SAINT IERMÉNIGILDE, ROI, MARTYR
La fête de Pâques arriva quelque temps après, et ce malheureux père lui envoya un évêque arien pour le communier de sa main, lui mandant, dit saint Grégoire, pape, que c'était là l’unique moyen de rentrer dans son amitié et de se réconcilier avec lui. Herménigilde reprocha à cet évêque son hérésie, et lui protesta que, tout courbé sous la pesanteur de ses chaînes, il avait l’esprit assez libre pour confesser avec constance la vraie foi. L’évêque alla rapporter cette réponse à Leuvigilde, qui, transporté de colère, envoya les ministres de sa cruauté dans la prison, pour immoler son fils au ressentiment de sa rage et de sa passion. Ce Prince, apprenant l'arrêt que son père venait de prononcer contre lui, en remercia Dieu en ces termes :
« Mon Dieu, mon Seigneur, je vous rends des grâces immortelles de ce . que, m’ayant donné, par le moyen de mon père, une vie caduque et misérable, et qui m'était commune avec les moucherons et les fourmis, vous me rendez par ses arrêts une vie noble, heureuse et éternelle ». D’après quelques auteurs, il pria qu’on lui fit venir un prêtre catholique pour le confesser et le disposer à la mort. On lui répondit que le roi l'avait trèsexpressément défendu; mais que, s’il voulait un évêque arien, il aurait celui qu’il voudrait : « Non », répondit le Saint, « car j’ai détesté et je déteste encore l’arianisme ; puisque mon père me refuse une grâce que l’on a coutume d’octroyer aux criminels, je mourrai sans autre témoignage que celui de ma conscience ».
Il se mit à genoux une seconde fois, et fit sa confession à Dieu, pria pour son père, sa belle-mère et ses ennemis; prononça encore à la mort le nom de sa chère Indegonde, avouant qu’il lui avait des obligations infinies; et, après avoir recommandé son âme à Dieu, et invoqué la Très-Sainte Vierge et son bon Ange, il eut la tête tranchée d’un coup de hache, le 13 avril, lan 586, 587 ou 588.
Cest ainsi que ce Prince reçut la couronne du martyre ; pour un sceptre mortel que la rigueur de son père lui fit perdre dans le monde, il s’acquit une gloire immortelle. Sa gloire éclata par des prodiges extraordinaires ; au récit du grand pape saint Grégoire, l’on entendit, dans le silence de la nuit, le chant d’une psalmodie céleste autour du corps de ce roi martyr. Plusieurs, ajoute ce même Pape, assurent que l’on vit aussi paraître, au milieu des ténèbres, des flambeaux allumés, pour faire savoir aux fidèles qu'ils lui devaient rendre les honneurs dus aux Martyrs. La plus grande de toutes les merveilles que l’on pouvait souhaiter, était la conversion de ce père dénaturé, qui avait ainsi fait perdre la vie à son fils; et en effet, voyant les miracles qui se faisaient autour de son corps ét ailleurs, pour . prouver la vérité de la foi catholique, il reconnut son crime et eut horreur de la cruauté qu’il avait exercée contre son propre sang ; mais il n’eut pas assez de courage pour faire une abjuration publique de l’arianisme, et mourut dans l’hérésie. Saint Grégoire dit seulement qu’étant au lit de la mort, il recommanda à saint Léandre, qu’il avait depuis peu rappelé d’exil, de faire, pour son second fils Récarède, ce qu'il avait fait pour Herménigilde ; et Récarède, assisté de l'esprit de Dieu et de l’intercession de son frère saint Herménigilde, abjura lhérésie et rétablit la foi catholique par tout son royaume d’Espagne, et fut un très-bon roi, comme nous l’avons vu ci-devant en la vie du même saint Léandre, archevêque de Séville,
Pour ce qui est de la princesse Indegonde, l’histoire dit que, recevant les nouvelles de la mort de son bienheureux mari, avec la dernière lettre qu'il lui écrivit de sa prison, elle ne voulut plus vivre ; car voyant que ie
martyre lui avait ravi son cher époux, et qu'une maladie lui enlevait encore son fils Herménigilde, le seul gage qui lui restait de son amour, elle pria Notre-Seigneur qu'il la retirât elle-même de ce monde, pour aller jouir au ciel de la compagnie de celui qu’elle n’avait pas eu la liberté de posséder sur terre. Elle fut exaucée ; et, peu de jours après, toute consumée d'amour et de travaux, elle mourut en Afrique.
On a représenté saint Herménigilde sous les traits d’un beau et grand jeune homme. Une longue ee comparable à celle des Nazaréens, tombe sur ses épaules. L’auréole des Saints couronne sa noble et fière tête. Le manteau royal est agrafé sur sa poitrine et retombe en plis onduleux jusqu’à terre. De la main droite il tient la palme des Martyrs, et de la main gauche il montre tracé sur son cœur le monogramme de Jésus-Christ Dieu, l’Alpha et l'Oméga (a +a). Cet attribut du chrisme désigne spécialement ceux qui ont combattu l’arianisme. Enfin, à ses pieds est la hache meurtrière et la couronne terrestre qu’il va échanger contre une couronne immortelle.
Le martyrologe romain et trois autres font mémoire de saint Herménigilde; le pape Sixte V permit de faire son office, comme d’un Martyr, dans toutes les églises d'Espagne. Urbain VIII à ordonné qu'on le fit semi-double par toute l'Eglise, avec des leçons, des hymnes et une oraison propres, qu'il a fait ajouter au Bréviaire. — Acta Sanctorum.
LA BIENHEUREUSE IDE, COMTESSE DE BOULOGNE 1040-1113. — Papes: Benoit IX ; Pascal II. — Rois de France : Henri [er ; Louis VI, Ze Gros.
Si les œuvres extérieures sont nécessaires à l’édification, n'oublions pas que la sainteté consiste beaucoup plus dans les dispositions intérieures.
Comment. sur le Ps. xLiv, 14.
Elle descendait de Charlemagne, de Louis le Débonnaire, de Lothaire I°* et de Louis II, tous quatre empereurs d'Occident, par Ermengarde, fille du dernier. Son père s’appelait Godefroi, et fut surnomméïle Grand et le Hardi, pour la grandeur de son courage. Il était duc de l’une et l’autre Lorraine. D’autres disent duc de Brabant et comte des Ardennes et de Bouillon, ce qui revient au même. Sa mère se nommait Dode, et était, comme Godefroi, du sang de Charlemagne. Ide reçut, par leurs soins, une éducation toute sainte : elle méprisa de bonne heure ce que le monde estime, et mit toute son affection à bien servir Dieu et à se rendre agréable à Jésus-Christ.
Alâgede dix-septans, elle épousa, parlavolontédeses parents, Eustachell, comte de Boulogne-sur-Mer et de Lens, en Artois, qui descendait de Charlemagne, par Charles le Chauve. Elle en eut trois fils, qui ne l’ont pas rendue moins glorieuse que la noblesse de ses parents et de son mari: Le premier fut Eustache III, qui hérita du comté de Boulogne. Le second fut Godefroi de Bouillon, si renommé dans l’histoire des Croisades, qui eut le bonheur de conquérir la Terre-Sainte sur les Sarrasins, et fut roi de Jérusalem. Le troisième fut Baudoin, qui succéda à Godefroi au royaume de Jérusalem. Ide eut aussi plusieurs filles, dont une épousa l’empereur Henri I.
Ide voulut élever elle-même tous ses enfants, afin de leur inspirer, avec le lait, la haine du vice et l'amour de la vertu; elle eut un soin mer-