CULTE ET RELIQUES
Son corps fut inhumé dans le caveau, ou chapelle souterraine, que le grand saint Denis avait autrefois consacré en l'honneur des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, et sur lequel Clovis avait déja commencé, à son instance, un superbe édifice, achevé depuis par sainte Clotilde. Sainte Geneviève avait légué en mourant, à la basilique des saints apôtres Pierre et Paul, bâtie par Clovis, les propriétés que ses parents possédaient à Nanterre, et, dès ce moment, sa maison appartint aux prêtres de cette église, dans laquelle sainte Geneviève, qui en avait donné l'idée, voulut être enterrée. C'était un lieu qu’elle avait souvent arrosé de ses larmes et d’où son esprit avait été plusieurs fois enlevé dans les cieux, pour y entendre ces secrets dont il n’est pas permis aux hommes de parler. Il s'y fit aussitôt une infinité de miracles. On y alluma une lampe dont l'huile ne se consumait point, quoiqu’elle brülât toujours et qu'on prit continuellement de cette huile pour servir à la guérison des malades. Des aveugles y reçurent la vue; des muets, l'usage de la langue ; des possédés, leur délivrance; des personnes tourmentées par la fièvre, une prompte et parfaite santé. Une femme, reprise de ce qu’elle travaillait le jour de la Nativité de Notre-Dame, avait répondu impudemment que la Vierge était une pauvre femme comme elle, qui gagnait sa vie du travail de ses mains; en punition de ce blasphème, ses doigts s'étaient si fort attachés au peigne avec lequel elle cardait la laine, qu’on ne pouvait les en séparer; elle fut guérie en priant auprès de ce sépulcre. Cela fit que cette église ajouta bientôt à son premier titre des bienheureux Apôtres, celui de sainte Geneviève, et que dans la suite des temps on ne l'a presque plus reconnue que sous le nom de cette Sainte.
Dieu a fait encore, depuis, d’autres merveilles fort remarquables pour honorer son mérite. Un jour, la Seine étant étrangement débordée et ayant rempli toutes les églises et les maisons jusqu'à la hauteur des premiers étages, on trouva le lit sur lequel elle avait rendu son bienheureux esprit, et que l’on conservait dans un monastère de filles, tout environné d’eau comme d’un mur, sans qu'il en püt être inondé, ni même mouillé. Puis le débordement cessa, et la rivière renira soudainement dans son premier état.
Du temps de Louis VI, dit le Gros, il s’éleva dans Paris une cruelle maladie que les médecins nomment /eu sucré. On croit que ce feu sacré était un érysipèle gangréneux et épidémique. Plusieurs personnes en mouraient sans qu'on y pût apporter de remède. Cela obligea le clergé et le peuple d’avoir recours à sainte Geneviève, dans l'espérance que, par les mérites de sa pureté incomparable, elle apaiserait la colère de Dieu, justement irrité contre leurs débauches et leurs sensualités. Il fut donc arrêté, à l'instance d'Etienne Ier, pour lors évêque de ce siége, que la chässe où reposaient ses saintes dépouilles serait solennellement apportée de son église en celle de Notre-Dame; on ressentit aussitôt l'effet de cette dévotion, car tous ces pauvres ardents, qui n’attendaient que la mort, furent guéris à l'instant même, à l'exception de trois qui manquèrent de foi,ou que Dieu ne voulut pas guérir pour des causes qui nous sont inconnues. Une église fut alors bâtie en mémoire de ce miracle, et c'était autrefois une paroisse de la cité appelée Sainte-Geneviève des Ardenis; l'année suivante, le pape Innocent II, étant informé de tout ce qui s'était passé, ordonna que l'on en ferait
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tous les ans mémoire, le 26 novembre, dans le Bréviaire de Paris, et accorda de grandes indulgences à ceux qui visiteraient cette église.
