‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 134 sur 339 · SAINT VINEBAUD, ABBÉ DE SAINT-LOUP, A TROYES · texte numérisé non relu

SAINT VINEBAUD, ABBÉ DE SAINT-LOUP, A TROYES

L’orphelinat actuel de Saint-Martin-ès-Aires, à Troyes, était, au temps de saint Loup, un simple oratoire, dédié à Notre-Dame, où le grand évêque de Troyes rassemblait fréquemment ses disciples pour leur parler de Dieu et les former à la piété. Après sa mort, il prit le nom de Basilique de Saint-Loup, des reliques du Saint qui y reposèrent jusqu’en 891. Mais durant cet intervalle, il s'était formé en ce lieu même une communauté qui prit le nom d’Abbaye de Saint-Loup, et fut dirigée, après Anséric, par saint Vinebaud.

Saint Vinebaud, dont la famille était d’origine romaine, vint au monde vers la fin du vie siècle.

Après avoir reçu la prêtrise, il se sentit porté aux exercices de la vie solitaire, et il ne tarda pas à suivre cet attrait, Il y avait alors à Saint-Pierre-de-Bossenay, petit village à vingt kilomètres de Nogent, un oratoire élevé, dit-on, par saint Potentien en l'honneur de l’apôtre saint Pierre. Ce lieu parut à Vinebaud propre à son dessein ; il s’y retira dans une étroite cellule, et y vécut en ermite.

Le Pontife l’accueillit avec de grandes démonstrations d'amitié et lui proposa de rester avec lui pour assister son Eglise par ses prières et ses services. Malgré son désir de retourner à sa cellule, Vinebaud ne put résister aux instances de Gallomagne ; mais il demanda et obtint de passer ses jours dans le monastère de Saint-Loup (aujourd'hui orphelinat de Saint-Martin-ès-Aires). Peu de temps après, l'an 583, l'abbé de ce monastère, Anséric, étant mort, les religieux supplièrent l’évêque Agrèce, de mettre Vinebaud à leur tête ; le peuple lui-même sollicitait pour lui cette dignité. Agrèce reconnut dans ces vœux unanimes l’ordre secret du ciel, et il bénit Vinebaud comme abbé de Saint-Loup.

Quoique notre Saint chérit la solitude qu’il regardait comme la vocation où Dieu se communique plus volontiers à ceux qui le cherchent, il ne faisait pourtant pas difficulté d'en sortir quand la charité l’exigeait. [l en donna la preuve vers l’an 644. Saint Leu, évêque de Sens, avait été exilé par le roi Glotaire, sur des rapports calomnieux, Ragnégisile, archevèque de cette église et le même qui monta sur le siége de Troyes en 631, connaissant le mérite de Vinebaud et l'influence qu'il pourrait avoir sur le roi, vint le trouver et le supplia de plaider la cause du prélat innocent, Vinebaud, touché de ses paroles et de ses larmes, se rendit à la cour du roi, qui était alors aux environs de Rouen.

Son voyage ne fut qu’une suite non interrompue de miracles.

Il parvint jusqu’au roi et lui demanda de la part de Dieu et du peuple de Sens, le rétablissement du Pontife exilé. Non-seulement son désir fut favorablement accueilli, mais il obtint encore l'élargissement d’un grand nombre de prisonniers. Il fut chargé d'annoncer à saint Leu cette excellente nouvelle, L’entrevue des deux serviteurs de Dieu fut si touchante que les assistants ne purent retenir leurs larmes. Ils prirent ensemble le chemin de la cour, et saint Leu, présenté par saint Vinebaud, parut devani le roi. La vue du prélat, pâle et amaigri, impressionna vivement Clotaire qui se jeta à genoux, lui demanda pardon, le fit diner à sa table avec le saint Abbé et le renvoya à son Eglise, après l'avoir comblé de présents.

Après une longue carrière, saint Vinebaud échangea cette vie de misères contre le séjour des bienheureux, le 6 avril de l’an 623.

