‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 224 sur 339 · Pape : Saint Vitalien · texte numérisé non relu

Pape : Saint Vitalien

Dicu créa en ce temps deux grands soleils pour illuminer les plages occidentales des rayons de cette vérité fulgurante qui jaillit du Siége aposto= lique : Isidore de Séville et Fructucux.

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Saint Fructueux, l’une des principales lumières de l'Eglise en Espagne, au vur siècle, était du sang royal des Visigoths et fils d’un général d’armée. ‘Etant encore jeune, il accompagna un jour son père dans ses terres, sur les frontières de la Galice. Pendant que le général examinaiït ses domaines et ses troupeaux, son fils considérait la solitude des bois, des prairies, des montagnes, et pensait à y vivre en ermite ou à y fonder des monastères. Après la mort de ses parents, il reçut la tonsure des mains de Conantius, évêque de Palencia, qui le forma à la piété. Il donna une partie de ses biens aux églises, aux pauvres, à ses esclaves, qu’il mit en liberté, et employa le reste à fonder des monastères. Le plus célèbre, bâti sur les montagnes voisines de Vierzo, prit le nom de Compludo, parce qu'il était dédié à saint Justin et à saint Pasteur, martyrs de Compludo (aujourd’hui Alcala de Henarez), dans la Castille. Le Saint s’y fit religieux et le gouverna en qualité d’abbé, jusqu’à ce qu’il eût mis tout en bon état. Il se donna ensuite un successeur et se retira dans la solitude, où il mena une vie très-austère, vêtu de peaux de bêtes, occupé sans cesse à la prière et à la contemplation, marchant pieds nus sur les rochers et à travers les ronces, couchant sur la terre où il se trouvait, et vivant de ce qu’il rencontrait dans cet affreux désert. à

Un jour qu’il priait à l’écart dans une forêt, un laboureur venant à passer le prit pour un esclave fugitif, l’interrogea, et peu satisfait de ses réponses, le maltraita et le ramena la corde au cou jusqu’à un endroit où il fut reconnu. Une autre fois, à cause de la peau de chèvre qui le recouvrait, il fut pris pour une bête fauve. Un chasseur le voyant accroupi sur le sommet d’un rocher, l’ajustait déjà avec son arc, lorsqu'il comprit que c'était un homme qui priait, puisqu'il éleyait les mains vers le ciel.

On le découvrit enfin, des disciples s’assemblèrent autour de lui : alors il bâtit pour eux, dans le fond des montagnes, le monastère de Rufane, et se pratiqua, contre la chapelle, une petite cellule pour s’y reposer de ses fatigues. Cependant les moines de Compludo, ayant appris où il était, vinrent l’arracher, par une pieuse violence, et le ramenèrent dans leur cloître. Il n’y resta pourtant pas longtemps. Il en sortit pour fonder d’autres monastères. Des familles entières, et des plus illustres, demandaient à y entrer; le nombre de ceux qui renonçaient au siècle fut si considérable, que le gouverneur de la province s’en plaignit au roi, craignant qu’il ne restât personne pour porter les armes, cultiver les terres, exercer les arts et le commerce. Les femmes imitaient les hommes.

Pendant que Fructueux était dans un de ses monastères, il reçut, du désert voisin, une lettre par laquelle une jeune fille le priait d’avoir pitié

d’elle, comme d’une brebis errante, et de la diriger dans ‘es voies du salut. Elle se nommait Bénédicte, était de race noble, et venait d’être fiancée à un grand seigneur de la cour. Mais, brûlant de se consacrer à Dieu seul, elle s’enfuit à l’insu de ses parents, erra longtemps dans le désert, et arriva enfin à quelque distance du monastère dont nous avons parlé. N’osant y entrer, elle écrivit ses désirs, ses prières, et fit parvenir cette lettre à Fructueux. Le Saint y accourut sans délai, lui fit bâtir une petite cellule dans ce désert, l’instruisit des obligations d’une épouse de Jésus-Christ, et pourvut à sa subsistance. L'exemple de cette noble vierge en toucha beaucoup d’autres, qui s’assemblèrent autour d’elle au nombre de quatre-vingts. Alors le saint Abbé leur bâtit un monastère dans une autre solitude.

Le seigneur goth essaya en vain de ravoir sa fiancée : il força la supérieure du nouveau monastère de lui présenter celle qui l'avait fui ; elle vint, mais refusa de le regarder et lui resta muet en sa présence. Il en appela au juge royal ; mais celui-ci lui dit : « Laïssez-la servir le Seigneur et cherchez une autre femme ». Nous ne pouvons reproduire tous les traits merveilleux de la vie du Patriarche monastique de la Lusitanie. Disons seulement que ses austérités et ses voyages sans fin ne l’empêchaient pas de cultiver les lettres, de les faire étudier par ses moines et de se livrer luimême à la poésie, car on a conservé des vers de lui. On voit du reste dans les règlements qu’il a composés pour ses diverses maisons, que celles-ci avaient de grands troupeaux de brebis pour fournir de quoi soulager les pauvres, racheter les captifs et exercer l’hospitalité. Un moine était spécialement chargé du soin des pâtres.

Il ne faut pas s'étonner que Fructueux eût un tel ascendant sur les hommes, puisque son doux visage touchait les animaux mêmes. Un jour qu’il traversait une forêt, un chevreuil, poursuivi par des chasseurs, vint se réfugier sous son manteau. Le Saint prit l’animal sous sa protection et le conduisit au monastère. L’animal, reconnaissant, ne quittait plus son libérateur ; il le suivait pendant le jour, dormait la nuit à ses pieds, et ne cessait de bêler quand il s’absentait. Il fit plus d’une fois reconduire la bête dans les bois, mais toujours elle savait retrouver la trace des pas de son libérateur. Un jour enfin elle fut tuée par un jeune homme qui n’aimait pas les moines. Fructueux était allé faire un voyage de quelques jours ; au retour, il s'étonna de ne pas voir son chevreuil accourir au-devant de lui, et quand il apprit sa mort, la douleur le saisit, ses genoux fléchirent, il se prosterna sur le pavé de l’église. On ne dit pas si ce fut pour demander à Dieu de punir le cruel ; mais celui-ci tomba bientôt malade et fit demander à l'Abbé de venir à son aide : Fructueux se vengea en noble visigoth et en chrétien : il alla guérir le meurtrier de son chevreuil et lui rendit la santé de l’âme avec celle du corps. On aime à voir ces gracieuses et innocentes tendresses en ces temps si rudes et dans ces âmes fortes, nées pour entrafner les peuples sur leurs pas t.

On raconte encore que voulant se dérober aux hommages du peuple, il se réfugia au fond des bois; mais des geais qu’il avait élevés dans son monastère allèrent à sa recherche et trahirent sa retraite par le joyeux babil dont ils le saluèrent.

Fructueux ne pouvait plus trouver de déserts en Espagne ; il en avait peuplé ur grand nombre, il y avait de tous côtés de ses disciples, et il était connu partout. Comment vivre dans l'obscurité, selon son désir ? Il est obligé de passer en Orient, sous prétexte de visiter les saints Lieux, Il se

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