‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 332 sur 412 · SAINT VINCENT D’ESPAGNE, DIACRE ET MARTYR · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT D’ESPAGNE, DIACRE ET MARTYR

304. — Pape : Saint Marcellin. — Empereurs : Dioclétien et Maximien Hercule.

La pauvreté volontaire soufferte avec patience équivaut au martyre.

Thomas à Kempis, serm. xt, Div. 4.

La dispute n’est pas moindre en quelques villes d'Espagne, touchant la patrie de saint Vincent, qu'entre Narbonne et Milan, touchant celle de saint Sébastien. Valence dit qu’elle a servi de théâtre à son martyre; Saragosse, qu’elle le nourrit ; la ville d’Huesca, qu’elle l’a vu naître, et elle fait encore voir sa maison paternelle changée en une église. Son père s'appelait Eutychius et était fils d'Agreste, très-noble consul, etsa mère Enole, que quelquesuns disent avoir été sœur de saint Laurent; notre Saint serait donc neveu de ce glorieux Martyr.

Dès qu’il fut en âge d’apprendre les lettres, il fut mis, par un ordre de la divine Providence qui le destinait à être un vase d'élection, sous la sage conduite du bienheureux Valère, évêque de Saragosse, lequel, reconnaissant de très-beaux talents en ce jeune homme, le promut incontinent à l’ordre du diaconat; et parce que ce prélat se voyait déjà vieux et que, d’ailleurs, il parlait avec peine, il l’employa à la prédication, charge dont il s’acquitta avec beaucoup de gloire pour Dieu et d’édification pour tout le peuple.

En ce temps-là, Dioclétien et Maximien, cruels tyrans et ennemis jurés de Jésus-Christ, envoyèrent Dacien en Espagne, en apparence pour la gouverner, mais en effet pour y être le ministre de leur impiété, car il ne leur cédait point en rage et en fureur contre le Christianisme et contre l'honneur de nos autels.

Dacien, arrivé à Saragosse, persécuta cruellement l'Eglise de Dieu par les tourments qu’il fit souffrir aux fidèles, inventant mille sortes de supplices horribles pour ébranler la constance des plus fermes. Quand les chrétiens qui étaient parmi le peuple eurent senti les premiers coups de sa rage, il tourna sa fureur contre ceux qui avaient quelque autorité dans l'Eglise. Apprenant que l’évêque Valère et Vincent, son diacre, y tenaient le premier rang par l’éminence de leur doctrine et la sainteté de leur vie, les fit venir, et parce qu’il voulait instruire leur cause avec plus de loisir, les fit conduire à Valence chargés de fer; ils y allèrent à pied, avec beaucoup de souffrance de leur part et peu de charité de la part des gardiens qui les accompagnaient.

Etant arrivés en cette ville, ils furent d’abord jetés en un cloaque où ils demeurèrent plusieurs jours entièrement abandonnés pour ce qui était des choses nécessaires à la vie ; mais, en échange, ils étaient visités du ciel et secourus des faveurs de ce Seigneur pour le nom duquel ils étaient affligés sur la terre. Le président espérait, avec le temps, amollir ces cœurs par la rigueur et la lenteur des supplices ; mais il se trompait bien : leur courage s’augmentait par la persécution. 1] les fit amener en sa présence, et les voyant en bon état, avec un visage frais, il se fâcha contre le geôlier, pensant quil leur avait fourni abondamment tout ce dont ils avaient besoin. « Est-ce là », dit-il, « ce que j'avais commandé ? Il fait beau voir sortir de la prison les

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