‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 130 sur 339 · SAINT GUILLAUME DE PARIS, ABBÉ EN DANEMARK · texte numérisé non relu

SAINT GUILLAUME DE PARIS, ABBÉ EN DANEMARK

même de graves désordres, en conféra avec le roi; et ils résolurent ensemble de remplacer ces prêtres, indignes de leur caractère sacré, par une communauté plus édifiante. L’abbé Suger, chargé de ce soin, y établit des chanoines réguliers de l’abbaye de Saint-Victor de Paris, le 23 août 1148.

Comme le Pape et le roi avaient ordonné que les religieux donneraient aux anciens chanoines le revenu de leurs prébendes durant leur vie, le nouvel abbé, nommé Eudes, qui était auparavant prieur de Saint-Victor, manda à notre saint Guillaume ce qui se passait, et le pria de venir en l’abbaye pour conférer avec lui sur le payement du revenu de son bénéfice ; il y vint, et il fut si puissamment touché des paroles de vie que ce saint personnage lui dit, qu’il embrassa son institut, et, de chanoine séculier, se fit chanoine régulier. On reconnut bientôt les trésors de grâce qu’il renfermait dans son âme ; et, comme il joignait à une éminente piété une prudence et une discrétion admirables, on ne tarda pas longtemps à l’élever plus haut et à le faire sous-prieur.

Dans cet office, 1l fit paraître un grand zèle pour l’observance régulière, et, étant le premier et le plus fervent à toutes choses, il ne souffrait point que les autres se comportassent négligemment, et que la beauté de la maison de Dieu perdit son lustre par la lâcheté de ceux qui étaient sous sa charge. Plusieurs années après, un certain religieux s’étant fait pourvoir de la dignité de prieur, par l’autorité du roi, contre la pratique ordinaire de l'Ordre, qui défendait d’avoir recours aux puissances séculières pour les offices conventuels, le courageux serviteur de Dieu s’opposa à la prise de possession, et lui Ôôta la corde de la main lorsqu'il vint pour sonner la cloche de la communauté. Ce fut l’amour de sa Règle qui le porta à cette action ; néanmoins, elle ne fut pas approuvée de l’abbé Garin, qui avait succédé à Eudes ;’et, au lieu d’en recevoir de la louange, il n’en reçut que du blâme et une sévère pénitence qu’il lui imposa. Mais le pape Alexandre III, en ayant été informé, reprit sévèrement cet abbé, et, approuvant le zèle de Guillaume, commanda de procéder à l’élection d’un autre prieur, selon les Règles canoniques.

Le Saint fit encore paraître son insigne piété lorsqu'on ouvrit la châsse de sainte Geneviève, sur un bruit qui avait couru dans Paris, que l’on en avait dérobé le chef: il soutint toujours généreusement, comme gardien des reliques de l’abbaye, qu’on n’y avait nullement touché; et, lorsqu’à Pouverture de la châsse on aperçut le vénérable chef de la Sainte, il entonna, avec une ferveur incroyable, l'hymne 7e Deum laudamus, qui fut continuée par un nombre infini de personnes accourues à cette cérémonie. Comme un évêque objecta que ce pouvait être un autre crâne que celui de Geneviève, Guillaume, ne consultant que sa ferveur, offrit d'entrer avec la relique sacrée dans un four embrasé, si les prélats le lui voulaient permettre.

Tandis qu’il s’appliquait à embellir son âme de toutes sortes de vertus dans cette abbaye, Notre-Seigneur lui apparut au milieu de la nuit sous la forme d’un beau jeune homme, et lui dit qu’il fallait qu’il allât, pour son service, en une île éloignée, où il souffrirait de grandes peines ; mais qu’après les avoir vaincues par sa grâce, il viendrait régner avec lui dans le ciel. Il ne comprit pas d’abord la signification de cette vision, mais l’événement lui en donna bientôt une intelligence parfaite.

