

I Cor., xuir

de grâces et de louanges, par le même Seigneur Jésus-Christ ». On garde et on montre encore à Rome la chaire en bois sur laquelle on dit que le glorieux apôtre saint Pierre s’asseyait, et Dieu a fait par elle plusieurs miracles.

Cette Chaire n’est autre chose que la. Chaise curule du sénateur Pudens dans le palais duquel l’Apôtre enseigna les premiers chrétiens de Rome : elle est en bois incrustée d'ivoire et renfermée dans un magnifique monument bronze et or qui occupe tout le fond de l’abside de la basilique de Saint-Pierre.

En mémoire de ce grand événement, de l'établissement du Saint-Siége à Rome, qui devenait ainsi le centre de la foi, le Pape descend ce jour-là dans la basilique dédiée au chef des Apôtres. Le Pape, porté sur la sédia et entouré de toute sa cour, se rend au fond du chœur où son trône a été dressé comme pour les grandes solennités ; seulement il n’officie pas. Un cardinal, le doyen du Sacré-Collége ou le cardinal-vicaire dit, par exception, la messe à l’autel du Pape. Le soir, il y a Vêpres solennelles en musique. A la la fin des Vêpres, la Chaire de saint Pierre est illuminée. On illumine aussi la façade de l’église, les monuments et les maisons de la ville.

On trouve dans quelques bréviaires très-anciens un office ecclésiastique de la solennité de la chaire romaine ; il est fixé à ce même jour; on y lit l’oraison suivante : « Dieu tout-puissant et éternel, qui par une ineffable providence, avez donné à votre apôtre Pierre le principat de la ville de Rome, afin que la vérité évangélique se répandît de là dans tous les royaumes du monde, accordez, s’il vous plaît, que l’univers chrétien reçoive et pratique dévotement tout ce qui, de cette source de prédication, s’est répandu sur le globe de la terre ». Cette solennité sacrée étant tombée en désuétude dans plusieurs églises, le Pape Paul IV la remit en vigueur par une lettre apostolique datée de l’an 1551, 6 janvier. Quant à l'établissement du siége de saint Pierre à Rome, s’il s’est trouvé des hommes pour le contester et le nier, c'est qu'avec de l'audace et de la passion il n’y a rien que l’on ne conteste et que l’on ne nie. C'était un usage généralement reçu dans l'antiquité de célébrer dans chaque église l’anniversaire de l’intronisation de l’évêque régnant. Nous verrons au 29 juin l’histoire de la venue et de la prédication de saint Pierre à Rome t.

1. Cette fête est marquée dans les plus anciens Martyrologes, entre autres dans un exemplaire dn Martyrologe attribué à saint Jérôme, qui se garde à Esternach, dans le pays de Luxembourg, et qui fut copié en 720, du temps de saint Willibrord. On lit dans le sermon 15 de Sanctis, donné sous le nom de saint Augustin, qu'on fêtait la Chaire de saint Pierre pour honorer le jour auquel cet apôtre établit son siége. Cette fête devait déjà être ancienne dès 567, puisque le Concile de Tours, tenu en cette année, cherchait à remédier aux abus qui s'y étaient glissés. Beleth, théologien de Paris, qui écrivait il y a cinq cents ans, dit, Ææxplic. divin. offic., c. 83, qu'elle fut instituée pour détourner les chrétiens d'imiter les idolâtres qui, à certains jours de février, portaient des viandes sur les tombeaux de leurs parents. On 1a nomma festum sancti Petri epularum, c'est-à-dire la fête de saint Pierre du Festin. Elle est marquée dans des calendriers fort anciens, sous le titre de natalis cathedræ sancti Petri. On y ajouta dans la suite le mot Antiochiæ. Quant à la fête de la Chaire de saint Pierre à Rome, elle a été mise au 18 janvier. Voir la bulle de Paul IV, donnée on 1558.

Il est certain que chaque Pape eélébrait autrefois l'anniversaire de son ordination. Les trois sermons de saint Léon sur sa promotion ne permettent pas d'en Gouter. Les Papes invitaient plusicurs évêques à se joindre à eux pour faire cette fête avce p'us de solenmité. C'est ce que saint Faulin, epist, al. 16, nunc 20, ad Delphinum, p. 108, Edit. Veron., nous apprend de saint Anastase La même chose se prouve par les lettres 1re et x1® du pape Hilaire; par celles de Sixte III à saint Cyrille d'Alexandrie et à Jean d'Antioche, On peut consulter sur la solennité de cette fête Anastase le Bibliothécaire, à la vie d'Adrien Ier,

SAINTE PRISQUE, VIERGE ET MARTYRE Vers 54 de Jésus-Christ. — Pape : Saint Pierre. — Empereur : Claude Ier,

Sainte Prisque est regardée comme la protomartyre de l'Occident. Ainsi le premier sang régénérateur qui coula sur la vieille Rome fut un sang romain, un sang illustre, un sang virginal.

