‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 331 sur 412 · SAINT VINCENT, SAINT ORONCE ET SAINT VICTOR · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT, SAINT ORONCE ET SAINT VICTOR

nouvellement construit une crypte si riche, si bien bâtie en pierres taillées et recouverte en marbre précieux, voilà que le char s'arrête tout à coup. Les bœufs mugissent; vainement on les tourmente ; le char est aussi inébranlable que notre montagne ».

Le saint prélat jugea, à l’heure même, que Dieu pouvait seul être l’auteur du prodige. S’étant prosterné à terre, il s’écria avec attendrissement : « Dieu éternel, qui présidez à tout, accordez encore une faveur à cette pauvre ville, et permettez qu’elle se glorifie de posséder ces corps saints ». Après quoi il se rend sur le théâtre de l'événement, il interroge le conducteur ; puis, heureux et fier de ce nouveau trésor dont le ciel semble vouloir enrichir son église, il cherche pour les saintes reliques un tombeau digne d'elles.

Marcellin propose au Juif, maître de la crypte dont nous avons parlé, de la lui acheter ; il lui en offre une valeur double, avec prière de la céder. Mais, soudain, le Juif est touché d’une grâce intérieure : il abandonne le monument au saint archevêque, tout en refusant la somme offerte, et répond avec larmes : « Dieu se déclare en faveur des martyrs de votre foi. Ne me comptez plus au nombre des infidèles ; car je crois, moi et toute ma famile. Je ne vous demande ni or, ni argent; disposez de ce tombeau et de toute ma maison, mais ne me refusez pas le baptême ».

Le sépulcre des martyrs devint bientôt célèbre dans toute la contrée par les prodiges sans nombre qui ne cessaient de s’y opérer. On y apportait en foule les malades et les possédés, et tous s’en retournaient guéris, délivrés et bénissant Dieu.

Le bruit de ces merveilles se répandit bientôt au-delà des montagnes, et le culte des trois martyrs pénétra dans toutes les Alpes maritimes et cottiennes. Longtemps il y fut en grand honneur, et nous voyons dans les annales contemporaines qu’au sixième siècle, le monastère de Novalaise en Savoie, d’autres disent celui de Nyons en Suisse, sollicitait avec instance et obtenait comme un trésor une portion des glorieuses reliques.

Lors de la dernière incursion des Sarrasins dans les Alpes, au commencement du dixième siècle, l’église d'Embrun perdit les restes vénérés de ces saints martyrs. Les chrétiens les avaient peut-être cachés pour empêcher qu'ils ne fussent profanés par l’impiété de ces barbares. Plus tard, en 1435, sous l’épiscopat de Mgr Jean Giraud, des ouvriers faisant des fouilles dans l'Eglise paroissiale de Saint-Vincent, bâtie par saint Pélade et consacrée par saint Galican IT, son successeur, découvrirent ces précieuses reliques, qui furent de nouveau exposées à la vénération des habitants de la ville et du diocèse.

La fête des saints martyrs Vincent, Oronce et Victor, se célèbre aujourd’hui dans tout le diocèse de Gap, le 22 du mois de janvier, jour où elle est inscrite dans le Martyrologe romain. Mais celle de l'invention des reliques des mêmes saints martyrs a été supprimée, parce que le malheur des temps n’a pas permis à la cathédrale d'Embrun de les sauver de la profanation et de l’anéantissement lors du pillage de la métropole par les protestants, le 45 mars 1585.

Nous avons tantôt analysé, tantôt reproduit l'Æistoire hagiologique du diocèse de Gap, par Monseigueur Dépery.

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