‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 131 sur 339 · SAINT GUILLAUME DE PARIS, ABBÉ EN DANEMARK · texte numérisé non relu

SAINT GUILLAUME DE PARIS, ABBÉ EN DANEMARK

vit jamais en prières qu’il n’eût les larmes aux yeux, et quand il était à l’autel, il entrait dans un tel ravissement d’esprit, qu’il semblait voir son aimable Sauveur exposé aux coups el aux injures qu’il à souffertes pour nous dans sa Passion. Les inventions qu'il trouvait chaque jour pour s’affliger, ne firent qu'un ulcère de tout son corps; et ces douleurs donnant de l'exercice à sa patience, mettaient sa vertu à l’épreuve et élevaient son âme à un très-haut degré de perfection, afin qu’il pût mériter la couronne toute couverte de perles et de pierres précieuses, que Dieu, douze ans auparavant, avait fait voir à un bon religieux son ami, appelé Gérard, lui disant qu'il la disposait pour l’abbé Guillaume, quand il l’aurait méritée par ses vertus et par ses souffrances.

Enfin, les sept ans écoulés, le mercredi de la semaine sainte, comme le Saint conférait avec ses religieux, le prieur dit que la nuit avait été pour lui très-mauvaise. Le Saint repartit que lui, tout au contraire, ne se souvenait point d’en avoir jamais passé une meilleure, parce qu’il avait vu Notre-Seigneur Jésus-Christ, assisté de deux autres personnes, et qu’il s'était entretenu avec eux le plus agréablement du monde. — « Sans doute, mon Père », répondit le prieur, « que Notre-Seigneur Jésus-Christ vous appelle en son royaume par cette visite ». Le saint Abbé répliqua, avec un soupir d'amour : « Qu'il me soit fait selon votre parole ! » Le jeudi saint il célébra la sainte messe pour la dernière fois, communia tous les frères de ses propres mains, et, après le sacrifice, ayant lavé les pieds aux pauvres, il prit sa réfection avec les autres religieux, qui voyaient déjà paraître sur son visage je ne sais quels indices de la gloire qu’il devait bientôt posséder. Le repas fini, il se leva de table pour laver les pieds à ses frères ; mais il en fut empêché par une douleur de côté, qui le tourmenta extrêmement tout le reste du jour et’la moitié de la nuit suivante. Il ne lui en resta, néanmoins, qu’une petite fièvre. La nuit de Pâques, le saint Abbé sentant son heure approcher, appela son infirmier, et lui dit : « Tu sais bien, mon fils, que cette nouvelle fête doit être célébrée avec une grande solennité par tous les chrétiens ; apporte-moi donc l’habit neuf que tu as en ta chambre » : c'était un cilice tout neuf qu’il voulait mettre, au lieu de son vieux. Comme on chantait aux Matines ces paroles du second répons : « Etant venus pour oindre Jésus ! », il s’écria qu'il était temps de lui apporter l’Extrême-Onction, de sorte que le prieur n’eut que le temps d'apporter les saintes huiles pour lui donner ce dernier Sacrement ; après quoi il exhala sa belle âme, quand l’aurore commençait à poindre, c’est-à-dire à peu près à l’heure où le Fils de l’homme, triomphant des enfers, est ressuscité des morts. Ce fut le 6 avril de l’an de grâce 1202, et de son âge le quatre-vingt-dix-huitième : il en avait passé quarante dans la charge d’abbé.

Dieu l’honora, après son décès, de plusieurs miracles qui attirèrent un grand concours de peuple à son tombeau : une torche s’y alluma spontanément pour attester sa sainteté : elle était descendue du ciel en traversant le toit de l’église. Aussi les démoniaques y étaient délivrés, les paralytiques, les sourds, les muets et les aveugles guéris, et généralement tous ceux qui allaient visiter ses saintes reliques, éprouvaient sensiblement son pouvoir dans le ciel. Le pape Honorius IT députa le cardinal de Saint-Théodore, appelé Grégoire, son légat en Danemark, en Suède et en Bohême, pour en informer sur les lieux. Il fut enfin solennellement canonisé le 42 février 4224. Son culte ne subsiste plus en Danemark depuis la réforme ; avant notre révolution de 1789, il se continuait en France et surtout dans l’abbaye

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