L'an 1164, sous le règne de Louis VII, dit le Jeune, et sous l’épiscopat du célèbre Pierre Lombard, appelé le Maitre des Sentences, le bruit s'étant élevé dans Paris que l’on avait furtivement ouvert la châsse de sainte Geneviève et dérobé son précieux chef, l’on en fit une ouverture solennelle en présence de l'archevêque de Sens et des évêques d'Auxerre et d'Orléans, que le roi y avait envoyés exprès; et l'on trouva heureusement que ce bruit était faux, et que le corps entier de la Sainte, avec son chef, était dans la châsse. Il avait été transporté deux fois, durant le neuvième siècle, de l’abbaye où il reposait en des lieux sûrs, dans la crainte des Normands qui ravageaient toute la France, et même assiégèrent Paris et pillèrent cette célèbre abbaye avec celle de Saint-Germain des Prés. Ces abbayes n'étaient pas encore enfermées dans la ville ; mais le corps de la Sainte y avait été rapporté, l’une et l’autre fois, avec beaucoup de solennité, tout le clergé et tous les corps de la
“ville étant allés au-devant pour le recevoir. Ceux qui ont écrit les histoires de ces translations racontent, comme témoins oculaires, une foule de guérisons miraculeuses qui se firent par l’intercession de. la Sainte, dans tout le cours des deux voyages ; mais nous nous dispensons d'en rien dire, pour n'être pas trop long, et parce que de semblables prodiges sont encore assez ordinaires à notre Sainte.
Toute la France, et principalement la ville de Paris, implore son assistance en temps de guerre, de peste, de famine, de sécheresse, d'inondation et de trop grande abondance de pluie, et en toute autre sorte de nécessités et d’affaires importantes; alors (disait le P. Giry en 4685), l’on découvre seulement la châsse, ou bien on la descend de dessus les quatre grosses colonnes de jaspe et les quatre chérubins dorés dont elle est soutenue, et on la porte en procession à l'église cathédrale ; ce qui ne se fait que par ordre du roi et par arrêt du parlement, avec des cérémonies magnifiques, qui sont décrites bien au long dans les Antiquités de Paris. I] y a même une confrérie de bourgeois des plus honorables de la ville, qui sont désignés pour porter ces précieuses reliques en cette occasion. La relation du miracle des Ardents, écrite dès l’année 1431 ou environ, assure que cette manière de porter la chässe de sainte Geneviève, dans les nécessités publiques, était inviolablement observée de temps immémorial, ce qui montre qu'elle a commencé peu d'années après le décès de cette sainte Vierge, et que c’est une dévotion de presque tous les siècles de notre monarchie. Aussi n’a-t-on jamais eu recours à ce moyen pour apaiser l'indignation de Dieu et pour mériter son secours et sa protection, sans en ressentir le pouvoir. Des guerres ont été ainsi apaisées, des pestes dissipées, la sérénité s'est changée en pluie ou la pluie en sérénité, et la terre, qui était stérile, s’est vue chargée d'une grande quantité de fruits. C’est ce que l’on à éprouvé l’an 1675, après la descente et la procession de la châsse qui s'était faite le dix-neuvième jour de juillet, avec un concours infini de peuple. Car, quoique les pluies continuelles eussent mis toute la campagne dans la dernière désolation et que les laboureurs fussent hors de toute espérance de récoltes, il se fit tout à coup un changement si merveilleux, que l’année devint une des plus abondantes que l'on eût vue depuis longtemps pour les blés et pour les menus grains ; les hérétiques eux-mêmes et les libertins furent contraints de reconnaître qu'il y avait, dans la disposition de la saison, quelque chose d’extraordinaire et de miraculeux.
La châsse de notre illustre patronne n'était autrefois que d’argent blanc et sans beaucoup d’ornements ; mais Robert, de la Ferté-Milon, abbé de Sainte-Geneviève, en fit faire une, l’an 1242, où il entra 193 marcs et demi d'argent et 8 marcs et demi d'or. Le cardinal de La Rochefoucauld, dernier abbé commendataire et restaurateur de la même abbaye, avec les libéralités de la reine Marie de Médicis, la fit encore redorer et enrichir d’un grand nombre de perles et de pierres précieuses qui lui donnèrent un éclat merveilleux. On ne saurait croire combien de monde s’assemble tous les vendredis, à Sainte-Geneviève, pour vénérer cette Sainte et pour implorer son secours ; combien de messes l’on y fait célébrer, tant pour demander des guérisons que pour remercier Dieu de celles que l’on a obtenues ; et combien d’ex-voto l’on attache auprès de son mausolée, en témoignage des grâces que l'on a recues par son intercession.
Ce que l’on vient de lire n’est plus qu'un souvenir.
