LE BIENHEUREUX MARCOLIN, DOMINICAIN
Marcolin, né à Forli, dans la Romagne, de parents pieux et honnêtes, parut, dès l'enfance, entrer dans la voie d’une sainteté extraordinaire. Il avait à peine dix ans que, éclairé de la lumière d’en haut et brûlant du désir d’une vie plus étroite et plus sainte, il entra dans l'Ordre des Frères Prêcheurs. Dès le noviciat, il parvint à un degré de vertu qui faisait de lui pour ceux qui le voyaient, le modèle accompli de la perfection religieuse. Son exactitude à suivre la règle était extrème, son zèle à pratiquer la pauvreté et l’obéissance très-vif, son amour de la retraite et de la solitude remarquable ; mais ce qui dominait surtout en lui, c'était son goût singulier pour l’humilité : il ne voulait qu'être caché, et le dernier de tous. Il surveillait ses sens avec un très-grand soin ; toujours dans les jeûnes, dans les veilles et les autres mortifications de la chair, il garda perpétuellement une innocence de vie irrépréhensible, une pureté d'âme et de corps parfaite.
I avait le don d’oraison et de contemplation à un degré éminent, il passait une grande partie du jour et de la nuit à genoux, le regard de son âme fixé sur Dieu ; il lui en vint aux genoux des durillons très-épais, qui furent remarqués après sa mort. Il paraissait ravi en une extase perpétuelle, et si profonde parfois qu’il ne voyait ni n’entendait plus rien. Lorsqu'il officiait à l'autel, la charité divine le tenait tellement sous son ardente influence, qu’il en perdait l'usage de ses sens, et qu’il était contraint de rester dans une longue et complète immobilité. Les larmes abondantes qu'il répandait alors contribuèrent à la conversion de plus d’un pécheur. Il rendait à la Vierge Mère de Dieu un culte singulier, et était animé à son égard d’un amour tout fillal; on croyait dans le peuple qu’il avait des entretiens miraculeux avec une image de la Mère de Dieu, image que l'on conserve encore aujourd'hui pieusement. Tout dévoué au bien du prochain, il était regardé comme le père des pauvres, et il readait à chacun tous les devoirs charitables qu'il pouvait.
Ces dons et ces grâces d’en haut dont il était comblé, il les cacha, sa vie durant, avec tant de soin, qu'il passait pour un homme tout à fait simple. Cette vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu, il la termina très-saintement à l’âge de quatre-vingts ans, après avoir annoncé le jour de sa mort, l’an 4387. — Le décès du saint homme ayant été divulgué dans la ville par un enfant qui resta inconnu, il se fit un rassemblement considérable de peuple autour de son tombeau ; il fallut l'exhumer pour donner un libre cours à la vénération de cette foule. Son culte ainsi commencé se perpétua et s’accrut, et Benoit XIV l’approuva sur une consultation de la Sacrée Congrégation des Rites, et permit la célébration de la messe et de l'office en son honneur dans le diocèse de Forli et dans tout l'Ordre des Frères Prècheurs,
Bréviaire dominicain,
MARTYPROLOGES. 599