DE L'ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE
4190-1248. — Papes : Clément IT; Innocent IV. — Rois de Léon : Alphonse IX; Ferdinand HI, de Castille.
I1 est bon, Seigneur, que vous m’ayez humilié.
Pierre Gonzalez naquit en la ville d’Astorga, en Espagne, l’an 4190, de parents également riches et nobles. Il fut élevé par les soins de son oncle maternel, évêque du lieu, qui, s’appliquant moins à l’enrichir de vertus que d’honneurs, le fit, encore jeune, chanoine de sa cathédrale et bientôt doyen du chapitre. Considérant cette dignité, selon la vanité de la jeunesse et l’esprit du monde, Gonzalez voulut en prendre possession avec la pompe la plus éclatante. Il choisit le jour de Noël, et traversa la ville sur un cheval, superbement paré. Il ne jouit pas longtemps de cette parade. Le cheval, faisant un faux pas, jeta le cavalier dans la boue. La foule, qui l’applaudissait tout à l'heure, accueillit cette chute par des huées. Le premier sentiment de Gonzalez est la honte, puis, revenant à lui, et Dieu touchant déjà son cœur, il s’écrie dans un reste de colère : « Puisque le monde se moque de moi, je me moquerai de lui à mon tour ». En effet, l'esprit divin Péclairant de plus en plus sur la vanité des honneurs et des plaisirs de la terre, il entra chez les dominicains de Palencia. Il donna bientôt des marques que sa conversion était véritable : car il travailla à sa perfection avec une telle ferveur, qu'il fit de grands progrès dans la vertu dès l’année même de son noviciat. Après sa profession, il étudia en théologie, pour se rendre capable de servir le prochain, selon la fin de son Institut ; et il s’y rendit si habile, que ses supérieurs l’appliquèrent bientôt à la prédication et aux confessions. Il remplit ces deux ministères avec beaucoup de zèle et gagna un grand nombre d’âmes à Jésus-Christ. Il quittait tout, l’étude, le repos, le boire, le manger, lorsqu'il se présentait une occasion de travailler au salut de son prochain. Partout où il allait, il exhortait à la pénitence, et représentait avec une telle vivacité les délices d’une conscience en état de grâce, le malheur de ceux qui sont en péché mortel, et l’avantage qu’il y a de retourner à Dieu, qu'il enlevait les cœurs des plus endurcis. Il ne sortait guère des lieux où il avait logé, qu'il n’eût porté tous ceux de la maison à se confesser. Enfin, ses entretiens étaient si pleins d’onction, qu’on ne pouvait pas l’entendre sans prendre en même temps de fortes résolutions de mener une meilleure vie. Il ne faut pas s’en étonner, puisqu'il confirmait tout ce qu’il disait par les exemples de ses vertus. En effet, il avait un extrême mépris pour toutes les choses de la terre; son humilité était trèsprofonde, sa modestie admirable, sa pureté angélique, son zèle désintéressé ; en un mot, il était un parfait imitateur du grand saint Dominique, dont il avait pris la vie pour modèle de la sienne.
Le bruit d’une si éminente sainteté s'étant répandu par toute l'Espagne, le roi Ferdinand III voulut avoir le bienheureux Pierre auprès de sa per-