‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 149 sur 339 · Diocèse. de Meaux, arrondissement de Coulommiers · texte numérisé non relu

Diocèse. de Meaux, arrondissement de Coulommiers

nastère et y souffrait souvent de la faim et de la soif; le religieux picard, ému de compassion, lui réservait une partie de son pain. Une nuit, à la faveur des ténèbres, il pénétra dans son cachot, brisa ses liens, le chargea sur ses épaules et l’aida à s'enfuir. Toutefois il lui fit promettre de ne point tirer vengeance de la juste punition qu'il avait subie dans le monastère. Gautier, selon qu’il s’y attendait, fut sévèrement châtié par l’Abbé, pour cette violation de la règle.

Vers cette même époque (1069), Amaury, frère de Gautier IIT, comte d'Amiens et de Pontoise en Vexin, venait de fonder, près du château de cette dernière ville, un monastère dont les quelques religieux n’avaient point encore d'Abbé!. Entendant vanter les vertus de Gautier, ils sempressèrent de le choisir pour leur supérieur. Ce ne fut qu'après bien des refus que Gautier se décida enfin à se rendre au vœu de la communauté naissante. Après que le saint religieux eut reçu la bénédiction épiscopale, le roi Philippe I, en qualité d’avoué ou protecteur de l’abbaye, lui remit, comme marque d'investiture, la crosse abbatiale, en la tenant par le nœud ; Gautier mit la main, non pas au-dessous, mais au-dessus de celle du roi, en disant : C’est de Dieu, et non pas de votre Majesté, que je reçois le gouvernement de cette église. Bien loin de se formaliser de cette liberté, le roi et sa suite ne firent qu'admirer cette indépendance de sentiments et de langage.

L'abbé de Pontoise fit dédier son église sous le vocable de Saint-Germain, qu’elle échangea plus tard pour celui de Saint-Martin.

D'une taille élevée, d’une physionomie pleine de douceur, Gautier ne cherchait point à accentuer ces avantages par une mise soignée. Juste envers tous, sans prévention pour personne, miséricordieux pour les autres, sévère pour lui-même, humble devant les petits, ferme devant les grands, supportant d’un visage égal la joie et le chagrin, le saint Abbé était un continuel sujet d’admiration pour tous ceux qui l’approchaient, d'autant plus qu’il alliait la vivacité de l'intelligence et la sagesse des pensées à l’habileté de l’éloquence.

La considération qui l’entourait lui fit craindre les suggestions de l’amour-propre ; aussi, vers l’an 4072, après avoir bâti un oratoire à Saint- Martin, dont l’abbaye devait bientôt prendre le vocable, il s’enfuit secrètement de Pontoise pour aller se cacher à Cluny qui était alors, sous l’abbatiat de saint Hugues, la plus florissante école des vertus monastiques. Bien qu’il eût pris soin de dissimuler sa qualité et son nom, les moines de Pontoise finirent par découvrir sa retraite. Munis d’une ordonnance de Jean de Bayeux, archevêque de Rouen, ils allèrent trouver l’abbé de Cluny et ramenèrent le fugitif à leur monastère.

Vers l’an 1080, Gaultier, évêque de Meaux, confirma la donation, qui avait été faite à saint Gautier, de la terre de Maurissac ? pour y fonder un prieuré ÿ. |

A l’imitation de plusieurs autres saints Bénédictins, Gautier se retirait souvent dans une grotte voisine pour y pratiquer la vie austère des anachorètes*; mais, troublé par les visites, il résolut de s’enfuir une seconde fois,

Ce fut dans une île de la Loire, près de Tours, où se trouvait une cha-

1. La charte de fondation, datée de 1069, se trouve dans les Recherches historiques sur Pontoise, par l'abbé D. Trou, p. 26. Amaury et Gautier étaient fils de Dreux, comte d'Amiens, de Mantes, de Pontoise et de Chaumont,

2. Ou Moressart, aujourd'hui Montcerf, dans l'arrondissement de Coulommiers. 3. Gallia christ., x1, 255. — 4. Cette grotte n'a été détruite qu'au xvrre siècle,

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