Præf, in prima ad Tim
comme son frère, son Coadjuteur, son compagnon d’apostolat, sans cesser d’aimer en lui tendrement un disciple et un fils. Saint Chrysostome dit à la louange de Timothée, que Paul recouvra ce qu’il venait de perdre par l’éloignement de saint Barnabé. L’Apôtre semble tenir le même langage, lorsqu'il appelle Timothée homme de Dieu !, et dit aux Philippiens que personne ne lui est aussi uni de cœur et d’esprit que Timothée ?. Ce grand amour de Paul pour Timothée nous indique combien ce dernier était aimé de Dieu : car un tel maître ne pouvait aimer dans son disciple que les dons éminents de la grâce de Jésus-Christ, et l’accomplissement de toutes les prédictions avantageuses qui avaient été faites sur lui, pendant sa jeunesse, lorsqu'il était encore sous la conduite de sa mère et de son aïeule #.
Saint Paul, étant sorti de Lystres, parcourut avec son disciple le reste de l’Asie, puis s’embarqua pour la Macédoine, l’an 52 de Jésus-Christ, et prêcha l'Evangile à Philippes, à Thessalonique et à Béré. La fureur des Juifs l’ayant obligé de quitter cette dernière ville, il y laissa Timothée avec Silas, comme étant moins exposés à leur haine, et très-propres d’ailleurs à fortifier les fidèles. Pour lui, il prit le chemin de l’Achaïe. Lorsqu'il fut arrivé à Athènes, il manda à Timothée de l'y venir trouver; mais ayant appris que les chrétiens de Thessalonique souffraient une cruelle persécution, il l’envoya vers eux. Notre Saint trouva cette église en bon état. Il affermit les fidèles dans la foi, les fortifia contre les persécutions, et revint ensuite trouver saint Paul à Corinthe. Ce fut dans ce temps-là que l’Apôtre écrivit aux Thessaloniciens sa première épître, qui commence ainsi : « Paul, Silas et Zmothée, à l’église de Thessalonique... » Saint Paul ayant fait un long voyage, de Corinthe à Jérusalem, revint prêcher à Ephèse, où il resta deux ans. Lorsqu’il voulut retourner dans la Grèce, il chargea Timothée et Eraste de le devancer en Macédoine, et d'y préparer les aumônes qu’on devait envoyer aux fidèles de Jérusalem. Il donna ordre à Timothée, en particulier, d’aller ensuite à Corinthe, pour y corriger quelques abus et rappeler aux chrétiens la doctrine qu'il leur avait prêchée. Dans la lettre qu'il écrivit aux Corinthiens, peu de temps après, il leur recommande ainsi son cher disciple : « Si Timothée va vous voir, ayez soin qu’il n’ait rien à craindre chez vous, puisqu'il travaille comme moi à l’œuvre du Seigneur. Que personne donc ne le méprise, mais conduisez-le en paix, afin qu'il vienne me trouver, car je attends lui et nos frères * ». Timothée alla en effet retrouver son maître en Asie, l’accompagna en Macédoine, en Achaïe, le laissa à Philippes, puis le rejoignit à Troade. Saint Paul, étant retourné en Palestine, fut mis en prison à Césarée ; il y resta deux ans, après quoi il fut envoyé à Rome. On croit que Timothée était avec lui en ce temps-là, puisque son nom se trouve à côté de celui du grand Apôtre, en tête des épîtres à Philémon, aux Philippiens et aux Colossiens, qui furent écrites dans les années 61 et 62; il avait déjà eu part à la seconde aux Ccrinthiens, et aux deux qui étaient adressées aux Thessaloniciens. Saint Paul, en joignant le nom de Timothée au sien, à la tête de ses six lettres, marquait qu’il se l'était associé, d’une manière inséparable, dans l'instruction des Eglises et dans tous les travaux du ministère évangélique. Notre Saint eut, lui aussi, l’avantage d’être arrêté prisonnier on ne sait où, pour la cause de Jésus-Christ, et de confesser glorieusement la vérité devant ce grand nombre de témoins dont saint Paul le fit souvenir quelque temps après.
