‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 217 sur 339 · Appelé communément saint Elme ou Telme · texte numérisé non relu

Appelé communément saint Elme ou Telme

sonne, pour se servir de ses prières auprès de Dieu, et de ses conseils dans le dessein d’exterminer de son royaume les Maures qui en occupaient alors la meilleure partie. Notre Saint profita de la confiance du prince pour réformer la cour et l’armée. Ses exemples y contribuèrent plus que ses discours. Car il vivait dans le bruit ou la magnificence avec la même régularité, la même austérité que dans le cloître. Sa vertu fut soumise à une terrible épreuve et brilla par un grand prodige. Quelques seigneurs licencieux, pour se venger des corrections dont il les poursuivait sans cesse, cherchaient le moyen de décrier sa vertu et même de l’entraîner dans le vice. Une courtisane effrontée s’engagea à le séduire, moyennant une grande somme d’argent qu'ils lui promirent. Elle aborde Gonzalez, demande à le consulter en secret sur une chose de la plus grande importance. Lorsque tout le monde est sorti, elle se met à genoux, laisse couler des larmes feintes et commence, comme une pénitente, l’aveu de ses fautes. Mais dès qu’elle croit le moment favorable, jetant le masque, elle emploie tous les artifices dont elle est capable, et que le démon peut suggérer, pour le séduire. Gonzalez, sans expliquer son intention, lui dit qu’il va se préparer à la mieux recevoir dans une chambre voisine. Il s’y retire, allume un grand feuetse jette, enveloppé de son manteau, dans les flammes qui le respectent. Il appelle alors la courtisane, qui, à la vue de ce prodige, se convertit, ainsi que ceux qui l’avaient poussée à cette action : et tous, depuis, menèrent une vie chrétienne, et furent pleins de vénération pour le Saint.

Gonzalez accompagna le roi Ferdinand dans toutes ses expéditions contre les Maures, et eut une grande part à ses victoires, par ses prières, ses conseils et surtout par la réforme des mœurs parmi les soldats et leurs chefs. La prise de Cordoue (1236) fut pour lui une occasion de déployer son zèle. Il modéra l'élan des vainqueurs, sauva l’innocence des vierges de l’insolence des soldats, et fit épargner le sang ennemi. Il purifia les mosquées et les convertit en églises. La grande mosquée de Cordoue, la plus fameuse de l'Espagne, fut changée en cathédrale. On y trouva les cloches et les ornements que les Maures y avaient fait apporter de Compostelle, deux cents ans auparavant, sur les épaules des chrétiens. Ferdinand obligea les vaincus à les reporter à Compostelle de la même manière.

I quitta la cour dès qu'il y crut sa présence moins nécessaire, malgré les prières et tous les moyens qu’on employa pour le retenir. Il lui tardait d’évangéliser les pauvres, les habitants des campagnes. Les montagnes les plus escarpées, les lieux les plus inaccessibles, l'ignorance et la grossièreté des populations, aucun obstacle ne l’arrêtait. La prière soutenait, entretenait l'esprit apostolique dont il était animé. Ce fut surtout dans les diocèses de Tuy et de Compostelle que ses prédications produisirent des fruits merveilleux. Dieu l’honora du don des miracles et lui communiqua surtout la grâce de faire comprendre et goûter aux pauvres les vérités du salut. On le respectait partout comme un ange : on le suivait quelquefois cinq ou six lieues pour jouir longtemps de sa parole. Il avait une prédilection pour les matelots : il allait les chercher sur leurs vaisseaux pour les gagner à Dieu et ne cessa de les instruire qu’en cessant de vivre. On lui doit encore, parmi beaucoup d’autres bienfaits, un pont qu’il construisit sur le Minho, à Ribadavia, en un endroit dangereux où il périssait beaucoup de monde. On raconte à ce propos que se trouvant plusieurs fois embarrassé pour nourrir les nombreux ouvriers qu'il avait réunis, il appelait sur la rive les poissons du fleuve. Ceux-ci obéissant à l’homme de Dieu venaient d'eux-mêmes s’offrir à la mort,

SAINTS MAXIME ET OLYMPIAS, MARTYRS. Al

Préchant dans un monastère de l'Ordre de Saint-Benoît, il eut révélation que l'heure de sa mort était proche ; c’est pourquoi, après s'être recommandé aux prières de ces religieux, il se retira à Tuy pour y passer le reste du Carême ; il prêcha tous les jours dans l’église cathédrale avec une ferveur extraordinaire, et ce furent là ses derniers travaux : car, étant tombé malade la semaine sainte, il mourut paisiblement en Notre-Seigneur le jour de sa résurrection, l’an 14240 selon les uns, 14248 selon d’autres. Il laissa en mourant, à son hôte, sa ceinture ; quelques-uns disent aussi son manteau ; et ces reliques servirent depuis à faire plusieurs miracles. L’évêque de Tuy, qui lui portait une singulière affection, le fit enterrer solennellement dans sa cathédrale, et demanda par son testament à être enterré auprès de lui.

Douze ans après sa mort, on fit une information qui contient cent quatre-vingts miracles que Dieu avait opérés en faveur des lépreux, des démoniaques, des aveugles, des sourds, des muets et d’autres malades, par le ministère de notre Saint ; elle fut envoyée par l’évêque de Tuy, successeur de celui dont nous avons parlé, au Chapitre général de l’Ordre de Saint-Dominique, qui se célébrait à Toulouse, afin qu'il traitât de sa canonisation. Mais, bien que le Saint se soit montré favorable à ceux qui l’ont invoqué en leurs nécessités, les mariniers ont néanmoins ressenti plus particulièrement la vertu de son assistance dans les périls des plus fortes tempêtes ; il leur est apparu visiblement, en habit de son Ordre, pour les délivrer. Dans les ports et dans les villages maritimes d’Espagne, on célèbre sa fête avec beaucoup de solennité, le lundi d’après le dimanche de Quasimodo, et son image est en grande vénération à Lisbonne et en Biscaye, sous le nom de saint Elmet.

Le pape Innocent IV béatifia Pierre Gonzalez, l’an 4254, et accorda aux dominicains d'Espagne d’en faire l'office. Benoît XIV approuva son office pour tout l'Ordre de Saint-Dominique.

En sa qualité de patron de la marine, on a représenté saint Elme, marchant sur les eaux et tenant une flamme sur la main. Cette flamme désigne le feu de saint Elme. Chacun sait que les matelots appellent ainsi une lumière électrique qui se montre au sommet des mâts ou à l’extrémité des vergues lorsque la mer est bonne et le ciel propice. Le feu saint Elme est donc de bon augure. Quelquefois on met cette flamme sur le front du Saint.

Abrégé des Acta Sanctorum.

Page 1