‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 70 sur 412 · SAINT MACAIRE D’ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

SAINT MACAIRE D’ALEXANDRIE

où sa profession fut d’abord de vendre des dragées et des fruits; ce qui n’a pas empêché qu’on ne lui ait aussi donné le titre de bourgeois de cette ville. Il n’y demeura pas longtemps ; car le grand amour qu’il avait pour la solitude le porta à se rendre près de saint Antoine, qu’il choisit pour son guide dans les premières années de sa retraite. Ce Saint lui donna l’habit monastique et lui prédit ce qui arriverait dans le cours de sa vie. En ef"°t, Dieu manifesta dès lors au saint abbé, par une merveille évidente, qu'il destinait Macaire à de grandes choses. Saint Antoine avait fait dans une occasion un grand amas de rameaux de palmier pour faire des nattes. Comme ils étaient parfaitement beaux, Macaire le pria de lui en donner quelques-uns. I] lui répondit : « Il est écrit : Vous ne désirerez point le bien de votre prochain ». Mais à peine eut-il achevé ces paroles, que les rameaux devinrent aussi secs que si le feu y eût passé. Saint Antoine, étonné de ce prodige, lui dit : « Je comprends que le Saint-Esprit repose sur vous. Je vous considérerai désormais comme l'héritier des grâces dont Dieu a daigné me favoriser ».

Il se trouva quelque temps après dans sa solitude extrêmement affaibli, sans doute par ses grandes austérités, et le démon, faisant allusion à ces paroles de saint Antoine, lui dit : « Puisque tu as reçu la grâce d'Antoine, que n’en uses-tu pour obtenir de Dieu de la nourriture et des forces, afin que tu puisses marcher dans le chemin que tu as à faire ». Mais il le repoussa par ces paroles : « Le Seigneur est ma force et ma gloire, et quant à toi, n’entreprends pas de tenter son serviteur ». Cela n’empêcha pas que cet esprit de malice ne vint de nouveau lui tendre un piége. Il prit la figure d’un chameau chargé de vivres, et vint s'arrêter auprès de lui. Macaire soupçonna sans peine que c'était une illusion de sa part. Il se mit en prière, et aussitôt la terre s’ouvrit et engloutit l’animal fantastique.

On rapporte aux premières années de sa profession monastique ce qu’on dit de lui, que pendant quatre mois il alla tous les jours visiter un frère, sans pouvoir lui parler, parce qu’il le trouvait toujours en oraison. Ce qui lui fit dire dans un sentiment d’admiration : « Voilà véritablement un ange de la terre ».

Après avoir reçu et mis à profit les instructions de saint Antoine, il quitta la Thébaïde et vint au désert de Scété. Il fut le premier qui y bâtit un monastère. Il est certain qu’il avait là une cellule et qu’il s’y rencontra souvent avec saint Macaire d'Egypte. Il en eut une aussi en Libye et une autre à Nitrie; mais son principal séjour fut au désert des Cellules, où il exerça les fonctions du sacerdoce, ayant été fait prêtre peu de temps après l’autre saint Macaire.

Ces différentes cellules étaient plus propres à satisfaire son amour pour la pénitence, qu’à le garantir des injures de l'air; car les unes étaient sans fenêtres, et il y passait tout le carême assis dans l’obscurité. Une autre était si étroite qu’il ne pouvait s’y étendre de tout son long. Celle de Nitrie était la plus spacieuse, parce qu’il n’y allait que pour recevoir et instruire les étrangers.

Quoique son amour pour le recueillement l’eût fixé davantage au désert des Cellules !, il ne se passait rien d’extraordinaire dans les déserts voisins,

1. 11 y avait dans la bas£e Egypte trois grands déserts, presque contigus : celui de Scéfé, ainsi appelé d'une ville de ce nom, bâtie sur les confins de la Libye; celui des Cellules. ainsi nommé de la multitude des cellules des solitaires qu'on y voyait; et un troisième, du côté de l'Occident, auquel la montagne de Mitrie donnait son nom. Macaire avait une cellule dans chacun de ces trois déserts. C'était à Nitrie qu'il recevait et instruisait les étrangers; mais il demeurait communément aux Cellules. Là, chaque anachorète vivait dans une entivre séparation de ses frères, dont il ne voyait pas même la cellule, et il ne sortait de la sienne que 1n samedi et le dimanche, jour où l'on s'assemblait à l'église pour célébrer les saints mys-

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surtout dans celui de Nitrie, où on ne l’appelât pour déterminer ce qu’on devait faire ; les anciens de ces déserts agissant tous de concert pour l’avantage spirituel des solitaires de leur dépendance.