Un cercueil en pierre, dans lequel reposa primitivement le corps de sainte Geneviève, est à peu près tout ce que Paris possède aujourd'hui de sa sainte patronne. Un coup de vent a suffi pour anéantir ce qu'avaient épargné treize siècles. Ce cercueil, déposé dans une espèce de chapelle, à droite du chœur, dans l’église Saint-Etienne-du-Mont, est encore l’objet d'une grande dévotion, le but de nombreux pèlerinages. Chaque année, le 3 janvier, commence, à Saint-Elienne-du-Mont et au Panthéon, qui en est voisin, une neuvaine en l’houneur de sainte Geneviève, qui attire de nombreux fidèles, malgré le refroidissement de la foi dans la grande ville,
En 1871, les communeux de Paris, dignes successeurs des démolisseurs de 93, ont profaré le temple de Sainte-Geneviève ; sa châsse fut violée et défoncée, et les saints ossements jetés au vent : sans doute il ne s’agit que d’une faible portion des reliques de la patronne de Paris, car toutes celles que renfermait la châsse conservée à l’abbaye de Sainte-Geneviève avaient été brülées en place de Grève, le 3 décembre 1193; mais un certain nombre d’églises de France possédaient quelques reliques de la Vierge de Nanterre, et Mgr de Quelen, lors de la réouverture de Sainte- Geneviève, le 3 janvier 1822, put y déposer plusieurs parcelles des ossements qu’il avait obtenues de divers endroits. La piété des fidèles éprouvera peut-être quelque consolation, en apprenant que
plusieurs précieuses reliques de l’auguste protectrice de Paris existent encore, notamment à Verneuil, dans le departement de l'Oise.
Il y avait, à Verneuil, avant la Révolution de 93, un prieuré ; l’église de la paroisse en dépendait, et il portait le titre de Prieuré de Sainte-Geneviève; c'était le prieur qui nommait le curé. Tous les actes religieux antérieurs à 93 se terminent ainsi : « Fait en l’église de Madame Sainte- Geneviève ».
De temps immémorial, il y a un vallon prenant naissance dans la forêt et aboutissant au pays qui porte, dans la forêt, le nom de Fonds de Sainte-Geneviève, et là où on cultive, Vallée de Sainte-Geneviève. Dans cette mème vallée, la source qui donne naissance à un petit ruisseau s’est toujours, de mémoire d'homme, appelée Source de Sainte-Geneviève ; depuis une dizaine d'années, on a construit, sur cette source, un magnifique rocher, qui renferme la statue de sainte Geneviève et qui porte le nom de Fontaine Sainte-Geneviève; — l’eau de cette fontaine est reconnue par les médecins des environs pour avoir d'excellentes propriétés, et ils conseillent aux malades d’en boire,
Un procès-verbal, dressé le 31 décembre 1821, qui se trouve dans la châsse de l’église de Verneuil, et dont nous devons une copie à l’obligeance de M. l'abbé Loin, curé de cette paroisse (lettre du 2 octobre 1871), nous apprend qu'antérieurement à la persécution de 1793, ladite église de Verneuil possédait une châsse de cuivre doré renfermant des cheveux de sainte Geneviève; que cette châsse avait été enlevée, en septembre 1793, par un détachement de l’armée révolutionnaire; que le nommé Jean-Baptiste Dufour, de Verneuil, concierge du district à Senlis, avait — en reconnaissance du mariage de son fils, béni à Verneuil — donné à l’église dudit Verneuil, entre autres reliques tombées en sa possession, un os de sainte Geneviève paraissant être détaché d'une phalange inférieure du doigt, portant 22 lignes de long sur 4 lignes de largeur moyenne. Cet os provenait d'un reliquaire exposé à la vénération des fidèles en l’église de Sainte- Geneviève de Senlis, église qui se trouvait dans une rue portant le nom de la Sainte.
Lorsqu'un décret de Louis XVIIL, rendu en décembre 1821, restitua au culte de sainte Geneviève le Panthéon de Paris, les habitants de Verneuil résolurent d'offrir à cette dernière une partie de la précieuse relique qu'ils possédaient : on coupa donc l'os en deux parties, dont l’une resta à Verneuil et l’autre fut envoyée à Paris.
Jean-Baptiste Dufour, qui était, pendant la tourmente révolutionnaire, devenu propriétaire des dépouilles d'un grand nombre d’églises du district de Senlis, donna, en outre, à l’église de Verneuil, un bras de saint Just, martyr; un os de saint Colomb; deux ossements de saint Justin, martyr; un ossement de saint Libre, martyr, et d'autres reliques sans désignation.
Une autre paroisse du diocèse de Beauvais — Gouvieux — a obtenu de Rome, vers 1866, quelques parcelles des reliques de sainte Geneviève,
On vénère encore des reliques de sainte Geneviève à La Ferté-sous-Jouarre et à Dians, diocèse de Meaux.