Les trois Rome, x, p. 492, édition de 1864.

Cette jeune fille, dont le père avait été honoré par trois fois de la charge de consul, ayant été arrêtée en qualité de chrétienne, fut présentée à l’empereur qui, la voyant si jeune et d’une si régulière beauté, se persuada qu’il la ferait aisément changer de résolution et de dessein ; car elle avait treize ans à peine. Pour cet effet, il la fit conduire dans un temple d’Apollon afin qu’elle adorût cette idole, mais la sainte fille répondit constamment qu’elle ne fléchirait jamais le genou que devant le seul et le vrai Dieu qui a fait le ciel et la terre, et devant son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ. L'empereur, transporté de colère pour une réponse si généreuse, commanda qu’elle fût rudement soufflettée et conduite en prison jusqu’au lendemain. Il la fit de nouveau comparaître, et la trouvant toujours inébranlable, la fit dépouiller, afin qu’en cet état elle fût battue de verges; mais Celui qui revêt les prairies de fleurs, la pourvut d’un riche vêtement : ce fut une clarté admirable qui la fit briller comme un soleil ; plus les bourreaux déchargeaient de coups de fouets sur ses petits membres, plus sa chair paraissait d’une blancheur agréable ; de sorte qu’elle éblouissait par son éclat les yeux des assistants. Un certain Liménius, parent de l’empereur, lui donna conseil de la frotter d’huile afin qu’elle perdît ce lustre et cette beauté de son corps qui charmaït les yeux de ceux qui la regardaient. Cet avis fut suivi, mais il eut un succès contraire à la pensée de ce misérable, parce qu’au lieu de l’odeur fétide que ces matières devaient causer, elles exhalèrent un très-doux parfum qui était senti même par les païens, tellement que l’empereur, perdant courage, se retira tout confus, donnant ordre à son préfet de faire déchirer le corps de la Sainte avec des ongles de fer : ce qui fut exécuté. Ensuite, elle fut ramenée en prison dans l’état de nudité où elle était : la même clarté enveloppa son corps.

Ceci étant rapporté au juge, il la fit tirer de ce cachot et exposer dans l’amphithéâtre, pour être dévorée par un lion qu’on lâcha sur elle; mais cet animal, oubliant sa cruauté naturelle, se jeta à ses pieds comme un mouton. L'empereur, outré de dépit, la fit appliquer à la torture et étendre

1. Tous les historiens qui ont écrit sur sainte Prisque, très-illustre vierge romaine, conviennent qu'elle a souffert le martyre sous l’empereur Claude; mais ils ne s'accordent pas sous lequel : si c'est sous le premier, qui régna l’an de Jésus-Christ 41, ou sous Claude II, qui succéda à Gallien, l'an 268. Plusieurs l’attribuent à celui-ci; cependant, la chose bien discutée, le cardinal Baronius ne juge pas hors d'apparence de dire que ce fut sous le premier, pourvu qu’au lieu de dire la troisième année de son empire, on écrive la treizième. Baïllet et Godescard sont d'avis que ce fut sous le règne de Claude II. De même, pour ce qui est de l'âge de cette sainte fille, les uns ne lui donnent que dix ans, les autres onze, et la plupart, avec le Bréviaire romain, treize. Quoi qu’il en soit de ces circonstances, qui ne doivent pas préjudicier à la substance de l’histoire, c’est une merveille de la puissance de Dieu de triompher si glorieu= sement en un âge si faible, et qu'un si petit corps ait souffert tant de tourments différents.

sur le chevalet, afin de lui torturer les bras et les jambes ; de là, elle fut jetée dans un brasier ; mais le feu n’eut pas plus de prise sur elle que n’en avaient eu les autres tourments. Enfin, après l’avoir fait raser, par ignominie, et tenue longtemps enfermée dans un temple d’idoles, il lui fit trancher la tête hors de la porte d’Ostie, le 19 janvier, l’an de Notre-Seigneur 54.

Le corps de sainte Prisque fut enterré par les chrétiens, sur le chemin d’Ostie, où elle avait souffert le martyre, et depuis il fut transporté dans la ville, en une église de ce nom, sous le pape Eutychien. Quelques-unes de ses reliques ont été apportées en France par Galon, 63° évêque de Paris, l’an de grâce 1108 : Jean, comte de Soissons et seigneur de Chimay, en Hainaut, en apporta encore- d’autres ossements, l’an 1281: ces derniers ont péri dans l’incendie de la ville de Chimay lorsque les Français la saccagèrent en 1552.

Les actes de sainte Prisque ressemblent beaucoup à ceux de sainte Martine : en sorte qu’on lui donne aussi pour attribut l'aigle qui défend son corps ; le Zion qui se couche à ses pieds ; l'épée avec laquelle on lui tranche la tête; etc. — On pourrait la distinguer en la faisant baptiser par saint Pierre.

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