RELIQUES DE SAINT LAUMER
Le corps de saint Laumer fut enseveli dans un faubourg de Chartres, en l’église de Saint- Martin-du-Val, auprès de celui du saint évêque Lubin, mort en 556. En 595, on le transféra à Corbion. De ce monastère il fut porté dans le diocèse d’Avranches, puis au Mans et, enfin, en 874, à Blois, où les dévastations des Normands avaient Dee les moines de Corbion à chercher un refuge.
L'arrivée du corps de saint Laumer (en 814) fut un mémorable événement pour ce pays. Les habitants firent éclater les transports d’une vive allégresse, et manifestèrent leur vénération par des témoignages de piété. Les translations de reliques étaient les grandes solennités du temps; nulle cérémonie ne remuait plus fortement les populations chrétiennes, dans ces vieux âges de foi et de ferveur. Depuis cette époque, le culte du saint abbé devint tout à fait populaire à Blois ; cinquante ans après, Raoul, roi de France et Thibault, comte de Chartres, fondèrent la célèbre abbaye de Saint-Laumer.
Les résultats répondirent aux intentions des bienfaiteurs. Les moines de saint Laumer recurent, il est vrai, de vastes étendues de terrain ; mais ce fut pour les défricher et les mettre en culture. Les plaines fertiles, les vignobles avantageux que nous voyons aujourd’hui à l’entour de Blois, sont en partie le fruit de leurs travaux infatigables ; ils suivirent en cela l'exemple de leur laborieux patriarche, que sa légende nous montre arrachant lui-même les bruyères et les ronces de Corbion, pour transformer un sol jusque-là improductif.
Les sciences et les lettres ne doivent pas moins à nos studieux Bénédictins ; elles ont trouvé dans leurs cloitres un asile renommé ; leur école, au xr1e siècle, eut la gloire de compter parmi ses élèves notre savant docteur Pierre de Blois, une des lumières de la théologie catholique. Les arts y furent également cultivés ; si l’on en doutait, il suffirait de considérer la structure du temple érigé par les enfants de saint Laumer et parvenu jusqu’à nous.
Il faudrait de longs détails pour énumérer ici les bienfaits, même temporels, du monastère bénédictin dont notre génération a recueilli l'héritage. Rappelons seulement une particularité peu connue. Au x111 siècle, les habitants du faubourg du Foix étaient encore serfs, taillables et corvéables à merci : eh bien ! ce furent les bons moines de saint Laumer, leurs seigneurs féodaux, qui les affranchirent spontanément ; cette mesure généreuse améliora d’une manière sensible leur condition auparavant triste et précaire. Ils n'étaient donc pas étrangers aux idées d’émancipation sociale (comme d'’injustes détracteurs se plaisent à le répéter), ces pieux cénobites, que l'on a tant accusés de résister au progrès !
La dévotion aux insignes reliques de saint Laumer fut constamment le principal mobile des bonnes œuvres et des grandes choses accomplies à l'ombre d’un sanctuaire auguste. Il semblait que la possession d’un dépôt si précieux perpétuât dans cette maison l'esprit même du bienheureux abbé de Corbion, et que la violation de ce palladium sacré dût entrainer d’incalculables malheurs; aussi, le deuil fut-il profond, lorsque, au xvie siècle, les Huguenots eurent enlevé à la vénération publique ce corps jusque-là intact. Des mains pieuses recueillirent quelques os miraculeusement sauvés du désastre de 1568 ; mais ces derniers débris disparurent en 1793.
L'ancienne et belle abbaye dé l'Ordre de Saint-Benoît dédiée à saint Laumer subsiste toujours à Blois. Les bâtiments actuels ne remontent pas à deux cent cinquante ans ; ils sont d’une belle et simple architecture, et sont devenus l’Hôtel-Dieu, hôpital civil et militaire. L'église ancienne de l’abbaye y est attenante ; elle est aujourd’hui église paroissiale, et, à l’époque du Concordat, on a substitué à son vocable primitif celui de saint Nicolas, nom d’une paroisse dont l’église a été