Nous avons dit que Clovis avait bâti l'église Saint-Pierre, où fut inhumée sainte Geneviève ; voici à quelle occasion :
La reine Clotilde avait fait promettre au roi, au moment où il allait commencer la guerre contre Alaric, qui régnait sur les Visigoths, dans le midi de la Gaule, de consacrer une magnifique église au service de Dieu, si ses armes étaient victorieuses. Revenu à Paris, après la défaite d’Alarie, le roi exécuta sa promesse et jeta, vers l’an 508, les fondements d'une basilique (église de fondation royale) en l’honneur des saints apôtres Pierre et Paul, sur le haut de la montagne du palais des Thermes, au milieu des vignobles qui en couvraient les flancs. Arrivé sur le terrain désigné, il avait lancé sa hache droit devant lui, afin qu'on püût un jour mesurer la force de son bras à la longueur de l'édifice. Clovis mourut en 511, sans avoir vu terminer l’église; mais la reine Clotilde la fit achever et déposa dans le sanctuaire les restes de Clovis. Clotilde, morte en 543, fut ensevelie à côté du roi.
L'église Sainte-Geneviève fut démolie en 1807, et la rue Clovis percée sur son emplacement, Dès le milieu du siècle dernier, l’église menacant ruine, on sentit la nécessité d’en construire une nouvelle dans un lieu peu éloigné; mais les chanoines, ne pouvant suflire à cette dépense, Louis XV y affecta,-à partir du 4er mars 1155, une partie du produit des loteries, et chargea Soufilot, son architecte, de dresser le plan de la nouvelle église; le roi en posa le première pierre le 6 septembre 1764. En 1791, l'édifice, inachevé, recut le nom de Panthéon et fut consacré à la sépulture des hommes illustres ; on sait de quelle illustration!
Le 20 février 1806, un décret impérial ordonna qu’il serait terminé et dédié, comme église, pour la sépulture des personnages célèbres, Rendu exclusivement au culte en 1821, et destiné de nouveau, en 1830, à recevoir les restes des grands hommes, il est enfin redevenu, en 1852, l’église Sainte-Genevieve. Depuis 1852, l'église de Sainte-Geneviève est desservie par une communauté de prèlres composée d'un doyen et de plusieurs chapelains.
Le chapitre de Sainte-Geneviève était fort riche et ne relevait que du Pape; il avait toute juridiction sur ses terres; son doyen, qualifié d'abbé, avait le droit de porter, dans les cérémonies, les ornements pontificaux, c'est-à-dire la mitre, la crosse et l'anneau pastoral. Il y eut plusieurs réformes. En 1634, où décida que l'abbé serait nommé tous les trois ans; on forma en même temps une “ongrégation générale, d'après Les nouveaux reglements de Sainte-Geneviève, dont cetle abbaye
fut le chef-lieu, et les chanoïnes Génovéfains reçurent le nom de Chanoïnes réguliers de la Congrégation de France. L'Ordre de Sainte-Geneviève compteit plus de neuf cents maisons en France, et nommaïit à plus de cinq cents cures, entre autres, à celle de Saint-Etienne du Mont.
L'église anciennement appelée Sainte-Geneniève la Petite, et qui prit ensuite le nom de Saïnte- Geneviève des Ardents, à la suite du miracle raconté par le P. Giry, était auprès de la cathédrale et de la maison où la Sainte était morte. On l'a démolie en 1747, pour bâtir l'hôpital des Enfants- Trouvés 1.
Entre les vierges qui s’attachèrent à sainte Geneviève, on nomme samte Aude et sainte Céline, toutes deux nées dans les environs de Meaux : aussi, dans la Brie, le nom de Céline est-il fréquemment donné aux jeunes filles.
Au xvi1e siècle, marchant sur les traces des premières compagnes de la Vierge de Nanterre, s’établirent les Filles de Sainte-Genemève, plus connues sous le nom de Méramiones, du nom de leur fondatrice, Marie Bonneau, veuve de M. Beauharnais de Miramion, conseiller au parlement,
Disons un mot du puits, du souterrain et de la maison de sainte Geneviève, à Nanterre,
On montre encore à Nanterre un puits que le double témoignage de la tradition et de l’histoire assure être celui dont il est parlé dans la vie de sainte Geneviève, et avec l’eau duquel elle guérit sa mère aveugle depuis vingt et un mois. Il est doublement consacré par les larmes que sainte Geneviève répandit sur sa margelle, et par le signe de la croix qu'elle fit sur ses eaux, dont les effets se font encore sentir de nos jours pour tous les maux de la vue et les ardeurs de la fièvre. Il était voisin et dépendant de la maison, du jardin, et de quelques autres peliles possessions des parents de la Sainte, à l'usage desquels il servait exclusivement,
Le puits et le terrain jadis occupé par la maison de sainte Geneviève étaient renfermés naguère dans une chapelle dont il n'existe plus aujourd'hui que les murs de clôture ; et cependant, malgréle malheur des temps, ce lieu est toujours l’objet de la vénération du peuple chrétien.
