SAINTE WALTRUDE OU VAUDRU, PREMIÈRE ABBESSE DE MONS
où elle en sortit, le toit du bâtiment tomba à terre. C’est pourquoi celui à qui elle avait donné la charge de cet édifice en fit faire un autre moins somptueux et plus pauvre, avec un oratoire en l’honneur de saint Pierre et de saint Paul. Lorsqu'il fut achevé, elle reçut l’habit de religion et le voile sacré des mains de saint Aubert, évêque de Cambrai, dont nous avons déjà parlé, et se retira pour y vivre seule et solitaire, et ne s’y occuper que de la contemplation des vérités éternelles,
Mais le démon, qui travaille perpétuellement à la perte des hommes, ne la laissa pas en repos. Tantôt il lui mettait devant les yeux les délices et les honneurs qu’elle avait abandonnés, et dont elle pouvait encoge jouir si elle voulait retourner dans le monde. D’autres fois, il lui représentait l’amour de son mari, l’affection de ses enfants, la douceur de la conversation de tant de personnes qu’elle avait autrefois fréquentées. D’autres fois, il lui faisait une peinture affreuse de la solitude afin de lui en donner du dégoût avec le désir de chercher compagnie hors de l’enceinte qu’elle s’était prescrite. Enfin, il lui apparut encore sous forme humaine et prit la hardiesse de la toucher de la main. Mais la Sainte sortit victorieuse et triomphante de toutes ces tentations, et par l’oraison, le jeûne, les larmes, les macérations du corps et le signe de la croix, elle défit si bien cet ennemi, qu’il se retira toujours d’elle avec honte et confusion.
Après ces victoires, Dieu la reconnaissant digne de porter la qualité de maîtresse dans la conduite spirituelle, suscita des saintes femmes et des jeunes filles qui vinrent se mettre sous sa direction. Ainsi, elle assembla en peu de temps une communauté de servantes de Dieu, avec lesquelles elle vécut dans une grande humilité, patience, douceur, charité et ferveur d'esprit. Sainte Aldegonde, sa sœur, qui, par ses bons avis, avait fait un autre établissement à Maubeuge, la visitait aussi fort souvent, pour en recevoir des instructions et lui rendre ses respects comme à sa mère ; mais comme la maison de Maubeuge était plus belle, plus riche et mieux fondée que celle de Waltrude, elle lui voulut persuader de venir avec elle, et d'abandonner ce pauvre lieu où elle devait souffrir continuellement de grandes incommodités. Ce fut néanmoins inutilement : car notre Sainte, qui avait l’amour de la pauvreté fortement imprimé dans le cœur, lui répondit que «Jésus-Christ n’ayant eu à sa naissance qu’une pauvre étable, et ayant passé toute sa vie dans une grande indigence des choses les plus nécessaires au grand soulagement du corps, il n’était pas raisonnable qu’une vile créature comme elle recherchât ses commodités ; qu’enfin elle espérait vivre aussi tranquillement dans sa petite solitude, que celles qui avaient de beaux monastères et de riches abbayes ».
En effet, toute pauvre qu’elle était, elle ne laissait pas de trouver de quoi faire beaucoup de charités aux mendiants, aux malades et aux prisonniers ; et Dieu, pour seconder son zèle, a quelquefois multiplié l’argent entre les mains de celui qu’elle chargeait de la distribution de ses aumônes. Elle fit aussi d’autres miracles : car elle délivra un pauvre homme, qui l’invoqua dans sa misère, de la puissance d’un démon dont il était extrémement maltraité, et elle le guérit ensuite d’une violente maladie qui le tourmentait. Et deux enfants, déjà moribonds, lui ayant été présentés par leurs mères, elle leur rendit la santé par ses prières, son attouchement sacré et l'impression du signe de la croix. Enfin, après une vie si sainte, Dieu lappela au ciel pour lui en donner une éternelle ; ce qui arriva le 6 avril de l’an 686. Comme sa petite communauté a été environnée d’une grande ville qui porte le nom de Mons, sainte Waltrude en est devenue
la patronne, et est honorée en cette qualité par tous ses habitants.
Le culte rendu à sainte Waltrude remonte à l’époque même de son bienheureux trépas. Il a été de tout temps célèbre, non-seulement à Mons où ses reliques sont conservées, mais encore dans tous les pays circonvoisins.
En 1349, le 7 octobre, les reliques de sainte Waltrude furent portées en procession dans les rues de Mons, pour implorer la miséricorde de Dieu contre la peste qui faisait d’affreux ravages. Une multitude d’habitants de la ville et des villages voisins accourut en cette circonstance pour rendre hommage àd’auguste patronne ; « de sorte que véritablement », dit de Boussu, dans son histoire de Mons, « c’est à son culte que cette ville est redevable qu’elle soit la capitale de la province, el que les faveurs continuelles qu’en reçoivent les habitants méritent leurs respects et leurs vénérations ». Dans le village de Castiaux, à une lieue environ de Mons, on montre encore une fontaine qui porte le nom de sainte Waltrude. De nombreuses guérisons s’y sont opérées de tout temps. Ce lieu est encore aujourd’hui en grande vénération. Les reliques de sainte Waltrude reposent toujours à Mons, dans une châsse très-riche et d’un merveilleux travail. Un reliquaire particulier renferme la tête qui a été séparée du corps. Chaque année, le lendemain dé la Sainte-Trinité, on fait une procession, dans laquelle ces dépouilles précieuses sont portées sur un char, que traînent les plus beaux chevaux des brasseurs de la ville. L'église de Sainte-Walirude, à Mons, est un des remarquables monuments religieux de la Belgique. Elle fut construite dans le quinzième siècle sur les dessins de Jean Dethuin, l’un des plus savants architectes de cette époque.
Dans les gravures et statues dont sainte Vaudru est l’objet : 1° Saint Géry lui apparaît et lui présente une coupe, symbole du sacrifice dont le Seigneur lui demandait la consommation ; 2° on la voit payant la rançon de quelques prisonniers. Cette œuvre de miséricorde, belle entre toutes, était particulièrement chère à notre Sainte; 3° portant une église en sa qualité de fondatrice ou de patronne de Mons ; 4° en groupe avec ses deux filles — encore enfants -— sainte Adeltrude et sainte Madelberte.