Son corps fut enterré dans son abbaye de Saint-Loup (Saint-Martin-ès-Aires), d’où il fut enlevé l'an 891 avec celui du saint Evêque de Troyes, par la crainte des Normands, qui en effet rui-

1. Cette province, nommée Æadiab par les Syriens, et Æasam par les Arabes, contenait la plus grande partie de l'ancienne Assyrie, et n'était guère habitée que par des chrétiens. La foi y avait été annoncée de bonne heure ; et il paraît qu'Hélène, reine des Adiabéniens, embrassa ou du moins favorisa le christianisme dès le premier siècle de l'Eglise. Voir Baronius, ad an. 44, n. 66. Izates, fils d'Hélène et les sucres seurs de ce prince, contribuèrent beaucoup à la propagation de l'Evangile : ce qui a fait dire à Sozornène, Hist., 1. 11, c. 12, que l'Adiabène était, pour la plus grande partie, habitée par les chrétiens.

256 6 AVRIL ‘nèrent ce monastère. Quand on n'eut plus à redouter la fureur de ces barbares, les religieux b4tirent dans l’intérieur de la ville une nouvelle église sous le vocable de Saint-Loup (c’est maintenant la bibliothèque publique), avec des Chanoïnes qui, vers 1435, se firent réguliers de l'Ordre de Saint-Augustin, pour la desservir. On y déposa les reliques de saint Vinebaud et de saint Loup.

Quand les religieux transportèrent à l’abbaye de Saint-Loup le corps de saint Vinebaud, ils bätirent sur l'emplacement de la Basilique de Saint-Loup, une chapelle qu'ils dédièrent à saint Martin de Tours; ils y laissèrent un bras du saint Abbé, afin qu'il reçüt aussi les hommages des fidèles, au lieu même où il avait exercé les fonctions abbatiales. Les fureurs sacriléges de la Révolution ont tout anéanti. Il ne reste plus qu’une partie du crâne conservée à la Cathédrale et un ossement peu considérable à Saint-Aventin-sous-Verrières.

Le souvenir de saint Vinebaud était aussi vivant à Saint-Pierre de Bossenay. La solitude qu'il y avait sanctifiée devint un prieuré de religieux de Saint-Loup, qui y célébraient l'office canonial. L'église en fut brûlée plus tard et il n’en resta pas trace; alors le prieuré fut réuni à l’abbaye de Saint-Loup de Troyes. Seule une chapelle que l’on voit encore rappelle cet ancien prieuré et le nom de saint Vinebaud; elle est située près d’une fontaine dont les eaux claires et limpides passent pour guérir de la fièvre.

La fête de saint Vinebaud se célèbre le 6 avril dansles paroisses dont il est le patron : Bernon, Magnicourt, etc.

Defer, Saints de Troyes.

SAINT GENNARD, ABBÉ DE FLAY (720).

Le Vexin, qui donna le jour à saint Ansbert, archevêque de Rouen, vit aussi naître Gennard; mais ces deux nobles seigneurs n’avaient pas seulement la même patrie, ils avaient encore la sos foi, la même piété, les mêmes inclinations.

Habile dans la science de la religion et dans la connaissance des lettres profanes, Gennard fut un des hommes les plus distingués de la cour de Clotaire III. Là se forma entre lui et le chancelier Ansbert cette étroite amitié que la mort elle-même fut impuissante à rompre. Appelés l'un et l’autre à vivre loin du monde, souvent ils se communiquaient leur résolution de quitter la cour, pour la vie paisible du cloitre. Au moment marqué par la grâce, ils échangèrent le service des rois de la terre contre celui du Roi du ciel, et entrèrent ensemble à l’abbaye de Fontenelle, fondée et gouvernée par saint Wandrille. Gennard et Ansbert marchèrent d'un pas égal dans le sentier de la perfection évangélique, et bientôt saint Ouen les jugea dignes d’être élevés en même temps à la prétrise. Basée sur l'amour et la pratique des mêmes vertus, l'amitié qui les unissait croissait de jour en jour avec elles; aussi, lorsque saint Ansbert fut élu archevèque de Rouen, voulut-il que son ami l’aidàt à porter le fardeau de l'épiscopat.

Le saint Pontife trouva dans Gennard un précieux auxiliaire qui partagea sa sollicitude et ses travaux. Leurs communs et persévérants efforts tendirent à glorifier le nom de Jésus-Christ et à procurer le salnt des âmes rachetées de son sang. Le nom de Gennard, comme celui d’Anshert, est attaché à deux événements d’une grande importance pour le diocèse où ils ont eu lieu : la tenue du premier concile de Rouen, en l’année 692, et la canonisation solennelle de saint Ouen.

