‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 323 sur 412 · Prudence · texte numérisé non relu

Prudence

saint lieu, mais s’opposa avec un grand courage à la fureur des idolâtres; enfin, pour récompense, elle fut lapidée et mourut ainsi baptisée dans son propre sang, parce que n'étant encore que catéchumène elie n’avait pas reçu l’eau du saint Baptême. Son corps fut déposé auprès de celui de sainte Agnès, et l’Eglise célèbre sa fête le 23 janvier, qui fut le jour de son martyre.

Afin que les chrétiens ne fussent pas troublés dans leurs dévotions ni empêchés d’aller rendre leurs vœux auprès de ce glorieux sépulcre, Dieu épouvanta les infidèles par un tremblement de terre, par des éclairs et des tonnerres qui, tombant sur eux, en firent mourir quelques-uns et mirent les autres en fuite, de sorte que les fidèles demeurèrent maîtres de la place. Pour les parents de la Sainte, ils ne cessèrent ni nuit ni jour de faire leur dévotion en ce lieu. Un jour qu’ils étaient en prière, ils virent une grande multitude de vierges parées de robes de drap d’or et de pierres précieuses, couronnées de guirlandes, de perles et de beaux diamants : au milieu d’elles s’avançait sainte Agnès, triomphante et glorieuse, avec un agneau plus blane que la neige à son côté. La Sainte s’arrêta et pria ses compagnes de s'arrêter aussi; puis, se tournant vers ses parents, elle leur dit : « Mes chers parents, ne me pleurez plus comme morte, mais réjouissez-vous plutôt avec moi de ce que j'ai acquis dans le ciel la couronne de gloire en une si sainte compagnie, et de ce que je possède celui que, vivant sur la terre, j'aimais de tout mon cœur, de toute mon âme et de toute mon affection ». Après quoi elle se tut et passa outre avec le chœur céleste des vierges dont elle était accompagnée. Cette divine révélation se fit huit jours après son martyre : elle fut si célèbre que toute la ville de Rome en fut informée; l'Eglise en fait mémoire par une fête particulière, le 28 janvier. Quelques années après, Constance, fille de l’empereur Constantin, princesse sage mais si infirme qu’elle était couverte de plaies depuis les pieds jusqu’à la tête, ayant ouï parler de cette vision à ceux mêmes qui l’avaient vue, résolut d’aller au sépulcre de la Sainte; quoiqu’elle ne fût pas encore baptisée, elle la pria néanmoins avec beaucoup de ferveur d’obtenir de Dieu sa guérison. Peu de temps après qu’elle eût commencé sa prière, elle fut surprise d’un doux sommeil qui assoupit tous ses sens; pendant ce repos, la bienheureuse Agnès lui apparut et lui dit ces paroles : « Constance, n’oubliez pas votre nom, embrassez constamment la foi de Jésus-Christ par qui toutes vos plaies seront à ce même instant parfaitement guéries. Vous ne sentirez plus la mauvaise odeur de votre corps, la douleur de vos plaies ne vous tourmentera plus, et vous serez délivrée de la crainte d’autres nouvelles maladies; souvenez-vous de ce que vous étiez, et comme vous êtes maintenant guérie, reconnaissez Notre- Seigneur Jésus-Christ et le remerciez de ses bienfaits ». Constance s’éveilla à ces dernières paroles et se trouva aussi saine que si elle n’eût jamais eu de mal; en reconnaissance de cette faveur, elle fit faire un beau sépulcre pour y déposer les ossements de la Sainte, et bâtir une église magnifique pour lui rendre les honneurs dus à son mérite. Le peuple y accourait tous les jours avec un grand concours, pour être favorisé du secours du ciel par l’intercession de sainte Agnès. Constance persévéra et vécut toujours vierge; à son exemple, plusieurs jeunes filles firent profession de cette vertu angélique, pour triompher gloricusement d’elles-mêmes et des tromperies du siècle, et être enfin couronnées de la maïn de leur cher Epoux, avec le diadème préparé à ceux qui fuient pour son amour les délices et les voluptés charnelles.

L'Eglise a toujours fait la fête de sainte Agnès, quoique son office n'ait été double que depuis la réforme du Bréviaire Romain par le pape Pie V.

Ses précieuses reliques, ou du moins une partie, ont été apportées en la ville de Maëstricht, par l’évêque Baudric, sous le pape Benoît V, et de là transférées en l’abbaye de Breuil-Benoît, de l’ordre de Citeaux, au diocèse d’'Evreux; d’où, enfin, par la permission du pape Paul II, une partie a été donnée à l’église de Saint-Bustache, à Paris, où elles se conservaient religieusement avant 1793, dans une riche châsse toute couverte d’or. La célèbre abbaye de Saint-Ouen !, à Rouen, se glorifiait d’avoir son chef; le prieuré de Saint-Pierre, à Abbeville, en Ponthieu, prétendait aussi le posséder; il faut donc dire que c’étaient des parties qui retenaient le nom et recevaient l’honneur du chef entier. Il-est dit dans la vie de saint Hugues, abbé de Cluny, qu’il mit un bras de sainte Agnès, vierge et martyre, en l’abbaye de Marsigny, au diocèse d’Autun, comme on le peut voir dans Surius et dans le continuateur de Bollandus, au 29 avril. Cette relique a été profanée et perdue dans le sac du prieuré par les protestants. À Rome, les reliques de sainte Agnès demeurèrent sur la voie Nomentane (où elle fut enterrée) dans l’église construite par Constance, et réparée par le pape Honorius II, au septième siècle. Cette église subsiste encore aujourd’hui, hors des murs de Rome, et elle est desservie par des chanoines réguliers. On. y découvrit les reliques de la Sainte sous le pontificat de Paul V, qui donna une fort belle châsse où elles furent renfermées avec celles de sainte Emérentienne. Cette église est un titre de cardinal. Chaque année il s’y fait une des cérémonies les plus gracieuses qu’on puisse imaginer. Au jour de la fête de sainte Agnès, l’abbé de Saint-Pierre-aux-Liens y bénit deux agneaux à la grand’messe. Après cette cérémonie, on les porte au Pape, qui leur donne aussi sa bénédiction. Ils sont conduits ensuite dans un monastère de vierges consacrées au Seigneur (au couvent de Saint-Laurent de Panisperne, quelquefois aussi chez les Capucines), qui les élèvent avec soin.