Saint Macaire se distingua principalement par sa pénitence, par son attrait pour la solitude et pour l’oraison, et par le pouvoir que Dieu lui donna sur les esprits de ténèbres, et d’autres prodiges qu'il opéra, attestés par ses historiens en leur qualité de témoins oculaires.

Nous avons vu que les différentes cellules qu’il avait, étaient des séjours de mortification plutôt que des logements commodes. Il n’était point d’austérités si grandes, pratiquées par les autres, qu'il ne tentât de les imiter et même de les surpasser. Ayant appris qu’un solitaire ne mangeait qu’une livre de pain par jour, il eut la pensée, pour mieux mortifier son appétit, de rompre son pain en petits morceaux, qu’il mit dans une bouteille de terre, et de ne manger que ce qu'il en pouvait prendre avec les doigts, ce qu'il pratiqua l’espace de trois ans, non sans en souffrir beaucoup; car, outre la peine qu'il avait à retirer ces petits morceaux, il ne mangeait tout au plus que cinq onces de pain par jour, et ne buvait de l’eau qu’à proportion.

On remarque encore que durant toute une année il ne consuma qu’une petite cruche d'huile, Il passait aussi quelquefois le jour sans prendre aucune nourriture, quoiqu'il travaillât beaucoup.

On lui dit qu’à Tabennes les disciples de saint Pacôme ne mangeaient rien de cuit pendant le Carême, et il voulut faire la même chose durant sept ans, ne se nourrissant que d'herbes crues ou de légumes trempés seulement dans l’eau froide. Mais sa ferveur le porta à aller reconnaître par lui-même la discipline de Tabennes, soit pour mieux s’instruire et s’édifier, soit pour y vivre confondu parmi tant d’austères religieux, et se dérober par là à la vénération qu’on avait pour lui à Nitrie et aux Cellules.

Le trajet de là à Tabennes était très-long. Il fallait traverser des déserts fort vastes, non sans souffrir extrêmement. Mais cette difficulté ne l’arrêta pas. Il quitta son habit pour n'être pas connu et prit un costume d’artisan. Il marcha pendant quinze jours dans ces solitudes affreuses jusque dans la Haute-Thébaïde, où il se présenta à la porte du monastère de saint Pacôme, qu'il pria humblement de le recevoir au nombre de ses religieux. Le saint abbé, à qui Dieu ne le fit pas connaître alors, quoiqu'il l’éclairât dans beaucoup d’autres rencontres d’une lumière prophétique, bien loin d’acquiescer à sa demande, lui dit qu'il était trop âgé pour soutenir le poids des austérités de sa règle ; qu'il fallait y être exercé de bonne heure ; et que s’il l’entreprenait, il serait tenté d’impatience dans les travaux dont on le surchargerait, ce qui le porterait au murmure, et qu’enfin, au lieu de persévérer, il quitterait tout, mécontent du monastère, et l’irait décrier ailleurs.

* Ce refus ne le rebuta pas. Il persévéra pendant sept jours dans la même demande, quoiqu'il ne reçût du Saint que la même réponse, et fut tout ce temps-là sans manger. Enfin il lui dit : « Je vous conjure, mon Père, de me recevoir, et si je ne jeûne pas et ne fais pas la même chose que les autres, je consens que vous me renvoyiez ». Saint Pacôme, touché de sa persévérance, en parla aux autres frères, qui, selon Pallade, étaient au nombre de mille quatre cents, et qui conclurent à l’admettre.

tères et pour participer au corps et au sang de Jésus-Christ. Si quelqu'un était absent, on jugeait qu'il était malade, et tous les autres l'allaient visiter. Lorsqu'un étranger voulait se fixer parmi eux, chacun lui offrait sa cellule, étant dans la disposition d'en bâtir une autre pour lui-même. Tous les frères s'oc« cupaient du travail des mains, qui consistait à faire des paniers et des nattes. Jamais ils ne perdaient de vue la présence de Dieu; et le profond silence qui régnait dans tout le désert ne contribuait pas peu à nourrir et à exciter la ferveur de leur oraison,

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