Ephés., v, 8. — 2. Act., III
son animosité, ou dans sa langueur ? Qui est celui qui ayant perdu le don des larmes, ne les ait pas senties couler de ses yeux avec plus d’abondance et de douceur, aussitôt qu’il a invoqué Jésus ? Qui, étant saisi de frayeur dans l’appréhension d’un péril imminent, n’a pas été délivré de toute crainte et n’a pas reçu beaucoup d'assurance dès l'instant qu’il a invoqué ce nom tout-puissant ? Qui est celui dont l'esprit flottant et irrésolu n’a pas été affermi aussitôt qu'il en a imploré le secours ? Enfin qui, étant dans la défiance, et même tout près de succomber sous le poids de quelque grande adversité, n’a pas repris une nouvelle vigueur au seul son de ce nom secourable ? Ce sont là les langueurs et les maladies de l’âme, et il en est le remède. Rien n’est plus propre que ce nom à arrêter l’impétuosité de la colère, à abaisser l’enflure de l’orgueil, à guérir les plaies de l’envie, à retenir les débordements de l’impureté, à éteindre le feu de la convoitise, à apaiser la soif de l’avarice et à bannir tous les désirs honteux et déréglés », Telles sont les paroles de saint Bernard, qui nous marquent si distinctement les effets du nom de Jésus, qu’il ne nous reste rien à y ajouter. Nous voyons, par là, que ce nom est une huile répandue qui nous éclaire dans nos ténèbres, nous forlifie dans nos combats, et nous rend le joug de l'Evangile doux et facile ; un parfum ravissant qui réjouit notre esprit et notre cœur, et nous fait être en tout lieu la bonve odeur de Jésus-Christ ; et une manne céleste qui renferme tous les goûts et toutes les douceurs imaginables, et donne à l’âme un contentement parfait.
Il ne faut pas s'étonner si le grand Apôtre veut qu’à la prononciation de ce nom tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers . Il le portait si profondément gravé dans son âme qu’il ne fait autre chose que de le répéter dans ses Epiîtres, sans se mettre en peine si cette répétition n’est point contre les règles de l'élégance. Et lorsqu'on lui eut tranché la tête, sa langue le prononça encore trois fois. Ce fut peut-être aussi la douceur du même nom qui changea en lait le sang qui devait sortir de son cou lorsque la tête lui fut enlevée. Saint Ignace, évêque d’Antioche et martyr, l'avait si bien imprimé sur son cœur que, lorsqu’on l’ouvrit après sa mort, on y trouva Jésus écrit en lettres d’or. Par la vertu de ce nom, plusieurs Saints ont fait de très-grands miracles, par exemple, les Apôtres, comme nous le lisons dans l'Evangile et dans le livre de leurs Actes. Saint Bernardin disait que nous devons porter à ce saint nom le même respect qu'au Sauveur lui-même, non pour les lettres dont il est composé, ni pour la voix et le son qui en font la prononciation, mais pour la dignité incomparable du Fils de Dieu fait homme qu'il nous représente. Ayons donc souvent ce nom adorable sur les lèvres; ayons-le toujours dans le cœur, et que jamais une si sainte pensée et un souvenir si salutaire ne sortent de notre esprit ; usons-en dans nos dangers, dans nosafflictions, dans nos tentations, dans nos doutes et dans nos irrésolutions, disant avec saint Anselme : Jésus, soyez-moi, Jésus ; ou : Jésus, montrez que vous êles Jésus ; où comme ces pauvres de l'Evangile : Jésus, fils de David, Jésus notre maître, ayez pitié de nous. Surtout prononçons-le souvent au moment de la mort, comme un nom qui est redoutable aux démons et qui dissipera facilement leurs desseins pernicieux contre nous.
Quant à la fête de la Circoncision et du très-saint Nom de Jésus, elle est très-ancienne dans l'Eglise, comme le prouvent les homélies et les sermons des saints Pères. Mais il y a eu de la différence dans la manière de la solenniser ; Car, au commencement, pour s'opposer aux impiétés des païens, qui