‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 55 sur 412 · LE BIENHEUREUX JOSEPH-MARIE TOMMASI, A · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX JOSEPH-MARIE TOMMASI, A

Saint-Joseph. Cest pendant son séjour dans cette ville qu'il écrivit à M. Suarez, depuis évêque de Vaison en Provence, une lettre qui est un monument de son humilité. Il se plaint à lui de n’avoir point encore acquis les vertus d’un diacre, telles qu’elles sont marquées dans le Pontifical. Que les serviteurs de Dieu sont sévères à l'égard d'eux-mêmes !

Rappelé à Rome par ses supérieurs, il alla résider dans la maison professe de Saint-Sylvestre, qu'il ne quitta que lorsqu'il devint cardinal. Il fut ordonné prêtre en 1675. Sa conduite à cette époque est décrite de cette manière par l'évêque de Pouzzoles, qui avait été son confrère : « J’eus à Rome l’occasion d’observer à loisir dans Tommasi la stricte observance de nos règles, sa vie d’abstinence, ses mortifications, et cette humilité qui lui faisait souvent préférer les moindres emplois. Nous voyons aussi avec quels soins il évitait les regards ».

Aimable et modeste, ses manières commandaient le respect, à tel point que toute dispute cessait dès qu’il paraissait, et qu'aucune parole répréhensible n’était entendue en sa présence. Il était chargé de la surveillance des plus jeunes étudiants ; il les édifiait par ses exemples et avait beaucoup de zèle pour leurs progrès dans la vertu; mais son zèle était tempéré par des manières affectueuses, et ses réprimandes adoucies par une tendre charité. Il souffrait beaucoup de sa mauvaise santé et d’un abattement d'esprit dont elle était la cause. Ce qu’il ressentait alors est exprimé d’une manière touchante dans ses lettres à ses sœurs ; cependant elles sont pleines de sentiments d’une résignation chrétienne qui montre comment il savait rendre ses peines méritoires aux yeux de Dieu, par la patience et la soumission à sa volonté sainte. Les supérieurs le déchargèrent des devoirs de la chaire et du confessionnal ; mais il continua de s'appliquer aux études théologiques avec ardeur et sans relâche.

Depuis ce temps on peut dire qu'il vécut dans les bibliothèques de Rome, fouillant sans cesse les archives et les monuments d’antiquité sacrée dont elles sont enrichies : il recherchait surtout les vestiges de l’ancienne discipline et des liturgies de l'Eglise pour la célébration de la messe, la récitation de l'office divin, l’administration des sacrements. Il lisait assidüment l’Ecriture sainte et ses commentateurs. Bientôt il sentit que ses connaissances étaient insuffisantes pour les études approfondies auxquelles il se livrait ; il possédait le grec, mais il était étranger aux langues orientales. Il voulut donc apprendre l’hébreu et les divers idiôèmes qui s’y rattachent. Il fit dans cette science de rapides progrès avec le secours d’un rabbin juif qu'il avait pris pour maître. Pendant ce temps il recommandait à son précepteur l’étude plus importante des fondements de la foi chrétienne. Le rabbin parut d’abord insensible et quelquefois même irrité de ses efforts ; mais au bout de peu d’années il se convertit, et convint que la conduite exemplaire de Tommasi avait été, après Dieu, la principale cause de sa conversion.

A peu près vers cette époque, une longue et édifiante correspondance s'établit entre Tommasi et ses quatre sœurs religieuses, sur différents points de perfection chrétienne. L'on y voit que Tommasi souffrait encore beaucoup de l’abattement de son esprit, mais qu’il endurait toujours ses maux avec patience. Quelquefois, cependant, son découragement allait à un tel point, qu’il songeait à abandonner ses entreprises littéraires et à s’ensevelir dans la solitude, pour ne s’y occuper plus que de pénitence et de prières. Heureusement pour la littérature sacrée qu’il abandonna ce projet et poursuivit ses travaux. Plusieurs ouvrages qui en furent le fruit ont joui, depuis

VIES DES SAINTS. — TOME [er 4

leur première publication jusqu'à nos jours, de l'estime universelle.