La constance des amitiés humaines fléchit bien souvent sous les coups de l’adversité : celle de Gennard ne connut pas de défaillance. Ayant suivi Ansbert dans sa prospérité, il le suivit dans sa disgrâce. Durant plusieurs années, il partagea son injuste exil dans le monastère de Hautmont. Jusqu'à la mort du Pontife, il resta à ses côtés, mélant aux douces consolations de la religion le baume d'une amitié qui ne s'était jamais démentie. Après avoir reçu son dernier soupir, il déposa son corps dans le cercueil en versant d'abondantes larmes, et accompagna ses vénérées dépouilles dans la translation qui en fut faite à l’abbaye de Fontenelle. En traversant le diocèse de Beauvais, ce convoi d’un Saint conduit par un autre Saint attira de toutes parts sur son passage un immense concours de fidèles. Après avoir rendu les derniers devoirs à Ansbert, le Bienheureux rentra dans sa cellule, résolu d'y passer le reste de ses jours; mais Dieu, pour l'édification et la gloire du diocèse de Beauvais, l’appela au gouvernement de l'abbaye de Flay. Depuis longtemps, les religieux de ce monastère connaissaient le savoir, l'expérience et les vertus de Gennard; persuadés que personne ne pouvait, mieux que lui, poursuivre et consolider l’œuvre de saint Germer, dont le successeur venait de mourir, ils l'élurent d'une voix unanime pour leur ahbé.

La nouvelle de cette élection affligea le cœur de Gennard; il préférait l’obéissance au commandement, et n'avait d'autre ambition que de vivre à côté du tombeau de son ami, dans les rangs des plus humbles serviteurs de Dieu. Il céda pourtant aux vives instances des religieux de Flay, comptant que la main du seigneur et le souvenir des exemples de Germer l’aideraient à remplir dignement un emploi dont il n'avait pas convoité les honneurs.

Gennard marcha constamment sur les traces du fondateur de son monastère; il imita si fidèlement ses vertus, qu'on le désignait sous le nom de second Germer. Ses veilles, ses travaux, ses jeûnes, ses mortifications, préchaient à tous la nécessité de la pénitence. Ses réprimandes, toujours aussi justes que paterrelles, touchaient les cœurs de ceux qui en étaient l’objet. Il usait d’une généreuse hospitalité envers les étrangers, et montrait une charité sans bornes pour les pauvres, dans lesquels il pensait secourir la personne même du Sauveur.

Le Bienheureux était convaincu que la prospérité des maisons religieuses dépend de leur attention à conserver l'esprit qui a présidé à leur établissement. Il ne se borna donc pas à prendre Germer pour modèle de ses actions; il voulut que toute la communauté s’inspirät de ses pensées, et vécût de sa vie. Il fit écrire l’histoire du Saint, afin que, même après sa mort, ce tendre père parlât encore à ses enfants bien-aimés. Il rehaussa son culte par les honneurs dont il environna son tombeau illustré par plusieurs miracles.

Il y avait vingt ans que la pieuse famille de saint Germer servait le Seigneur, sous la douce autorité de Gennard, lorsque Bénigne, exilé du monastère de Fontenelle, vint demander un refuge à notre Saint, qui était son ami et son parent. Gennard l’accuc'Ilit avec bonté, et bientôt, sentant ses forces s’affaiblir, il se déchargea sur lui du gouvernement de sa communauté. Dès ce jour, libre de tout soin, il ne songea plus qu’à se préparer, dans le silence et la retraite, au compte qu'il allait rendre à Dieu. Il entra dans la béatitude éternelle le 6 avril de l’an 720. Avant de mourir, il avait ordonné à ses religieux de l’inhumer dans l’abbaye de Fontenelle, à côté de saint Ansbert,

Déjà, dans la première moitié du 1xe siècle, on rendait un culte public à saint Gennard. Quelques-unes de ses reliques furent transférées, le 3 septembre 944, dans la célèbre abbaye de Blandinberg. Le monastère de Wissembourg, en Alsace, avait aussi pour le Saint une grande vénération; mais son culte tait cher surtout aux monastères de Fontenelle et de Saint-Germer qu'il avait édifiés de ses vertus. En l’année 1680, l’abbaye de Saint-Germer obtint des religieux de Fontenelle une partie des reliques de son bienheureux Abbé.

