SAINT EUTHYME, SURNOMNÉ LE GRAND
du grand zèle qu’il a eu pour la défense de la foi catholique, puisque c’est l'éloge que lui donne le Martyrologe romain. On ne pouvait se lasser d’admirer que le divin Euthyme, d’un naturel si doux et si modéré, brûlât d’un si grand zèle lorsqu'il s'agissait de la foi; il combattait avec une ardeur incroyable les hérétiques, particulièrement les Manichéens et les Origénistes dont il ramena un fort grand nombre au giron de la sainte Eglise. Il n’agissait pas avec moins.de vigueur contre ceux qui étaient infectés des erreurs d’Arius, de Sabellius et de Nestorius, qui régnaient alors par tout l’Orient. On était tellement persuadé de la sincérité de son zèle, que quelques évêques ne voulurent souscrire au concile æœcuménique de Chalcédoine, qu'après en avoir communiqué les actes à saint Euthyme, pour savoir s’il approuverait ce qui avait été résolu. Une approbation d’un tel poids aurait persuadé presque tous les religieux ; mais un nommé Théodose, qui, sous un habit de moine, cachait un esprit diabolique, forgea à plaisir des objections à ce concile, pour montrer qu’il renouvelait les dogmes de Nestorius. Ayant gagné par ses artifices les bonnes grâces de l’impératrice Eudoxie et usurpé le patriarcat de Jérusalem , il retint la plupart des moines dans leurs erreurs. L'Eglise de la Palestine était dans l’état le plus déplorable : il n’y avait, parmi tous les religieux, que les disciples du grand Euthyme qui refusassent de communiquer avec ce faux patriarche ; et, quoique cet impie fit plusieurs tentatives pour engager à son parti un si excellent homme, il trouva toujours en lui une fermeté inébranlable dans la foi orthodoxe et pour la défense du saint concile. Notre Saint eut alors de quoi contenter - son zèle, en travaillant à fortifier les fidèles dans les dogmes de l'Eglise catholique et à ramener ceux que le malheureux Théodose avait pervertis par ses violences ou par ses artifices. On remarque parmi ceux qu’il ramena à la foi, outre l’impératrice, un excellent anachorète, nommé Gérasime, qui avait été surpris par les hérétiques. C’est ce saint homme qui bâtit depuis une laure où l’on vivait d’une manière admirable.
Enfin, après que ce très-saint abbé eut envoyé au ciel plusieurs de ses disciples, Dieu, qui lui avait révélé tant de secrets durant le cours de sa vie, ne voulut pas lui cacher le plus important de tous, celui de son décès. Trois jours avant qu'il arrivât, il en donna avis à tous ses religieux qu'il fit assembler en un lieu particülier pour les exhorter à l’observance de leur sainte règle et à la pratique de toutes les vertus, principalement de la charité, de l'humilité et de la chasteté. Il leur recommanda aussi d’avoir soin de trois sortes de personnes : des tentés, des malades et des hôtes. Puis il demanda qui ils désiraient avoir pour leur supérieur : à quoi ils répondirent tous d’une voix : Domitien ! « Cela ne se peut », repartit le Saint, « car il ne me survivra que de sept jours ». Ils le prièrent donc de leur donner Elie, qui était économe d’un des monastères d’en bas et originaire de Jéricho. Voici ses dernières paroles : « Si je trouve grâce devant Dieu, la première chose que je lui demanderai sera d’être toujours en esprit avec vous et a ec ceux qui vous succéderont ». Après quoi il les renvoya et ne retint auprès de lui que Domitien, avec lequel il passa les trois jours suivants ; enfin, le samedi, à minuit, il s'endormit dans le Seigneur, le 20 janvier de l’année 473, âgé de quatre-vingt-dix-sept ans ; il en avait passé soixante-huit dans la solitude.
Le bruit de cette précieuse mort se répandit aussitôt de tous côtés, et il accourut une si grande multitude de peuple aussi bien que de religieux, qu’Anastase, patriarche de Jérusalem, qui s’y était trouvé avec son clergé, fut contraint de se servir de soldats pour fendre la presse, afin de pouvoir faire les cérémonies des funérailles. Gérasime, qui, de sa cellule, avait vu
cette bienheureuse âme s’en aller au ciel en compagnie des Anges, ne manqua pas d'y assister. Martyrius et Elie, fidèles disciples d'Euthyme, mirent ce saint corps en terre. Domitien, qui était demeuré plus de cinquante ans auprès du Saint n’abandonna point son tombeau où, la nuit du septième jour, il lui apparut avec un visage gai et l’appela par ces paroles : « Venez jouir de la gloire qui vous est préparée : car Dieu veut que nous demeurions ensemble ». Domitien alla trouver ensuite toute la communauté qui était alors assemblée, leur raconta cette vision, et mourut avec la consolation que lui donnait l’espérance d’aller jouir des biens éternels en la compagnie d'Euthyme.
L’année suivante, le 7 mai, le corps de notre Saint fut transféré solennellement de la caverne où on l’avait mis et qui avait été si longtemps la dépositaire de ses soupirs, de ses larmes, de ses prières et de toutes ses austérités, en une belle église que le patriarche de Jérusalem avait fait bâtir en son honneur. Depuis ce temps, la fête de saint Euthyme fut si célèbre chez les anciens anachorètes et cénobites, qu’ils la solennisaient avec autant de vénération que celle du grand saint Antoine, le 20 janvier, ainsi qu’elle est mar-
- quée au Martyrologe romain. Il s’est fait plusieurs miracles depuis sa mort, à l’invocation de son nom, et à son sépulcre, où l’on dit qu’il coulait une certaine huile qui servait à la guérison des malades.
La vie de saint Euthyme a été écrite par le moine Cyrille, l'un des plus fidèles auteurs de l'antiquité; elle est rapportée dans Surius, et Bollandus y a ajouté de savantes annotations.