Leur laine sert à tisser les palliums que le Pontife doit envoyer, comme signe essentiel de leur juridiction, à tous les Patriarches et Métropolitains du monde catholique. « Ainsi le simple ornement de laine que ces prélats doivent porter sur leurs épaules, comme symbole de la brebis du bon pasteur, et que le Pontife Romaïn prend sur l’autel même de saint Pierre pour le leur adresser, va porter jusqu'aux extrémités de l'Eglise, dans une union

1. Le 29 juin 1858, M. Julien Loth, bibliothécaire au grand séminaire de Rouen, nous adressait la note suivante relative aux reliques de sainte Agnès et à un grand nombre d’autres conservées autrefois à Saint- Ouen de Rouen :

« L'illustre abbaye de Saint-Ouen possédait autrefois des reliques très-précieuses de sainte Agnès de Rome, mais elle en a été complétement dépouillée par les Révolutions, comme en fait foi le passage suivant tiré de l'histoire de l’abbaye royale de Saint-Ouen de Rouen par un religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, Dom François Pommeraye (Rouen, 1662). Au chapitre xxvi, parlant du pillage de l’église de Saint-Ouen par les hérétiques en 1562, il dit (page 206) : « De plus ils pillèrent douze autres châsses enrichies d'or et d'argent pleines de reliques très-précieuses de saint Pierre, de saint Paul, de saint Nicaise et de ses compagnons, de saint Romain, archevesque de Rouen, de saint Leuffroy, de sainte Scariberge, de saint Vulgain, de saint Nicolas, de saint Remy, archevêque de Rouen, de saint Paul, pre— mier ermite, des saints Innocents et de sainte Agnès. L'abbé Nicolas avait une dévotion particulière à cette sainte vierge et martyre, et je trouve, dans un ancien manuscrit de cette abbaye, la vie de cette Sainte,que composa un de ses religieux par son commandement, aussi bien que celle de sainte Scariberge, de saint Vulgain, de saint Nicolas, de saint Romain cet plusieurs relations de celle de saint Ouen contenues dans le même manuscrit, tant en prose qu'en vers Léonins, qui ressentent fort le vieux temps.

« Ils pillèrent cinq chefs ou coupes d'argent, dans lesquelles il y avait des reliques de sainte Agnès, de saint Faron, évesque de Meaux, de saint Leuffroy, de saint Remy et autres.

« Onze bras, ou entiers ou en parties qui étaient richement enchâssés, dont il y en avait trois d'apôtres, sçavoir : de saint Jacques le Grand, de saint Barthélemy et de saint André, celui de saint Arnoul, martyr, de sainte Margucrite, de sainte Agathe, de sainte Agnès, de saint Julien, martyr,sur quoy étaient appliquées soixante pierres de valeur ».

« Vous voyez, d'après ce qui précède, que, dès l'année 1562, l'abbaye de Saint-Ouen ne possédait plus les reliques de sainte Agnès. Depuis cette époque, il n'en est plus fait mention, et Monsieur le curé de cette paroisse, consulté il y a quelques jours, a répondu qu'il n'avait plus de reliques de cette Sainte ».

‘sublime, le sentiment de la force du Prince des Apôtres et de la douceur virginale d’Agnès t ».

La basilique Nomentane n’est pas le seul monument de Rome qui rappelle la gloire de sainte Agnès. « Sur l’ancien cirque Agonal, un temple somptueux s'élève avec sa riche coupole, et donne entrée sous ces voûtes consacrées jadis à la prostitution et tout embeaumées des parfums de la virginité d’Agnès ? ». Sous cette église, un des plus beaux ornements de la place Navone, bâtie au lieu même où la chasteté de la Sainte fut exposée, on voit, dans une crypte, un magnifique bas-relief de marbre blanc, représentant la Sainte conduite par des soldats. Ajoutons encore, en l’honneur de sainte Agnès, que son nom se répète chaque jour, sous tous les cieux, dans le canon sacré de la messe.

Sainte Agnès est représentée : 4° debout avec un diadème sur la tête et un livre à la main. À ses pieds, sont un glaive et la flamme d’un bûcher qui indiquent les deux genres de tourments par elle endurés. Vêtements riches *; 2° debout tenant une couronne “*; 3° à genoux et tenant un petit agneau sur un livre *; 4° à genoux et près d’elle un agneau ‘; 5° tenant une branche de lis; 6° défendue par un ange dans le lieu public où elle a été exposée. L'esprit céleste frappe de mort un jeune homme; 7° recouverte par sa chevelure, comme d’un manteau 7; 8° brûlée vive $.

On invoque sainte Agnès contre les périls de la mer.

1. L'ann’e liturgique, par Dom Guéranger, le temps de Noël, 2e partie, p. 393. — 2. Dom Guéranger.

3. Mosaïque du vrie siècle, Ciampini, Vetera monumenta, t. 11, pl. 29.

4. Mosaïque du vie siècle, 1bdem, pl. 25. — Antienne du 28 janvier : « Stans a dextris ejus Agnus nive candidior, Christus sibi sponsam et martyrem consecravit ».

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