Vie des Saints de Beauvais, par M. l'abbé Sabatier. — Voir en outre la vie de saint Ansbert, au 9 février, et celle de saint Germer au 24 septembre.

Prudence, né en Espagne, passa en France pour se soustraire à la fureur des Musulmans, et changea alors son nom de Galindo en celui de Prudence. On ne sait rien de ses premières années, si ce n’est qu'il fut obligé de servir dans les gardes de nos rois, ce qui autoriserait assez l'opinion qui le dit de la même famille que Galinde, deuxième comté d'Aragon. Une lettre de lui écrite à son frère, évêque en Espagne, nous apprend qu'il essuya de cruels revers de fortune. Il passa plusieurs années à la cour des rois de France, et c’est là sans doute qu’il recut son éducation.

Son rare mérite le fit élever, en 840 ou 845, sur le siége épiscopal de Troyes. Il fut un des plus savants prélats de l’église de France, et il était consulté de toutes parts comme un oracle. Nous apprenons par son sermon sur sainte Maure, vierge, qu’il prèchait souvent, qu'il vaquait avec assiduité à toutes les fonctions de l'épiscopat, et qu’il administrait encore les sacrements de Pénitence, de l'Eucharistie et de l’Extrême-Onction.

Ce fut vers le même temps que Gotescalc, qui avait fait profession dans l’abbaye d’Orbais, au diocèse de Soissons, commença à dogmatiser sur la prédestination. Ce moine vagabond enseignait que Dieu avait prédestiné les réprouvés au péché et à l'enfer, de sorte qu'il n’était point en leur pouvoir d'éviter ni l’un ni l’autre. Nottingue, évèque de Bresse ou de Vérone, fit connaitre ses erreurs à Raban Maur, archevèque de Mayence, qui jouissait alors d’une grande réputation de vertu et de savoir. Celui-ci, après avoir examiné Gotescalc dans un concile tenu à Mayence en 848,

condamna ses blasphèmes, et l’envoya au célèbre Hinemar, archevêque de Reims 1, Hincmar ?, avec Wenilon de Sens et plusieurs autres évêques, examina de nouveau la doctrine du moine d’Orbais, dans un synode qui se tint, en 849, à Quercÿy-sur-Oise, au diocèse de Soissons. Gotescale, n'ayant point voulu se soumettre, fut condamné, dégradé de la prêtrise et emprisonné dans l’abbaye de Hautvilliers, au diocèse de Reims. Saint Prudence, que l’on consulta, crut qu'il ne fallait point le priver de la communion laïque ; mais Hinemar, voyant qu’il persistait toujours dans son opiniàtreté, l’excommunia quelque temps après 5.

Quelques personnes soupconnèrent Hincmar d’avoir donné dans l’erreur des semi-pélagiens sur la nécessité de la grâce ; et Ratramne de Corbie écrivit contre lui. Saint Prudence prit la plume pour éclaircir un point que la vivacité des disputes avait embrouillé. Il établit solidement la doctrine catholique, en montrant : 10 que l’homme est libre et que Jésus-Christ est mort pour le salut de tous les hommes ; 20 qu’on ne peut rien sans la grâce et que Jésus-Christ a offert sa mort d’une manière spéciale pour le salut des élus.

Malheureusement l'esprit de dispute entretint les préjugés. On ne s’entendait point de part ni d'autre, quoiqu'on professät la même foi. Loup #, abbé de Ferrières, en Gätinois, Amolon 5,

1. Voir le père Hardouin, t. v, Conc., p. 15, 16 ; les annales de Fulde, sous l’an 848, Op. Agobardi append. Raban Maur, étant abbé de Fulde, fit de son monastère la plus célèbre école de sciences qu'il y eût en Europe. Il fut archevêque de Mayence depuis l'an 847 jusqu’à l'an 856, époque à laquelle il mourut le 4 février. {Voir sa vie sous ce jour, t. 11.)

