SAINT GAUCHER DE MEULAN, SOLITAIRE
1050-1130. — Papes : Saint Léon IX; Honoré If. — Rois de France : Henri Ier; Louis VI, le Gros.
Saint Gaucher, dont la vie a été plus de cinq siècles inconnue à la France, était de la ville de Meulan-sur-Seine. Sa naissance fut précédée de plusieurs visions qui firent juger à sa mère que l’enfant qu’elle portait dans son sein serait un jour grand serviteur de Dieu. Il fut élevé au village de Juziers, et dès qu’il eut atteint l’âge propre aux études, ses parents, qui étaient pieux. lui firent apprendre les lettres humaines. Comme il avait beaucoup d'intelligence, il y fit de grands progrès : néanmoins ces lumières ne servirent qu'à lui faire connaître plus parfaitement la laideur du vice et la beauté de la vertu. Embrasé du désir de la perfection, il chercha un guide qui püût l'y conduire par le véritable chemin ; et, ayant trouvé un saint personnage nommé Reynier, il s’attacha à lui et en apprit les premiers éléments de la piété et les maximes fondamentales de la dévotion, qui sont particulièrement de fuir la délicatesse et d’aimer la chasteté. Désirant pratiquer des lecons si salutaires, Gaucher résolut de se retirer dans quelque solitude ; mais avant d'exécuter son dessein, il le communiqua à un saint personnage nommé Humbert, chanoine de l’église cathédrale de Limoges, qui avait été maître de Reynier, et se trouvait alors en ce pays-là. Ce saint homme, qu’une longue expérience avait rendu fort éclairé dans la conduite des âmes, connaissant de suite que l'esprit de Dieu agissait sur le cœur de Gaucher, lui conseilla de suivre cet attrait de la grâce ; aussitôt notre Saint quitta son pays et se rendit, avec le même Humbert, au pays de Limoges, où il savait qu'il ne manquerait point de déserts propres à son dessein. Ainsi, à l’âge de dix-huit ans, il renonça aux biens et aux honneurs de la terre, et s’associant pour compagnon un de ses amis, nommé Germond, il suivit le pieux chanoine, jusqu’en la ville de Saint-Léonard, en Limousin.
Nos deux solitaires passent toute la nuit en prières au sépulcre de saint Léonard, et, après avoir imploré le secours de son intercession pour l’exécution de leur entreprise, ils prennent le chemin des forêts voisines. Après avoir cherché les lieux les plus sombres et les plus affreux, ils s’arrêtent dans un endroit extraordinairement solitaire, qu'on a nommé depuis Chavagnac, et y bâtissent un ermitage avec des branches d'arbre ; là, séparés de tout le commerce des hommes, ils ne s'appliquent qu’à la contemplation des choses célestes, afin de s’unir entièrement à Celui qu'ils ont choisi pour l'unique objet de leur amour. Ce lieu leur paraît si favorable au silence et à la vie qu’ils veulent mener, qu’ils prennent la résolution de s’y établir tout à fait, et même d’y bâtir une chapelle pour y faire leur prière. Mais ils n’en peuvent obtenir la permission des religieux de Saint-Augustin de Limoges, d’autres disent de Saint-Benoît, qui, probablement, possédaient alors le même monastère, ni des religieuses de Sainte-Marie de la Régale, auxquelles
appartenait cette forêt : ils se retirent donc, par une inspiration divine, dans un bois, dit anciennement du Sauveur, et maintenant appelé Aureë, distant du précédent seulement de vingt-cinq pas. Comme cet endroit dépendait des chanoines de Saint-Etienne de Limoges, le bienheureux Gaucher, qui n'avait alors que vingt-deux ans, vint trouver son maître Humbert, pour le supplier de lui en procurer la donation ; il l’obtint : le Chapitre y mit pourtant cette condition, outre plusieurs autres, que si, dans la suite, quelqu'un de leur corps voulait renoncer au monde et se retirer dans cette sainte solitude pour y servir Dieu avec plus de perfection, il y serait reçu sans nulle contradiction.
Notre Saint, ravi du succès de sa démarche, s’en retourna aussitôt en sa forêt : par le secours des aumônes de plusieurs habitants voisins, il bâtit une très-belle église à l'honneur de saint Jean l’Evangéliste, et quelques cellules alentour pour y recevoir les personnes qui voudraient se consacrer à Jésus-Christ dans une vie solitaire. L’odeur de ses vertus y en attira un grand nombre qui se mirent sous sa conduite. On remarque, entre autres, le cé- 1èbre saint Etienne, fondateur de l’Ordre de Grandmont ; Gaucher lui donna l’ermitage de Muret, où ce saint Ordre a pris naissance : saint Lambert, depuis fondateur de l’abbaye de la Couronne, auprès d'Angoulême, et évêque de la même ville, et saint Faucher. Ils ont tous recu les premières impressions de la vertu et la science du mépris du monde, sous la discipline de notre bienheureux Solitaire. D’abord, il ne s’était proposé que de faire un monastère de religieux ; mais voyant que beaucoup de personnes de l’autre sexe demandaient aussi avec instances un lieu de retraite pour y servir Dieu avec plus de sainteté, il leur fit bâtir une maison distante d’un jet de pierre de la précédente. Il donna aux uns et aux autres la Règle des chanoines réguliers de Saint-Augustin, établis au Concile de Latran, sous le pape Alexandre IT, l’an 1063.
