‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 226 sur 339 · DROGON OU DRUON, RECLUS, PATRON DES BERGERS · texte numérisé non relu

DROGON OU DRUON, RECLUS, PATRON DES BERGERS

1118-1189, — Papes : Gélase IT; Clément IL. — Rois de France : Lows VI, Ze Gros; Philippe I, Auguste.

Ce Bienheureux naquit au village d’Epinoy, aujourd’hui Carvin-Epinoy, en Artois, au commencement du xn° siècle. [1 perdit son père un peu avant,

sa naissance, et fut cause, en naissant, de la mort de sa mère ; il avait reçu de ses parents une haute noblesse et des biens très-considérables. Il ne fut baptisé qu'après avoir été instruit des principes de la religion. Il fut vivement touché quand on lui raconta sa naissance; se regardant comme le meurtrier de sa mère, il tomba dans un chagrin qui le dégoûta entièrement du monde, dès l’âge de dix ans. Il passait les jours et les nuits en pleurs, se privait de tout plaisir, distribuait aux pauvres ce qu’il pouvait tirer de ses tuteurs, jeûnait fréquemment, macérait son corps par diverses autres austérités, priait sans cesse, lisait, ou entendait la parole de Dieu. Ayant été un jour extraordinairement frappé des paroles de l'Evangile par lesquelles Jésus-Christ exhorte ceux qui l’aiment et qui le servent, à tout quitter pour le suivre, il résolut de pratiquer ce précepte à la lettre.

Il abandonne donc ses proches et son pays, renonce à tous ses biens, et, revêtu d’un habit fort simple, par-dessus son cilice, il s’en va, comme Abraham, où Dieu l’appellera. Après divers pèlerinages, conduit par l’esprit de Dieu, il s'arrête dans la bourgade de Sebourg, en Hainaut, à deux lieues de Valenciennes, et environ à treize lieues d’'Epinoy, sa patrie, et se loue en qualité de berger à une dame pieuse nommée Elisabeth Haire. Cet état lui était très-agréable. Serviteur, il pouvait pratiquer facilement l'humilité, l’obéissance, la mortification ; solitaire, il vivait dans l’oraison et le recueillement, et les beautés de la nature l’invitaient et l’aidaient à louer Dieu. Il ne lui manquait, dans les champs, qu’une chose, la sainte Eucharistie. Mais il obtint qu’un ange veillerait sur son troupeau pendant qu’il assisterait de temps en temps au saint sacrifice de la messe. Cest une tradition du pays, qui est même passée en proverbe, car on dit souvent quand il se présente deux occupations également pressantes : « Je ne puis pas être comme saint Druon, en deux lieux en même temps ». Sa maîtresse était très-contente de ce bon serviteur, et ses vertus le faisaient aimer dans le village de Sebourg. Les habitants le pressèrent de se charger aussi de leurs troupeaux.

Il accepta cet emploi et s’en acquitta à la grande satisfaction de tout le monde et à l’avantage des pauvres, auxquels il distribuait tout le fruit de ses services.

Après avoir ainsi passé six ans dans l’humble condition de berger, Druon, aspirant à une vie plus pénitente, quitta Sebourg, malgré les sollicitations de sa maîtresse et de presque tous les habitants, puis il entreprit de longs pèlerinages de dévotion, pour mortifier son corps par la faim et la soif, par le chaud et le froid, par les fatigues et les périls des chemins. Il fit neuf fois le voyage de Rome, et visita beaucoup d’autres sanctuaires. Il venait, par intervalle, à Sebourg, retrouver son ancienne maîtresse, qui le recevait comme un fils. Quand ses infirmités ne lui permirent plus de vivre en pèlerin, il résolut de vivre en solitaire. Il se fit donc bâtir une petite cellule contre l'église, et s’y enferma pour n’en plus sortir le reste de ses jours. Comme il pouvait entendre de là les divins offices, il y assistait avec une dévotion angélique. Son manger n’était qu'un peu de pain d’orge, son boire, de l’eau pure. Si on lui donnait quelque chose, il le distribuait aux pauvres, content de la seule possession de Dieu.

Le feu ayant pris à l’église, et ensuite à sa cabane, il demeura au milieu des flammes sans en recevoir la moindre atteinte ; Dieu renouvelant en sa faveur la merveille des trois enfants dans la fournaise de Babylone. Le Saint reclus rendit son âme à Dieu le 16 avril 1189, environ la soixante et onzième année de son âge, s'étant retiré de la maison paternelle âgé de seize

Page 1