En effet, Waldemar, roi de Danemark, fils de saint Canut, roi et martyr, ayant purgé son royaume des incursions des Vandales, Absalon, évêque de Roskild, prélat d’une éminente vertu, et qui remplissait admirablement

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bien tous les devoirs de sa charge, souhaita de remettre en son premier lustre un monastère de chanoïnes réguliers de son diocèse, en l’île d'Eskill. Pour en venir à bot, il envoya à Paris le prévôt de son église, que l’on dit avoir été le célèbre écrivain de l'Histoire de Danemark, appelé Saxon le Grammairien, afin de prier l'abbé de Sainte-Geneviève de lui envoyer le chanoine Guillaume, dont il connaissait le mérite, pour l’avoir fréquenté lorsqu'il étudiait lui-même à l’université de Paris. L’abbé ne put refuser à un si saint évêque une demande si juste, et, ayant décidé Guillaume à entreprendre ce voyage, il lui donna trois autres chanoines pour compagnons. Ils arrivèrent tous quatre heureusement en ce pays, et furent reçus avec beaucoup de joie et de vénération, tant par le roi que par l’évêque. Guillaume fut fait abbé d’Eskill, et cemmença à y rétablir l’observance régulière, avec les trois religieux qu’il avait amenés, et avec quatre seulement des six qu’il y avait auparavant, les deux autres ayant refusé la réforme.

On ne peut croire les peines qu’il eut à souffrir, ni les combats que le démon lui livra dans l’exécution d’une si glorieuse entreprise. La violence du froid qui règne en Danemark, la pauvreté du couvent d’Eskill, l’ignorance de la langue du pays et d’autres motifs effrayèrent tellement les trois chanoines qui étaient venus avec lui, qu’ils voulurent absolument s’en retourner. Ceux de la maison, accoutumés depuis longtemps au libertinage, s’'ameutèrent contre lui et employèrent toutes sortes d'artifices, ou plutôt de méchancetés, pour l’obliger à quitter la place. Le démon, de son côté, n’épargna rien pour le décourager. Un jour, ayant éteint la lampe du dortoir, il mit le feu à de la paille qui était dans sa chambre, afin qu’il en fût consumé. Une autre fois, il le tenta d’impureté d’une manière très-violente, lui mettant des pensées infâmes et des représentations lascives dans l'esprit. Mais son humilité, sa patience, sa douceur, sa soumission à Dieu, sa dévotion, ses prières continuelles et les austérités incroyables qu’il exerçait sur son corps, le rendirent victorieux de tous ses ennemis, et réduisirent ses religieux à vivre selon l'esprit de leur Ordre et à garder fidèlement les Règles de leur premier institut.

Il fit aussi de grands miracles pour appuyer sa doctrine et la réforme qu'il était venu établir dans ce monastère : les restes de sa table guérirent plusieurs malades, entre autres un homme affligé de dyssenterie, et une jeune fille qui avait été tenue pour morte l’espace de trois jours; et de l’eau, qu’il envoya à une personne languissante, la remit dans une parfaite santé. Il fut aussi lui-même un sujet de miracle : il lui était survenu une maladie qui faisait désespérer de sa vie; sainte Geneviève, à qui il avait une dévotion singulière, l’honora d’une visite, et, d’une seule parole, le guérit si parfaitement, qu’il se leva du lit pour en rendre grâces à Notre- Seigneur, source de tous les biens, et qui sait secourir un Saint par un Aube Saint.

Sept ans avant sa mort, un vénérable vieillard lui apparut et lui dit : « Vous vivrez encore sept jours ». Le Saint, croyant que c'était un avertissement du ciel et que sa mort était fort proche, s’y disposa le mieux qu'il put ; mais voyant qu’au bout des sept jours elle ne paraissait point, il l’attendit sept semaines, et puis sept mois, jusqu’à ce qu’il comprit enfin que ces jours signifiaient des années. Se voyant donc comme assuré de sa fin et du nombre de ses jours, il redoubla ses premières ferveurs, châtiant et maltraitant son corps avec tant de rigueur, que sa vie passée ne semblait avoir été que délices à l'égard de celle qu’il menait. En tout ce temps-là on ne le

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