‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 378 sur 412 · Le P. Giry écrit Géroald, et J. Branche Carivald · texte numérisé non relu

Le P. Giry écrit Géroald, et J. Branche Carivald

bier, pour y entretenir continuellement vingt malades, à qui il procurait abondamment tout ce dont ils avaient besoin. t

Des actions si éclatantes ne se firent pas sans des miracles qui confirmèrent l’opinion qu’on avait de la sainteté du serviteur de Dieu; outre la résurrection du mort qui a déjà été signalée, nous lisons en son histoire qu’il a guéri un homme paralytique depuis quinze années, et délivré du mal caduc un ecclésiastique qui lui fut envoyé, avec quelques eulogies, par Chrodebert, archevêque de Tours. De plus, par sa prière, il découvrit le larcin d’un de ses domestiques qui lui avait dérobé un vase d’argent ; et nous verrons enfin que, chemin faisant, par les déserts des Vosges !, il déliyra de la fièvre le saint abbé Amarin dont nous allons bientôt parler.

Une femme noble, en Auvergne, appelée Claude, entraînée par les prédications et par les exemples du saint évêque, lui avait donné quelques biens pour son hôpital et ses pauvres. Elle mourut peu de temps après, et fut inhumée honorablement par le saint prélat; mais un méchant homme, appelé Hector, comte de Marseille, ravit scandaleusement la fille de cette vertueuse défunte ; et, non content de ce rapt, craignant les reproches du Saint, il se retira vers le roi Childéric II, qui faisait sa résidence sur les confins de la Lorraine, et accusa le saint évêque de s’être emparé injustement des biens de cette femme, qu’il disait appartenir de droit à sa fille. Cette accusation obligea l’évêque d’aller à la cour, où l'affaire tourna tout autrement que le ravisseur ne s'était imaginé ; car l’innocence et le bon droit de saint Prix furent reconnus par Ulfoad, maire du palais de Childéric : Hector, accusé en outre de conspirer contre le roi, fut poursuivi et mis à mort, et l’évêque de Clermont fut renvoyé avec toute sorte d’honneurs vers son église.

Prix s'était détourné de sa route pour aller visiter dans les Vosges un saint abbé nommé Marin ou Amarin, et qui habitait un petit monastère construit dans un lieu appelé Doroangus ?, au milieu d’une des plus belles vallées de l’Alsace. Marin était retenu dans sa cellule par une fièvre pénible, lorsque Prix se présenta et le guérit en faisant sur lui le signe de la croix. Marin, se voyant rétabli, en remercia vivement le Seigneur, et s’offrit, par reconnaissance, pour accompagner son bienfaiteur jusque dans son diocèse.

Cependant les parents d’Hector, qui étaient puissants dans la ville dé Clermont, résolurent de se venger : ils envoyèrent des archers et des soldats pour assassiner saint Prix en chemin. Les émissaires rencontrèrent le saint évêque dans le village de Volvic, où il s’était retiré. Aussitôt que son compagnon Amarin aperçut les assassins, il voulut fuir ; mais saint Prix le retint par la main, lui disant que s’il perdait cette occasion du martyre, peut-être ne la retrouverait-il jamais. Amarin resta donc, et ce fut lui qui fut massacré le premier, ces bourreaux l’ayant pris pour l’évêque. Le Saint voyant qu'ils s'étaient trompés, et que, croyant avoir exécuté leur commission et l'avoir fait mourir, ils étaient sur le point de s’en retourner, il leur cria du même lieu où il faisait sa prière : « Me voici, je suis celui que vous cherchez, faites ce qu’il vous plaît ». Alors, un de la troupe, appelé Radbert, plus déterminé que les autres, lui donna un coup d'épée au travers de la poitrine. « Seigneur », dit le Saint, « ne leur imputez pas ce péché, parce qu'ils ne savent ce qu’ils font ». Disant cela, il reçut sur la tête un autre

1. Lieu nommé alors Doroangus, connu depuis sous le nom de vallée de saint Amarin. Une petite ville nommée aussi Saint-Amarin est le chef-lieu de cette belle vallée (Haut-Rhin).

2. Laguille prétend que le nom de Doroangus vient de la rivière de Thur ou Dur, et du mont Rangen, si fameux par ses vins exquis.

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