2. Hincmar, moine de Saint-Denis, fut élu archevêque de Reims en 845, et mourut en 882. On a de Jui, 1° un Zraité sur la prédestination et le libre arbitre, contre Gotescalc et les autres prédestinations, composé en 859. Hincmar avait fait un autre ouvrage sur la prédestinalion, qui n'est point parvenu jusqu'à nous. 2° Un Trailé de la Trinilé, contre Gotescalc. 3° Deux Trailés sur le divorce du roi Lothaire et de la reine Thietberge. Hincmar appuie ce qu'il y dit sur l'autorité de l’Ecriture, des conciles et des Pères. Il cite pourtant quelquefois des ouvrages apocryphes. 40 Plusieurs Capilulaires. 5° Trailé sur le service de la table de Salomon. 6° Discours de la personne du roi et du ministère royal. L'auteur y traite des qualités et des devoirs d'un prince par rapport à l'Etat, de sa prudence dans la distribution des grâces et des bienfaits, et de la manière dont il doit punir. Ce discours est adressé au roi Charles, ainsi qu'un autre sur les vertus et les vices. 7° Traité de la nature de l'âme, dédié au roi Charles le Chauve. 8 Znstructions pour Carioman. Elles ont pour objet d'apprendre au jeune prince la conduite qu'il doit tenir et les moyens qu’il lui faut employer pour la réformation de l'Eglise et de l'Etat. 9° Traité contre les ravisseurs. 10° Mémoire contre les clers ordonnés par Ebbon. 11° Le Livre des quarante-cing chapitres, ou Réfutation de deux mémoires envuyés par Hinemar de Laon. 12° Trailé sur l'épreuve de l’eau chaude et de l’eau froide. Hincemar tâche d'y autoriser, par l'Ecriture, l'épreuve de l’eau chaude et de l'eau froide. 13° Traité sur le droit des métropolitains. 14° Traité des translations des évêques. Les translations, qui se font par un motif d'ambition ou d'intérêt, y sont condamnées comme contraires aux lois de l'Eglise et à la tradition des Apôtres. 15° Traïté des devoirs d’un évêque. 16° Traité des prêtres criminels. 17° Règles pour le jugement de la cause de Teutfride, prêtre. Hinemar y fait l'application des règles qu'il avait données dans le traité précédent. 18° Traïlé sur le concile de Nicée, où l'on trouve plus d'imagination que de solidité. 19° Traité sur le serment. 20° Plusieurs ZLettres, qui renferment des choses importantes sur le dogme, la discipline, le droit canonique, etc. Elles sont mieux écrites que les autres ouvrages d'Hincmar, dont le style est en général lâche et diffus.

Le père Sirmond publia les œuvres d'Hinemar à Paris, én 1645, 2 vol. in-fol. Le père Cellot donna un troisième volume en 1658. Voir Cave, His{. litlér., t. 11, p. 333 Ceillier, t. x1x (éd. Vivès). M. Migne a donné une édition plus complète que les précédentes dans les tomes oxxv et cxxvi de sa Patrologie latine. x

8. Gotescalc, auteur de beaucoup de troubles et de scandales, mourut excommunié, en 870, dans la prison où il était renfermé depuis vingt et un ans. Voir Dom Ceillier, t. x11, éd. Vivès, et Pat. de Migne, t. CXXI. — « Ussérius, Jansénius et le président Mauguin ont fait l'apologie de Gotescale; mais ils ont été réfutés par le cardinal de Laurea, Op. 1, c. 7 ; par le père Alexandre, par le père Honoré de Sainteilarie et par Tournély. Le père Ziégelbaver a publié, Æist. litlér. Ord. Saint-Benoît, t. xx, p. 105, l'apologie de Gotescalc par le cardinal Noris, et l'histoire de l'hérésie de ce moine par le père du Menil, jésuite.

4. Loup, abbé de Ferrières, en Gâtinois, qui est le même que Loup Servat, comme le père Sirmond et Baluze l'ont démontré contre Mauguin, mourut en 862. On a de lui, 1° un grand nombre de Lettres dont la plupart sont écrites aux personnes les plus qualifides de l'Eglise et de l'Etat. 2° Un Traité des trois questions, c'est-à-dire de la prédestination, du libre arbitre, et de la rédemption de Jésus-Christ. L'au— teur suit la doctrine des Pères et surtout celle de saint Augustin. 3° Un Recueil de passages sur la prédestination. 4° Une Vie de saint Wigbert, &eux discours sur le même Saint, ete. Le style de Loup de Ferrières est clair, élégant et nerveux. L'édition que Baluze donna de ses œuvres à Paris, en 1664, 1 vol. in- 5’, est plus exacte que toutes celles qui l'avaient précédée. Elle reparut avec plusieurs corrections et xîditions à Leïpsik, en 1710, et non pas à Anvers, comme porte le frontispice. Voir le t. ox1x, de la Patrol. lutine.

