Act., 1x, 1-22. —2. I Cor., 1x, 4 et
l'humidité qu’il retient encore dans ses pores. De même, c’est véritablement un miracle, en l’ordre de la grâce, qu’une âme chargée de péchés et de péchés d’habitude, et dans des dispositions tout à fait contraires à la grâce, se convertisse très-parfaitement à Dieu, sans s’y être préparée auparavant par plusieurs actes opposés à ces mauvaises habitudes, et à ces pernicieuses dispositions. C’est l’ordre que nous voyons observé communément dans les conversions les plus extraordinaires et les plus signalées : telles qu’ont été celles de David, de sainte Madeleine, de saint Augustin, de saint Guillaume et de tant d’autres saints pénitents. Maïs celle de saint Paul s’est faite en un moment, sans nulle disposition précédente ; et même lorsque les dispositions étaient directement contraires et opposées à la grâce. Nous ne nous arrêtons pas à la remarque de saint Bernard qui dit que saint Paul est surpris, pour ainsi parler, les armes au poing, les lettres et les commissions dans les mains, et avec la volonté actuelle de s’en servir et de nuire aux chrétiens; nous considérons seulement ici, pour la plus grande gloire de Dieu, quatre péchés énormes, que saint Paul avait sur la conscience, lorsqu'il plut à Dieu de le convertir et de le faire passer, en un moment, de l’état de réprobation où il était, à celui de la grâce.
Le premier de ces péchés était l’envie et la haine mortelle qu'il avait conçue contre saint Etienne, son compagnon d'école et son parent, soit parce qu’il ne pouvait le surmonter dans la controverse, soit parce qu’il n’avait pu résister à la grâce et à l'esprit de Dieu qui parlait par sa bouche ; ce qui le porta jusqu’à cette extrémité de procurer la mort à ce saint diacre, et de le lapider par les mains de plusieurs , comme s’il n’eût pu se satisfaire en lui jetant des pierres lui seul. Et il y avait plus d’un an que saint Paul gardait ce péché dans son âme au moment de sa conversion, puisqu'elle n’arriva que la seconde année après l’ascension de Notre-Seigneur au ciel, et treize mois moins un jour après la mort de saint Etienne.
Le second péché était un grand orgueil et un très-haut sentiment de luimême, et celui-ci était bien plus invétéré que le premier ; et même comme ce vice était inhérent à la secte des Pharisiens, nous pouvons conclure que saint Paul l'avait contracté de jeunesse, s'étant mis de cette secte aussitôt qu'il eut la connaissance des saintes lettres. Or, chacun sait combien ce désordre, aussi bien que le précédent, est opposé à la grâce, que Dieu retire aux orgueilleux et qu’il ne donne qu'aux humbles.
Le troisième péché était celui de blasphème, dont cet Apôtre s’accuse lui-même avec tant d'amertume en ses écrits, le mettant en tête de tous ses crimes comme le plus énorme ; non-seulement il était blasphémateur par lui-même ‘, mais il appliquait tous ses soins à faire blasphémer les autres, comme il l'avoue encore lui-même.
Enfin le quatrième péché de saint Paul était la colère et l’emportement d'esprit, dans lequel il persévérait depuis ka mort de saint Etienne et qui lui avait fait commettre tant de maux depuis ce temps-là. Or, il est écrit que l’esprit de Dieu ne se trouve point ni dans le vent, ni dans le trouble, ni dans le feu de la colère ? ; et cependant saint Paul est converti, comme il respirait encore les menaces et le meurtre des disciples de Jésus-Christ ; d'où j'infère que sa conversion est comme un prodige parmi les conversions les plus prodigieuses. 11 nous serait aisé de le prouver par les vertus contraires à ces mêmes péchés, vertus qu’il reçut au moment de sa conversion, à savoir : la charité et l'amour du prochain, l'humilité et le bas sentiment de luimême, la douceur etla bonté, et enfin le zèle de la gloire et de l’avancement
1. I Tim, xv; Act., xxvi, 11. — 9, LI Reg., xx, 1l. «= 8, Ad/mce spirans minaruwm & cædis.
du nom de Dieu et de celui de Jésus-Christ ; nous le voyons dans les Epîtres de ce grand Apôtre, où il a lui-même écrit sa propre vie. Mais, parce que ce sujet excéderait les bornes d’une simple histoire, nous voulons terminer ce discours par des effets et par des fruits de cette conversion, soit en la personne de saint Paul, soit à l’égard des autres hommes.
Pour ce qui regarde sa personne, on peut voir comment une clarté l’aveugle et comment, dans son aveuglement, il est si hautement éclairé qu’il ne reçoit point ses instructions de la bouche des hommes, mais immédiatement de Jésus-Christ ; de Jésus-Christ, disons-nous, non plus passible sur la terre comme les autres Apôtres l’avaient vu, mais glorieux dans le ciel. S'il fut renvoyé vers Ananias, pour savoir ce qu’il devait faire, ce n’était pas afin d’être instruit des mystères de la foi, qu’il avait déjà appris et connus excellemment par cette seule parole que Notre-Seigneur lui avait dite : « Je suis Jésus que tu persécutes » ; mais seulement pour recevoir, des mains de ce disciple, les sacrements du Baptème, de la Confirmation et de l'Ordre; et pour donner exemple aux fidèles de ne pas s’arrêter aux visions et aux révélations particulières, mais de se soumettre au jugement des docteurs et des prélats de l'Eglise.
Nous laissons les autres effets de la grâce de Dieu dans saint Paul. On les pourra voir en sa Vie, au 29 juin, où nous renvoyons le lecteur ; on y verra aussi ceux qui ont rejailli sur jes autres; nous dirons seulement, en un mot, avec la sainte Eglise, en la collecte de ce jour, que l’instruction de tout le monde s’est faite par le prédication et la doctrine de ce grand Apôtre. C’est ce qui a donné occasion au souverain Pontife d'établir une fête particulière de cette admirable conversion, afin de remercier Dieu d’un si prodigieux nombre de grâces et de faveurs que saint Paul a reçues par ce moyen, et pour apprendre aux pécheurs à ne pas désespérer de la miséricorde de Dieu, lequel ne rejette jamais un cœur contrit et humilié qui se vient jeter à ses pieds, puisque lui-même est allé au-devant de Saul à l’heure même qu'il semblait le plus indigne de sa miséricorde. Mais il faut aussi que les pécheurs prennent cette même conversion pour l’exemple et le modèle de la leur, afin qu’ils se convertissent si parfaitement qu’ils ne retombent plus en leurs premières fautes !. Pour ce qui est du lieu où arriva cette merveille, on y a bâti une belle église dont saint Augustin semble parler en l’un de ses Sermons sur la conversion de cet Apôtre, quand il dit que : « Jusqu'à son temps, en ces régions-là, le lieu même témoigne de ce qui y fut fait alors ? »,