SAINT THÉONE, HOMME DE LETTRES ET ANACHORÈTE
Michel I°, son successeur, qui aimait la justice et la paix, donna des ordres pour le rappel du Saint. Revenu de son exil, Platon rentra dans sa cellule, pour mener la vie de reclus. Mais à l’âge de soixante-dix-neuf ans, il fut obligé de changer de régime, parce qu’il n'avait plus la force de satisfaire, sans le secours d'autrui, à aucun des besoins du corps. Il était tantôt couché sur un lit, tantôt assis, récitant des psaumes, priant mentalement, parlant aux frères, pour les instruire, les exhorter, les consoler, ne pouvant plus ni fléchir les genoux, ni lire par lui-même; ce qui l’affligeait le plus, c'était de ne pouvoir assister aux offices ni travailler de ses mains. Il rendait grâces à Dieu des soulagements que l’on donnait à son infirmité; mais il était contristé de relâcher de l’austérité de sa vie. Il tomba malade pendant le Carême de l’année 813. Sentant approcher sa fin, il fit creuser son tombeau et voulut qu’on l’y descendit : là il fut visité par plusieurs personnes de distinction, entre autres par le patriarche saint Nicéphore, qui se recommanda à ses prières. Îl s'était réconcilié avec ce dernier sur les éclaircissements qu’il lui avait donnés par rapport au rétablissement de l’économe Joseph. Le Saint malade pardonna à tous ceux qui l’avaient persécuté, et pria pour eux. Comme l’abbé Théodore lui demandait s’il ne voulait disposer de rien, il secoua son habit de la maïn, et lui dit d’une voix très-basse : « Je n’ai plus rien, je vous ai tout remis ». Ayant la poitrine oppressée, il remuait encore les lèvres, et chantait un cantique de la résurrection, quand il expira le samedi devant le dimanche des Rameaux, 19 mars 813 !.
On croit que la semaine sainte et celle de Pâques firent remettre la solennité de ses funérailles jusqu’au quatrième d’avril, jour auquel l'Eglise célèbre sa mémoire. Le patriarche fit cette cérémonie avec un grand lumipaire et quantité de parfums; et ce fut apparemment en cette occasion que saint Théodore Studite prononça l’oraison funèbre de saint Platon, son oncle et son père spirituel, qui est la seule vie que nous ayons de ce Saint. A peine put-on mettre son corps dans le sépulcre, tant était grande la foule du peuple, qui s’empressait à l’entour et ne pouvait se résoudre à le perdre de vue.
Tiré de sa vie, écrite par saint Théodore Studite, son neveu. Voir le commentaire et les notes du Père Papebrock, t. 1er, April., p. 364; Fleury, 1. xLv, etc.
SAINT THÉONE, HOMME DE LETTRES ET ANACHORÈTE (rv° siècle).
La catégorie d'hommes à qui l'humilité est le plus difficile, ce sont les savants et les gens de lettres : or, quoique très-homme de lettres et très-versé dans les sciences de l'Egypte, de la Grèce et de Rome, saint Théone eut l'humilité de cacher tous ces talents, d'aller les ensevelir au désert. Trente ans durant, il garda le silence le plus strict.
Les malades affluaient à la cellule du Prophète, car c’est ainsi qu’on l’appelait dans toute la contrée d'Oxyrrhynque. Il apparaissait à la fenêtre de sa cellule, étendait sa main bénissante, guérissait la foule, et se retirait sans rien dire. Telle était son occupation du jour. La nuit, il franchissait le seuil de son inviolable demeure : c'était pour distribuer aux bêtes du bon Dieu, aux animaux du désert l’eau limpide de sa fontaine : c’est pourquoi sa cellule était toujours entourée de buffles robustes, de chèvres au pied léger, d’onagres bondissants qui formaient comme une garde d'honneur autour de cet ami de Dieu, ami de la nature en même temps.
Une fois, dans le cours de ces trente années, il se départit de son silence rigoureux : ce fut pour arracher aux mains de la foule irritée deux voleurs qui étaient venus dans l'intention de le