La vie que le bienheureux Gaucher mena dans ce désert n’est connue que de Dieu. Nous savons seulement qu’il la passa dans la pratique continuelle des jeûnes, des veilles, des prières et des mortifications jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans, et qu’il fut favorisé du don de prophétie et de la grâce des miracles. Enfin, comme il revenait un jour de Limoges, où quelque affaire importante de son monastère l'avait obligé d’aller, il fut surpris par le sommeil, et son cheval venant à faire un faux pas dans un endroit qui a été appelé depuis le Pas de Saint-Gaucher, le fit tomber par terre. Le Saint donna de la tête contre une pierre et se blessa dangereusement. Il fut porté demni-mort à Frétiac, qui était le plus proche village, et, de là, en sa solitude d’Aureil, où, quelque temps après, il rendit son âme à Dieu, le 9 avril 4130. Son corps fut inhumé solennellement dans l’église de son monastère par Gérard, évêque de Limoges, élu en 1137; il fut levé de terre par l’évêque Saibrand, à la suite du décret de sa canonisation fait par Célestin IL, en l’an 1194.
Entre les miracles de saint Gaucher, on dit qu’il a ressuscité un de ses religieux, écrasé par la chute d’un arbre ; qu’il a préservé du péril des nautoniers qui l’ont invoqué durant la tempête ; qu’il a sauvé des personnes qui devaient être brisées sous des roues de moulin; qu’il en a délivré d’autres d’un incendie ; en un mot, que des boiteux, des paralytiques, des épileptiques et une foule d’autres sortes de malades ont été guéris par ses mérites et par son intercession.
L'église d'Aureil, au diocèse de Limoges, a le bonheur de posséder encore les chefs des saints Gaucher et Faucher qui sont en grande vénération dans
le pays ‘. Entre Juziers où le Saint passa son enfance et Gargenville où il allait à l'école, une fontaine porte encore le nom de saint Gaucher : on y vient des environs, surtout le mardi de Pâques : l’eau de cette fontaine passe pour guérir les fièvres intermittentes ?.
La mémoire de ce saint Confesseur a toujours été très-célèbre, non-seulement dans le Limousin, mais encore à Meulan, son pays natal, où il y a des chapelles et des licux de dévotion consacrés à son honneur; les actes de sa vie nous ont été cachés jusqu'à ce que François de Blois, conseiller du roi et lieutenant général au comté et baillage du même Meulan, l’eut donnée au public dans le xvire siècle. C'est de là et de ce qu'en rapporte, dans le premier tome d'avril, le docte continuateur de Bollandus, que nous avons tiré le présent abrégé. Du Saussai en fait aussi une très-honorable mention dans son martyrologe des Saints de France,
SAINT MARCEL, ÉVÊQUE DE DIE (vr siècle).
Saint Pétrone et saint Marcel naquirent à Avignon d’une famille illustre par sa noblesse. Ils furent de bonne heure destinés l’un et l’autre à l’état ecclésiastique et s’y disposèrent par la pratique de toutes les vertus.
Pétrone, qui était l'ainé, fut élevé au sacerdoce vers le milieu du vre siècle, et son éminente piété le fit bientôt juger digne des honneurs de l’épiscopat. Il fut donc élu par le peuple et le clergé de Die, et il gouverna cette église durant quelques années avec tant de sagesse que sa mémoire y est restée en bénédiction jusqu’à nos jours.
Saint Marcel était encore jeune lorsque son frère saint Pétrone 3 fut élevé sur le siége de Die ; il l'accompagna dans cette ville et profita si bien de ses lecons et de ses exemples, qu’il devint, en peu de temps, un ecclésiastique accompli. Il reçut le diaconat des mains de son bienheureux frère ; et, en attendant que son âge lui permit d’être élevé au sacerdoce, il se perfectionna dans la pratique des vertus et s’excita surtout à la ferveur par la méditation continuelle de la parole de Dieu ; « se remplissant ainsi de la vérité », dit l’auteur de sa légende, « pour la répandre sur les autres comme‘une pluie féconde dans le temps que Dieu avait destiné pour l'appeler à l'épiscopat ».
Marcel n’était diacre que depuis quelques jours lorsque saint Pétrone mourut. Les fidèles et le clergé de Die, convaincus de sa sainteté, résolurent aussitôt de l’élire à la place de son frère. Il ÿ avait seulement dans la ville un petit nombre de personnes qui demandaient un autre prélat.
Leur choix était tombé sur un intrigant qui souhaitait la dignité épiscopale avec autant d’ardeur que Mareel en témoignait pour l’éviter ; car, dès que notre Saint eut appris qu’on voulait le faire évèque, il s'enfuit précipitamment et alla se cacher dans une montagne voisine. Il y fut découvert après douze jours d’actives et incessantes recherches ; le peuple se saisit de lui, et le ramena dans la ville, pendant que quelques factieux se réunissaient sur les bords de la Drôme, pour l'enlever à son passage.
Le Saint devait, en effet, traverser cette rivière pour revenir à Die, et aurait pu facilement tomber entre leurs mains, mais l’escorte nombreuse qui l’accompagnait intimida ses ennemis. Ils osèrent cependant l'injurier > quelques-uns eurent même l'audace de le poursuivre à coups de pierre. Le Saint endura cet affront avec une patience angélique, et se contenta de prier pour eux, jusqu’à ce qu'il entra dans la ville, où son retour excita de véritables transports d’allégresse.
On croit assez communément que les factieux, qui s’opposaient à son élection, étaient soudoyés par Gondioc, roi de Bourgogne, lequel, étant arien, voulait faire élire pour évêque de Die, un prêtre arien comme lui; mais que saint Mamert, archevêque de Vienne, accourut promptement sur les lieux, ordonna saint Marcel et prévint ainsi les funestes effets d’une ambition soutenue par la puissance de ce prince.
Quoi qu'il en soit, « il parait que Dieu ne permit la division des habitants de Die que pour les réunir tous plus gloricusement par un miracle », car, pendant la cérémonie de la consécration de saint Marcel, une colombe apparut tout à coup dans l’église, et, voltigeant autour de la tête du