On voit près de l'emplacement de la maison, à gauche et en descendant quelques marches, une espèce de souterrain ou de cave où la Sainte se retirait pour prier avec plus de recueillement. La piété des fidèles avait, de temps immémorial, consacré cet endroit par l'érection d'un autel qui fut détruit vers la fin du xvie siècle, et était complétement abandonné depuis 1582, lorsqu'en 1642 le zèle des chrétiens y réédifia un nouvel autel où l’on célébrait les saints mystères, et au pied duquel la foule des pèlerins venait encore, avant la première révolution, prier Dieu au même endroit où sainte Geneviève l'avait si souvent invoqué. Les troubles politiques firent abandonner cette pieuse pratique ; bientôt l'autel disparut, et l’oratoire ne tarda pas à devenir une cave de marchand de vin.
Monsieur le curé de Nanterre, qui vient de soustraire à des mains profanes ces lieux pleins de pieux souvenirs, ne possède en ce moment que la moitié de celte cave, qui est coupée en deux par le mur d’une maison voisine, dont l'acquisition pourrait compléter tout à la fois l’autre partie du précieux souterrain, et les propriétés de sainte Geneviève de ce côté-là. Cette cave, ainsi que le puits, a subi les envahissements du terrain, et sa voûte demi ogivale est fort basse ?,
Selon quelques auteurs, le mont Valérien, devenu célèbre dans la guerre de la France contre la Prusse, en 1870-71, devrait son nom au père de sainte Geneviève, qui se serait appelé Sévére- Valérien, et auquel le mont aurait appartenu en toute propriété.
Sur le flanc de cette montagne on montre encore le C/os de Sainte-Geneviève : une source coule auprès et porte aussi le num de Fontaine de Suinte-Geneviève. C'est là, disent ceux qui croient que sainte Geneviève a été bergère, qu'elle venait se désaltérer et faire boire son troupeau. A l'époque où, sur ia hauteur du mont Valérien, existait un calvaire à la place des formidables ouvrages de guerre qu'on y a élevés, les fidèles qui s’y rendaient le jour de la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, le 14 septembre, allaient y boire par dévotion. A l'endroit traversé aujourd'hui par la route de Nanterre à Chatou, se trouvait le Parc de Suinte-Geneviève, I] ne reste plus aucun vestige de l’enclos qui enfermait ce parc, non plus que de la chapelle qu'on y avait construite.
Lorsque sainte Geneviève se rendit de Paris à Troyes et Arcis-sur-Aube, pour acheter des vivres, elle s'arréta, d’après la tradition, entre ces deux villes, dans un pays appelé la Chapelle-Vallon. On voit dans cette dernière localité un monument d'une haute antiquité, dédié à la bonne sainte Geneviève, restauré, en 4842, par les habitants.
Des ex-volo, que l’on voit encore de nos jours à Saint-Méry et à Saint-Etienne du Mont, de Paris, attestent le célèbre miracle des ardents. La mémoire de ce fait miraculeux ful conservée à travers les âges par une fête qui se célébrait autrefois le 26 novembre, en l’église Sainte-Geneviève la Petile, dans la cité de Paris : cette église avait élé érigée sur l'emplacement de la maison où la Vierge de Nanterre avait exhalé son dernier soupir.
La crypte de l’ancienne basilique de Sainte-Geneviève, dont la tour, seul débris qui en reste, fait aujourd'hui partie des constructions d'un lycée, renfermait les tombeaux de Clovis et de sainte Clotilde ; mais le plus célèbre des monuments abrités par ce sancluaire était celui de la patronne de Paris, cette tombe, précieuse pour un chrélien, nous a été conservée. M. l'abbé Amable des Voisins,
1. Notice historique sur la paroisse Saint-Etienne du Mont, par M. l'abbé Faudet, docteur en théologie, curé de Saint-Etienne du Mont, et M. E. de Mas-Latrie.