‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 139 sur 339 · SAINT APHRAATES, SOLITAIRE D’ANTIOCHE · texte numérisé non relu

SAINT APHRAATES, SOLITAIRE D’ANTIOCHE

Fin du rve siècle.

Celui qui n'est point avec moi est contre moi, et celui qui n’amasse point avec moi dissipe.

Luc, x1.

En ce temps-là (370 de l’Incarnation), les catholiques avaient été chassés par les Ariens des deux églises qu’ils possédaient à Antioche. Alors, ils s’assemblèrent au pied de la montagne dans des grottes où saint Paul s'était caché autrefois ; on leur disputa cet asile et ils se réunirent tantôt aux bords de l’Oronte, tantôt au champ de Mars, partout persécutés et traqués, par-

1. Voir la vie du vénérable Jean-Baptiste de la Salle, dans le volume que nous consacrons aux Véné-

rables, etc.

tout inébranlables dans leur attachement à la foi et à leurs pasteurs. L’empereur arien Valens se vengeait en Néron païen de ces nobles résistances ; il faisait noyer dans l’Oronte ceux des orthodoxes qui le gênaient.

Au nombre des hommes généreux qui bravaient le courroux du tyran et enflammaient de leur propre courage l’église opprimée d’Antioche était le grand solitaire Aphraates. Persan de naissance et d’une famille illustre, il avait embrassé le christianisme. Pour le pratiquer dans sa perfection, il était venu s'établir près d'Edesse, en Mésopotamie, dont l’église comptait alors presque autant de Saints que d’enfants. Au premier bruit des troubles d’Antioche, il se rapprocha d’elle et se bâtit aux portes de la cité une pauvre demeure où tout le monde accourait pour le voir ou le consulter. Là, dans un grec barbare, il expliquait à ses nombreux auditeurs les vérités sublimes qu’il brûlait de répandre. La sainteté de sa vie, l’ardeur de ses convictions, l’étrangeté même de sa parole donnaient du succès à son enseignement et attiraient les foules. Un morceau de pain mangé le soir au coucher du soleil était sa nourriture unique. Un jour, un noble chrétien, de ses amis, le sénateur Anthémius, qui fut depuis consul, revenant d’une légation de Perse, crut faire une chose agréable à l’anachorète en lui apportant une tunique de son pays : Aphraates la déposa sur un siége de sa cellule; mais bientôt comme si la présence de ce luxueux objet eût réveillé dans son âme un remords : « Je me trouve dans un grand embarras, sur lequel il faut que je vous consulte. Un persan m'est venu voir et me presse de le prendre à mon service, parce qu’il est de mon pays. Quoique je sois touché de cette raison, je suis néanmoins retenu par la reconnaissance que je dois aux services d’un ancien serviteur, dont je suis très-satisfait ». — « Vous avez raison », lui dit Anthémius, « je crois même que vous devez préférer un ancien domestique, dont vous êtes content, à un autre qui peut-être ne vous satisferait pas ». — « Eh bien, reprenez cela », poursuivit le vieillard, « j’ai une tunique qui me sert depuis seize ans, la vôtre est plus belle, la mienne m'est plus chère, je n’en puis avoir deux ».

L'Oronte baignait au nord le palais de l'empereur. Du côté du midi, un grand portique à deux étages, flanqué de deux tours, touchait aux murailles de la ville. Entre le palais et le fleuve, une route menait aux jardins suburbains. Du haut du portique, Valens aperçut Aphraates, vêtu d’un pauvre manteau, et se dirigeant à la hâte vers le champ de Mars : « Où vas-tu, lui cria le prince. — Je vais, répondit l’anachorète, prier avec mes frères pour la prospérité de ton empire. — Mieux vaudrait garder ta cellule, répliqua le César.…..— C’est ce que j'ai fait jusqu’à ce jour, à empereur! tant que les brebis du Christ étaient en sûreté ; mais à présent que des bêtes féroces se jettent sur elles, je dois tenter tous les moyens pour les sauver. Dis-moi, Ô empereur ! si j'étais une fille, vivant dans le gynécée et gardant la maison de son père, et que je la visse devenir tout à coup la proie des flammes, devrais-je rester renfermée et laisser l'incendie dévorer tout, ou me préci-

, piter au dehors pour crier au secours, pour apporter l’eau et m’opposer au mal de mon mieux ? Ta réponse, César, n’est pas souteuse. Eh bien! c’est toi qui as mis le feu à la maison de mon père, et je cours l’éteindre ». Valens regarda le solitaire d’un œil menaçant et se tut ; mais un des eunuques de sa chambre dit des injures au saint vieillard du haut de la galerie et le menaça de mort. Quelque temps après, cet eunuque étant allé voir si le bain de l’empereur était assez chaud, la tête lui tourna, et il se jeta dans la chaudière d’eau bouillante ; comme il était seul, il y demeura et y périt. L'empereur envoya un autre eunuque pour l’appeler, mais il revint dire

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