SAINT LÉOBARD OU LIBERD, RECLUS EN TOURAINE
Léobard, appelé vulgairement Liberd, était né en Auvergne d’une famille honnête. Son cœur se trouva tourné vers Dieu dès sa première jeunesse par un heureux penchant que la grâce lui avait donné. 11 fut envoyé aux écoles publiques lorsqu'il fut en âge de pouvoir étudier les lettres humaines, et ce qu'il fit le plus ordinairement en dehors de ses devoirs de classe, fut d'apprendre des psaumes de David, et de faire des lectures de piété dans les heures que ses compagnons employaient au divertissement. De sorte que sans savoir que Dieu le destinait à la vie cléricale et régulière, il se préparait insensiblement au ministère du Seigneur, par l'innocence de ses mœurs et par les exercices de la piété. Il sortit du collége sans y avoir contracté la corruption qui se répand ordinairement dans la société des jeunes gens qui vivent ensemble, et qui se communiquent plus souvent leurs défauts que leurs qualités. Lorsqu'il fut en âge de majorité, ses parents le pressèrent si fortement de songer au mariage, quoiqu’ils eussent encore d’autres enfants, qu'il ne put s’en défendre. Le contrat fut passé avec la fille qu’ils lui présentèrent; les arrhes de la foi conjugale, la bague, la chaussure et les autres présents de noces furent donnés à l’épouse future, et le jour des fiançailles fut même célébré avec toutes les solennités ordinaires. Mais la mort précipitée du père et de la mère de Léobard recula cele affaire de telle sorte que quand le deuil fut expiré, il alla trouver son frère qui avait déjà sa famille séparée, pour lui remettre entre les mains toutes les marques de l'engagement qu’il avait contracté avec sa fiancée. Ayant trouvé ce frère enseveli dans le vin, il ne put tirer aucune raison de lui, et il n’en fut même pas reconnu. Il fut obligé de se retirer dans une misérable chaumière et de passer la nuit dans une étable auprès de son cheval. Le chagrin qu'il avait eu de l’état où s'était trouvé so frère l'ayant réveillé vers l'heure de minuit, il se leva et se miten prières, et passa le reste de la nuit à remercier Dieu des grâces qu'il avait recues de sa bonté depuis qu’il lui avait donné l'être jusqu'alors. Il accompagna sa prière de larmes si abondantes,