En 4679, il publia un petit ouvrage intitulé : le Speculum ou Miroir de saint Augustin, qui contient les règles de la vie chrétienne, extraites principalement de l'Ecriture sainte et des ouvrages de ce Père. L'année suivante parut la Collection des anciennes hturgies, insérées dans d’autres ouvrages ou trouvées en manuscrits : on ne les avait pas jusqu'alors ainsi réunies. Il y joignit une savante introduction, où l’agrément de son esprit et la richesse de son érudition se montrent également. Le célèbre Mabillon, qui le connut dans le voyage qu’il fit à Rome en 1685, et qui en reçut des marques d’affection, a donné de grands éloges à cet ouvrage : il appelle lPauteur son ami, ajoutant que sa science était embellie par sa modestie et par sa piété. Tommasi mit ensuite au jour, en 1683, le Psautier. Dans une préface savante il montre quelles étaient les principales différences entre les textes du Psauher, et quel usage les chrétiens faisaient des psaumes dans les premiers siècles de l'Eglise. D’autres ouvrages suivirent successivement celui-ci : tous. tirés de sources peu connues. Ces écrits divers ont mérité l'estime et lapprobation des savants et des personnes pieuses. Les hommes les plus renommés en Europe par leur savoir, des protestants mêmes, tels que Cave et Basnage, manifestèrent la haute opinion qu'ils avaient de l'étendue de son érudition et de la justesse de sa critique.

Malgré sa réputation, Tommasi demeurait simple religieux, refusant toutes les places honorables qu'on voulait lui faire accepter, soit dans sa congrégation, soit au dehors. En 4697, Innocent XII, qui avait lu et admiré ses écrits, exprima un vif désir de le voir. Le pape Clément XI le choisit pour son confesseur, et voulut qu’il fût du nombre des consulieurs de sa Congrégation. Ce titre lui imposait lobligation de prononcer sur la capacité de ceux d’entre ses confrères qui étaient destinés aux charges. Ce devoir alarmait son humilité ; mais elle lui donna de fréquentes occasions de montrer ses rares qualités. La décision d’un cas extraordinaire lui fut un jour proposée : une pauvre veuve lui demandait qu'après sa mort ses restes fussent enterrés dans l’église des Théatins, et elle offrait pour prix de cette faveur de céder une vigne à la communauté. Si l'offre eût été acceptée, son fils eût ainsi perdu son héritage. Tommasi fut d'avis que la mère eût le tombeau, et le fils la vigne. L’on se soumit à cette décision désintéressée.

Bientôt il devint théologien de la Congrégation pour la discipline des Ordres réguliers. Le même emploi lui fut donné dans les différentes Congrégations des Rites, du Saint-Office et des Indulgences. Aïnsi s’ouvrit pour lui un vaste champ, dans lequel il eut fréquemment occasion d'exercer ses talents naturels et ses connaissances acquises. Les cardinaux qui présidaient les assemblées de ces Congrégations, ont souvent rendu témoignage à sa science profonde et à sa grande humilité. « En donnant son opinion, dit le cardinal Casini, il était toujours modeste, ne s’opposant à personne à moins que l'autorité des conciles ou le sentiment des saints Pères ne le rendit nécessaire ; et telle était son admirable douceur, qu’il rarmmenait infailliblement l'esprit de ses auditeurs à l'opinion qu'il défendait ».

Celui qui s’abaisse sera élevé. Nous avons vu à quels emplois importants l’humble Tommasi avait été appelé. Le pape Clément XI, qui l'avait consulté avant d'accepter la papauté, pour laquelle il éprouvait la plus grande répugnance, lui conféra la dignité de cardinal le 46 mai 4712. L’humble religieux voulut la refuser, et ce ne fut que par obéissance aux ordres du Pape qu'il l'accepta. Dans les arrangements domestiques qu’exigea sa nouvelle situation, il prit pour son modèie saint Charles Borromée, dont le titre

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