5. Amolon succéda à Agobard sur le siége de Lyon en 840, et mourut en 852. Il fut aimé du roi Charles ie Chauve et du pape Léon IV, Il est auteur de quelques opuscules sur la grâce et la prédestination, qui s2 trouvent dans les tomes xx1x et xiv de la Bibliothèque des Pères et dans l’'appendice aux œuvres d'Ago— bard par Baiuze. On trouve aussi au même endroit sa lettre à Theutbalde, évêque de Langres. Il mandaït à ce Prélat d'ôter de l'église et d’enterrer décemnent certaines reliques dont on ne pouvait constater

archevêque de Lyon, et saint Remi 1, son successeur, écrivirent contre Raban et [linemar, malgré l'horreur qu'ils avaient pour les blasphèmes des prédestinations. Amolon même et son Eglise, qui semblent avoir excusé Gotescalc dans les commencements, parce qu’ils ne le connaissaient pas bien, rejetèrent toujours les erreurs que l’on condamnait en lui. On doit admettre en effet la nrédestination des élus comme un article de foi, mais on doit rejeter en même temps comme une hérésie monstrueuse toute grâce qui détruirait le libre arbitre. Quant à saint Remi de Lyon et à saint Prudence, jamais ils ne prirent la défense de Gotescalc.

En 853, Hincmar et plusieurs autres évèques publièrent, dans un second synode, tenu à Quercy, quatre articles, où ils établissaient que l’homme est libre et que Jésus-Christ est mort pour le salut de tous les hommes. Saint Prudence souscrivit ces quatre articles, comme nous l’apprenons de Hincmar et de l’annaliste de saint Bertin. L'église de Lyon fut alarmée de la doctrine qui y était contenue, la croyant incompatible avec la nécessité de la grâce. C’est ce qui fit que, en 855, le concile de Valence, où présidait saint Remi de Lyon, publia six canons, dans lesquels il exposait de la manière la plus précise la doctrine de la nécessité de la grâce et de la prédestination des élus. Saint Prudence obtint du pape Nicolas Ier, en 859, la confirmation de ces canons ; il fit même plus, car dans la crainte où il était qu'on n’abusât, en faveur du pélagianisme, des articles de Quercy qu'il avait lui-même approuvés, il écrivit pour réfuter le mauvais sens qu'on aurait pa leur donner et pour établir solidement la croyance de l'Eglise sur la grâce de Jésus-Christ. Celte précaution était d'autant plus nécessaire que quelques-uns, à l’occasion des disputes, renouvelaien£ les erreurs condamnées dans Pélage. :

Vers le même temps, Jean Scot, dit Erigène, fameux sophiste, publia un ouvrage sur la prédestination contre Gotescalc 2. Il y enseignait ouvertement le semi-pélagianisme et plusieurs autres erreurs. Wenilon, archevêque de Sens, en ayant extrait dix-neuf articles, les envoya à saint Prudence, qui réfuta solidement l'ouvrage de Scot 5.

Le zèle que le saint Evêque de Troyes avait toujours montré pour le maintien de la discipline et pour l'abolition des abus lui attira une vénération singulière. Ce fut ce qui le fit nommer, corjointement avec Loup de Ferrières, pour travailler à la réforme de tous les mouastères de France. Il s’acquilta de cette importante commission avec autant de vigueur que de sagesse. Il mourut le

l'authenticité. Il appyyait ce qu'il disait sur la conduite que saint Martin avait tenue en pareil cas et sur 1e décret du pape Gélase. Quant aux prétendus miracles de quelques femmes qui tombaient en convulsion et qui souffraient en présence de ces reliques, il disait qu'il fallait les rejeter et les mépriser. Les vrais miracles, ajoute-t-il, rendent souvent la santé aux malades, mais ils ne l’ôtent jamais, non plus que l'usage de la raison, ete, Bibl. Patr., t. xiv, p. 329 ; Op. Agobardi., t. 11, append., p. 135. Voir Migne Patrolog., t. cxvI.

