‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 288 sur 412 · SAINT FAZZIO, ORFÉVRE DE VÉRONE · texte numérisé non relu

SAINT FAZZIO, ORFÉVRE DE VÉRONE

qu'il était aisé de juger qu’il avait le cœur tout pénétré de reconnaissance pour son Créatéur et son Rédempteur.

Ce fut dans cet intervalle, dit saint Grégoire de Tours, que le Tout-Puissant acheva de rompre les liens qui retenaient encore Léobard dans le monde, de sorte que dès la pointe du jour il monta à cheval pour retourner chez lui, et comme il méditait en chemin sur les moyens qu'il pourrait prendre pour se retirer, il lui vint en pensée d’aller consulter Dieu au tombeau de saint Martin de Tours, l’oracle commun de la France, et le théâtre le plus fréquent des miracles que la vertu divine opérait en ces siècles. Il prit aussitôt le chemin de la ville de Tours sans descendre chez lui, entra dans l’église de Saint-Martin, fit ses prières pendant quelques jours, après quoi il passa la Loire et alla se renfermer près de l’abbaye de Marmoutier, dans une petite loge vacante par la retraite récente d’un reclus nommé Alaric. Ce qui arriva l’an de Jésus-Christ 571, qui était la dixième année du règne des trois frères Gontrand, Chilpéric et Sigebert.

Il consacrait presque toute sa journée à la récitation de l'office divin. I mettait aussi son plaisir à transcrire sur des parchemins qu'il polissait lui-même les psaumes et d’autres passages de la sainte Ecriture. Il était suave dans sa conversation, touchant dans ses exhortations.

Il régla sa vie de telle façon qu’en peu de temps il acquit toutes les vertus qui font les Saints.

Sa grotte, qui était trop étroite, lui causait de grandes incommodités : il prit de là occasion de creuser le roc, autant pour la rendre plus spacieuse que pour se mortifier par un travail très-pénible.

Dieu, qui n’est jamais ingrat à l’endroit de ses serviteurs, lui départit avant tant d’abondance le don des miracles que sa salive suffisait pour guérir les plaies et les maladies de peau les plus invétérées, les plus graves. Et comme il avait éteint en sa personne le feu de la concupiscence, de même, avec le seul signe de la croix, il éteignait l’ardeur des fièvres les plus dévorantes.

Un aveugle sollicita sa guérison pendant trois jours à la porte de sa cellule : à la fin, il étendit la main sur lui et lui rendit la vue.

Il y avait vingt-cinq ans qu’il luttait contre lui-mème lorsqu'au mois de décembre de l’année 592, il annonça qu'avant Pâques de l’année suivante il passerait à une vie meilleure. Un jour de dimanche, en effet, il dit au compagnon de sa solitude de lui préparer à manger, et d’aller voir ensuite si les fidèles sortaient de la messe. Pendant que son compagnon exécutait la dernière partie de cet ordre, saint Léobard ferma les yeux et remit son esprit entre les mains des anges.

Son corps fut d’abord enseveli dans sa cellule, dans la tombe qu'il s'était préparée lui-même. Plus tard, il fut transporté dans l’église de Saint-Paul de Clermont 1.

On l’a représenté creusant sa grotte sur le flanc de la colline de Marmoutier.

La fête de saint Léobard d'Auvergne se célèbre à Tours le 12 et à Saint-Flour le 43 février 2.

Une église fut élevée à Tours en l'honneur du pieux solitaire de Marmoutier. Cette église, construite sur le quai du Vieux-Pont, à l’angle de la rue de la Bretonnerie, non loin du pont suspendu de Saint- Symphorien et de la tour de Guise, était visitée par les fiévreux qui venaient demander au Saint leur guérison. La chapelle de Saint-Libert relevait de l’autorité du roi de France, à cause de son château de Tours qui était voisin. Elle était depuis longtemps sous la dépendance du chapitre de la cathédrale, qui, tous les ans, le vendredi de la semaine de la Passion, y faisait une station, lorsque la Révolution de 93 la détourna de sa pieuse destination. On en fit une fabrique de salpêtre. Les murs de cette petite chapelle sont encore debout. Du côté de la Loire, cet édifice est presque entièrement masqué par un petit mur de briques, récemment construit. L'entrée principale est du côté occidental. Le portail, enfoncé dans le sol, possède encore quelques chapiteaux. Sa voussure est formée de courbes inégales et irrégulières, et l'exécution en est assez grossière. Quelques modillons fantastiques qu'on aperçoit, ça et là, accusent l’époque à laquelle elle fut construite, dans la première moitié du xr1e siècle. Aujourd’hui cette église sert de hangar, de serre-bois, et on lit sur le mur du nord : magasin à vendre. Que de ruines semblables n’aurions-nous pas à déplorer, et qui, malgré les pieux souvenirs qu’elles rappellent, n’ont aucune espérance d'être relevées 5!

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