LE B. JOSEPH-MARIE TOMMASI, CARDINAL
1649-1743, — Papes : Innocent X; Clément XI. — Empereurs d'Allemagne : Ferdinand HI et Charles VI d'Autriche.
Scribæ legis Dei cœli doctissimo, salutem, Nous vous saluons, très-savant commentateur de la loi du Dieu du ciel.
1 Esdras, vir, 12,
Le pieux et savant Tommasi, qui devait donner une nouvelle gloire à l'Eglise, était fils ainé du duc de Palma et naquit à Alicate en Sicile, le 42 septembre 1649, II fut nommé au baptême Joseph-Marie, par reconnaissance envers saint Joseph, à l’intercession duquel ses parents, qui n'avaient pas encore eu de fils, attribuaient la grâce de l'avoir obtenu. Dès son bas âge, il manifesta d’heureuses dispositions, et son père, en lui donnant des maîtres capables de le préparer à tenir avec distinction le haut rang où il était appelé, fut très-soigneux de lui inculquer les principes les plus purs de vertu. Toute la famille Tommasi se faisait remarquer par sa régularité et sa piété !. Aussitôt que Joseph-Marie sut lire, il prit du goût pour les ouvrages de saint François de Sales, Il aimait la solitude et ne trouvait aucun plaisir à se livrer aux amusements de son âge. L'exemple de deux de ses sœurs qui entrèrent alors en religion, fit de bonne heure sur lui une impression profonde. Il désirait les imiter ; mais de nombreux obstacles s’y opposaient : le plus grand de tous était la résistance de son père, qui avait sur lui d’autres vues. Pour vaincre cette opposition, le vertueux jeune homme eut recours à la prière, puis, avec de vifs sentiments de piété filiale, il alla trouver son père et le supplia d’une manière pressante, mais soumise, de lui permettre d’embrasser l’état ecclésiastique. Son père, touché de sa piété cc de ses larmes, lui donna quelque temps après son entier consentement. I} se hâta de se rendre à Palerme, et entra dans la congrégation des Théatins. Il était alors dans sa quinzième année.
Le principal but de cette institution est de former des ecclésiastiques pour le saint ministère, de les mettre en état de s’opposer aux nouvelles bérésies et de les rendre propres au service des malades et des mourants.
Le jeune et généreux Tommasi montra pendant tout le temps de son noviciat une ferveur angélique, La modestie, le recueillement, l’obéissance, l’oubli du monde et de lui-même, étaient les vertus que lon remarquait surtout en lui. Cette année d’épreuve étant écoulée, il fit ses vœux le
1. Le duc de Palma, père de Tomimasi, fut un modéle de vertu au milieu du siècle. L'on a écrit sa vie qui est très-édifiante. Les quatre sœurs embrassèrent l'état religieux dans un monastère de Bénédictines, fondé par leur famille, et elles y vécurent dans la perfection de leur état, La seconde, nommée Marice— Crucifice, a été déclarée yénérable par le Saint-Siége, et l'on travaille à sa canonisation. Sa mère, du consentement de son époux, se retira elle-même dans le cloître ayec ses filles. Enfin, son unique frère, appelé Ferdinand, fut un pieux laïque, Gont on a publié la yie comme celie de son père,
25 mars 1666, en présence de son père et de sa famille, ayant auparavant, par un acte public, cédé à son jeune frère tous les biens et les titres de sa maison, sans même se réserver la modique pension que les règles de l'Ordre lui eussent permis de conserver.
L'état de faiblesse de sa santé l’obligea d’aller essayer l'effet de son air natal, avant de commencer le cours des études ecclésiastiques. Il retourna donc dans sa famille, et y fit quelque séjour, édifiant tout le monde par son recueillement habituel et par sa piété. Aussitôt que sa santé le lui permit, il retourna à Palerme, d’où on le fit partir pour Messine, afin qu’il y suivît un cours de philosophie. Il s'était déjà occupé d'acquérir la connaissance de 13 langue grecque ; il reprit alors cette étude et s’y adonna avec un tel succès, qu'il fut bientôt capable de l'écrire avec facilité. Le climat de Messine ne lui étant pas favorable, ses supérieurs l’envoyèrent à Rome, puis à Ferrare et de là à Modène. Dans ces différents lieux, Tommasi poursuivit ses études avec ardeur et charma ses supérieurs ainsi que ses égaux par sa modestie, son humilité et l’exact accomplissement de ses devoirs. Etant revenu à Rome, il commença la théologie dans la maison de Saint-André-della-Valle, qui appartenait à sa congrégation. Il prit beaucoup de goût à cette étude, parce qu'il vit qu’elle lui donnait un commerce plus intime avec la source de toute justice et de toute vérité; mais ses études ne nuisaient en rien à ses exercices religieux; au contraire, il les sanctifiait constamment par la prière vocale et mentale et par les austérités de la pénitence.
En fréquentant ainsi assidûment les écoles, il consacrait encore une partie considérable de son temps à l’étude de l’Ecriture et des ouvrages des saints Pères : il fit de ceux-ci de longs extraits qu’il rangea sous des titres différents, et forma de cette sorte une collection intéressante qui dans la suite fut fort utile à ses travaux.
Pendant que Tommasi se livrait à l’étude avec tant de courage, le Seigneur l’éprouva par une peine très-sensible. Il apprit la mort de sa bellesœur et reçut de son oncle, qui était aussi clerc régulier Théatin, l’injonction expresse de partir de suite pour la Sicile, afin d’y consoler son frère, plongé dans une douleur profonde ?. Il obéit sans retard, et commença ce long voyage au mois de janvier, saison qui, à cause de la faiblesse de sa santé, devait le lui rendre plus pénible. I] ne s'arrêta point à ces difficultés, persuadé qu’il accomplissait la volonté de Dicu. En effet, une disposition particulière de la Providence le conduisit alors dans sa famille ; car à peine fut-il arrivé à Palma, que son frère, qui songeait à se retirer du monde pour embrasser l’état religieux, tomba malade, et après peu de jours de maladie, à la fleur de son âge, car il n’avait que vingt-quatre ans, il mourut avec toute la force d'âme d’un héros chrétien. Tommasi montra lui-même dans cette triste circonstance un courage extraordinaire; non-seulement il rendit les derniers devoirs à son frère, mais étant alors diacre, il voulut remplir cette fonction à la cérémonie des funérailles. Cette action, que sa foi lui inspirait, causa de l’admiration au peuple nombreux qui était présent.
Le saint religieux ayant calmé l’affliction de sa famille désolée et pourvu à l'éducation de son jeune neveu, fils unique de son frère, qui n’était âgé que de deux ans, quitta Palma et se rendit à Palerme pour y achever son cours de théologie. Il y passa une année parmi ses confrères de la maison de
1. Cet oncle de Tommasi portait le nom de Charles, et était frère aîné de son père. C'était en sa faveur que la terre de Palma avait été érigée en duché par Philippe IV, roi d'Espagne, sous la domination duquel était alors la Sicile. Mais le nouveau duc, dégoûté du monde, abandonna bientôt ses dignités et son riche patrimoine à son frère puiné, pour entrer dans la congrégation des Théatins. 11 y vécut très-saintement, Sa vie a été donnée au public par le P. Bagatta, de la même congrégation,