1. Saint Remi, successeur d’'Amolon, mourut le 29 octobre 875. On dit qu'il fut, avant son épiscopat, grand-maîitre de la chapelle de l'empereur, charge qui avait du rapport à celle de grand-aumônier en France. Il assista à plusieurs conciles qui se tinrent sur les matières de la prédestination et de la grâce. On trouve son nom parmi ceux des Saints dans le supplément au martyrologe romain par Ferrari, et dans le martyrologe de France de Du Saussay ; mais il ne paraît pas qu'il ait jamais été honoré d'un culte public. Saint Remi est auteur de quelques traités sur la grâce et la prédestination. Il avait autant d'érudition que de zèle. On remarque de la force et de la netteté dans son style. Voir Mabillon, Suppl. Diplom. p. 64, et Analect. p. 426, et le père Colonia, jésuite, ist. de Lyon, t. 11, p. 139 ; Migne, t. CxXI.

2. Jean Scot, surnommé Zrigène, c'est-à-dire ZZibernois, parce qu'il était né en Irlande, qu’on nomme aussi /Zibernie et Erin, s'était introduit à la cour de Charles le Chauve. Il mourut vers l'an 872, Comme il était plutôt sophiste que théologien, il avança beaucoup d'erreurs et d'absurdités. Voir Witasse, Tr. de Euchar., t. 1€r, p. 414, et une dissertation de M. Paris, à la fin de la Perpéluilé de lu foi, art. 4. Si Cave eût vécu assez pour lire les auteurs que nous venons de citer, ou s'il eût lu Mabillon, sect. 4 et 6, Ben.; ou le père Alexandre, sect. 9 et 10, diss. 4, p. 359, t. vr, etc., il n'aurait point confondu Jean Scot Erigène, avec Jean Scot, abbé d'Ethélinge, précepteur du roi Alfred et l'un des premiers professeurs d'Oxford ; il aurait aussi parlé de ses erreurs, et de la honte avec laquelle il fut chassé de France par un ordre exprès du pape Nicolas Ier, Voir l'Æist. lillér. de la Fr. t. v, p. 36; Patrologie latine, t. CxxII.

3. Jean Scot Erigène eut, entre autres adversaires, Florus, diacre de l'église de Lyon, et chargé du soin de présider aux écoles établies dans le palais archiépiscopal. On ignore l'année de la mort de Florus. Outre ses ouvrages contre Jean Scot Erigène il composa aussi : 1° Un Trailé de l'élection des évéques ; 2 une Ærplication de la messe, et une réponse à quelques difficultés contre ce livre ; 3° des’ Commentaires sur les épîtres de saint Paul ; 4° Différents Æcrils contre Amalaire, prêtre de Metz, à l'occasion de ses explications liturgiques ; 5° les Actes du concile de Quercy, tenu vers l'an 837 ; 6° une Zeltre au concile de Thionville, contre Amalaire ; 7° une Collection de décrets, dont il ne nous reste plus qu'un fragment : 8° des Additions au martyrologe de Bède ; 9° un Discours sur la prescience, la prédestination, la grâce et le libre arbitre, contre Gotescalc, qui toutefois n’est pas nommé; 10° des Poésies, la plupart sur des sujets de piété. Le latin de Florus est assez bon pour le temps où il écrivait. Les écrits de cet auteur se trouvent dans diverses collections, Voir Cave, t. r1, p. 23 et 24 ; Ceillier, t. x1x, p. 1 et suiv.; Patrologie de Migne, t. cxIx.

6 avril 861. On trouve son nom dans les martyrologes de France 1. De l’année 1100 à l’année 4652, saint Prudence a eu un office de neuf leçons dans les livres liturgiques du diocèse de Troyes : de 1652 à 4867 les leçons ont été réduites à trois. On célèbre encore aujourd’hui sa fête le 6 avril ?. En 1648, le corps de saint Prudence se trouvait encore parmi les nombreuses autres reliques que possédait la cathédrale de Troyes.

Il est représenté, à la cathédrale de Troyes, dans un vitrail de la galerie du sanctuaire (deuxième tribune, quatrième ogive); il est sur un fond rouge ouvré, tenant une crosse d’or et un livre.

Voir Dom Ceillier, t. x11; l'Aist. littér. de la France, t.1v; les Vies de saint Prudence de Troyes et de sainte Maure, Troyes, 1725 ; Nicolas Antonio, Bibl. Hispanica vetus, 1. vi, cap. 1, an. 259 ad 279. Ce dernier ouvrage a été publié à Rome, en 1696, par les soins du cardinal d'Aguirre.

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