Mais saint Paul eut bientôt le bonheur d’écrire aux Hébreux, qui aimaient beaucoup Timothée : « Sachez que notre frère Timothée est en liberté. S'il
1. 1 Tim., vi, 11. — 2. Phil., 1x, 20, — 8. 1 Tim., 1, 18. — 4. I Cor., xvi, 10.
arrive bientôt, j'irai vous voir avec lui ! ». Il est probable que l’Apôtre acquitta sa promesse. Ce qui est certain, c’est qu’il retourna de Rome en Orient, dans l’année 64 de Jésus-Christ, et qu’à son retour, sur le point de passer en Macédoine, il donna une charge plus particulière à son disciple, déjà ordonné évêque, en conséquence d’une prophétie et d’un ordre particulier du Saint-Esprit ?, et qui avait reçu, par l'imposition des mains, avec la grâce du sacrement et d’autres dons extérieurs du Saint-Esprit, le pouvoir de gouverner l'Eglise et de faire des miracles; il lui confia le gouvernement de l’église d'Ephèse, pour s'opposer à ceux qui semaient une fausse doctrine, et ordonner des prêtres, des diacres et même des évêques; car on le chargea aussi, selon saint Jean Chrysostome, de veiller sur toutes les Eglises d’Asie. Il a toujours été regardé comme le premier évêque d’'Ephèse. Il l'était avant l’arrivée de saint Jean dans cette ville, qui y résida non comme simple évêque, mais comme apôtre, exerçant une inspection générale et supérieure à celle de Timothée sur toutes les Eglises d'Asie. Saint Paul était encore en Macédoine quand il écrivit à Timothée sa première épître, que l'Eglise a toujours regardée comme une loi apostolique qui doit régler la vie et la conduite de ses pasteurs. Elle nous apprend que Timothée ne buvait que de l’eau. Comme ses grandes austérités avaient altéré sa santé et affaibli son estomac, saint Paul lui ordonna de boire un peu de vin. I] dit un peu, parce qu’il est bon que la chair soit assez forte pour servir l’esprit, mais assez faible pour que l'esprit la domine.
Quelles leçons admirables !
Saint Paul étant retourné à Rome, et renfermé dans la prison d’où il ne devait sortir que pour aller à la mort, sentit redoubler sa tendresse pour son cher Timothée. Il lui écrivit, chargé de fers, sa seconde lettre, si pleine d'instructions vives et touchantes, et qui est regardée comme le testament de ce saint Apôtre. Ge sont, en effet, les dernières paroles d’un père qui, se voyant proche de la mort, déclarait à son érés-cher fils ses dernières volontés, qui n'étaient autres que celles de Jésus-Christ, pour lequel il allait bientôt mourir. Il le conjura de le venir trouver à Rome avant l'hiver, non-seulement pour qu'ils eussent la consolation de se voir une dernière fois, mais aussi pour qu’il lui confiât diverses choses qui regardaient l’intérêt de l'Eglise, il l’exhorte à ranimer cet esprit de courage, ce feu du Saint- Esprit, dont il fut rempli le jour de son ordination. Il lui donne des avis sur la conduite qu'il doit tenir à l'égard des hérétiques de ce temps-là, et lui trace le caractère de ceux qui doivent s’élever dans la suite. Il est probable que notre Saint se rendit à l'invitation de son maître et fit le voyage de Rome pour conférer avec lui. Il reçut d’un autre côté des leçons et même des remontrances non moins utiles. Car on croit qu'il est cet ange ou évêque d’Ephèse à qui s'adresse saint Jean dans son Apocalypse ? : « Celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, qui marche au milieu de sept chande- Liers d’or », le loue d’abord de ses œuvres, de son travail, de sa patience; de ne pouvoir souffrir les méchants, de savoir faire le discernement des faux apôtres, d’avoir les hérétiques en horreur, de souffrir beaucoup et avec patience pour le nom de Jésus-Christ. Mais il lui reproche d’être déchu de sa première charité; il l’exhorte à en faire pénitence, et à remonter d’où il est tombé.
Ces plaintes regardent-elles plutôt l'Eglise que l’évêque d’Ephèse ? S'il s'agit de l’évèque, avait-il fait quelque chute notable, ou bien s’était-il scu-