‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 227 sur 339 · SAINT DROGON OU DRUON, RECLUS, PATRON DES BERGERS · texte numérisé non relu

SAINT DROGON OU DRUON, RECLUS, PATRON DES BERGERS

ans, ayant gardé les troupeaux six ans, passé neuf ans dans ses pèlerinages, et quarante dans sa cellule.

Les parents de saint Druon ayant appris sa mort, demandèrent son corps aux habitants de Sebourg ; mais il leur fut impossible de le transporter hors du pays; quand le chariot, sur lequel on l'avait mis fut sur les limites du territoire de Sebourg, il devint immobile et le corps si pesant, qu’ils furent obligés de le reporter à l’église et de l’inhumer dans le sépulcre qu’on lui avait préparé. Ce tombeau (que l’on voit encore aujourd’hui), fut bâti au milieu de la grande nef : on plaça dessus les saints fonts de baptême.

Quant à l’endroit où le char s’arrêta, c’est une petite hauteur que l’on nomme encore aujourd'hui, en mémoire de ce miracle, le Mont-Joie-Saint- Druon.

Au commencement du xm° siècle, on fut obligé, par la crainte des profanations, de transporter les reliques de saint Druon à Binche ; mais comme elles n’y firent point de miracles, pendant l’espace de neuf ans, on les rapporta à Sebourg, le 14 juin 4227. Le concours des peuples fut immense à cette translation; de sorte que les blés, qui étaient déjà grands, furent foulés aux pieds ; on croyait les moissons perdues, mais le lendemain on les vit redressées et magnifiques. En mémoire de cette translation et de ce miracle, aujourd’hui encore, le dimanche de la Trinité, on porte solennellement en procession les reliques du Saint. On peut voir au second tome d'avril, dans les Bollandistes, combien de guérisons miraculeuses, surtout pour les ruptures, les descentes intérieures, la cruelle maladie de la pierre, la surdi-mutité, ont été obtenues par l’intercession de saint Druon. Il avait souffert lui-même d’une hernie très-grave qui l’obligea précisément de renoncer à ses pèlerinages.

On montre encore aujourd’hui à Epinoy, à une distance d’environ cinquante mètres du presbytère, dans les champs, le puits de saint Druon. Ce puits est l’objet d’une telle vénération qu’on n’y puise de l’eau qu’une fois par an le jour de la fête et de la procession du Saint. L'église qui lui est dédiée à Epinoy se trouve bâtie sur l'emplacement même de sa maison paternelle.

À Sebourg, les souvenirs du pieux reclus se sont aussi précieusement conservés. Outre une Fontaine de Saint-Druon vers laquelle, d’après une ancienne tradition, le saint berger menait chaque jour son troupeau ; outre le chemin qui porte le nom de Chemin de Saint-Druon, on voit encore une croix en pierre, environnée de quelques arbres, à l'extrémité de cette paroisse. Elle se trouve à l’endroit où les parents de saint Druon, venus d’Epinoy, comme on l’a dit, pour emporter son corps, le déposèrent et le rendirent aux habitants de Sebourg. De plus, dans l’église du village on voit son tombeau en pierre et en bois, au-dessus duquel est placée la châsse qui renferme ses reliques. Enfin, dans un enfoncement de cette église, on découvre la Cabane de Saint-Druon, qui rappelle la petite cellule dans laquelle le reclus vécut pendant quarante-deux ans. Elle renferme une espèce de lit en pierre, sur lequel est couchée une statue aussi en pierre représentant le Saint. Les vitres en sont rouges, et rappellent l'incendie qui la consuma tout entière sans causer le moindre mal à l’homme de Dieu. C’est là que les pèlerins viennent en foule rendre leurs hommages au saint berger, le prier d’éloigner de leurs familles et de leurs troupeaux les fléaux et les maladies. Leur nombre est surtout considérable le jour de sa fête et le dimanche de la sainte Trinité. Parmi ces pèlerins qui arrivent des pays les plus éloignés, on peut toujours distinguer la députation des habitants d'Epinoy, qui ne

manquent jamais de venir chaque année, la veille même de la fête, honorer et invoquer leur saint compatriote. Sauvés des profanations de 1793, ses précieux restes reposent au-dessus du tombeau dont nous avons parlé. L'église du Mont-Saint-Quentin possède une dent du Saint.

Nous nous sommes servi, pour compléter le Père Giry, dont nous avons refait le récit, entre autres

livres, d'un abrégé de la vie de saint Druon, par M, Sauvet, curé de Sebourg, et des Saints d'Arras, de M. l'abbé Destombes,

1148-1183. — Papes : Benoît XIV ; Clément XIII; Clément XIV ; Pie VI. Rois de France : Louis XV; Louis XVI.

Le monde ému s'agenouilla devant le PAUVRE DE JÉSUS-OHRIST.

Daras, Les Saints du xvrrre siècle.

Dans le xvmi° siècle, un petit village de la province d’Artois, nommé Amettes, et dépendant de l’évêché de Boulogne, avait conservé toute la simplicité des mœurs antiques et toute la pureté de notre sainte religion. Dieu y jeta les yeux, comme autrefois sur la plus petite des villes de Juda, et là, däns une famille qui était en possession de fournir une grande partie de ses membres au recrutement du clergé diocésain, il choisit un rameau recommandable entre tous par une probité séculaire, pour en faire sortir un émule du patriarche d’Assise, un nouvel imitateur de celui qui, possédant tous les trésors de la divinité, s’est fait pauvre pour nous ; un homme, enfin, qui portât volontairement l'amour et la pratique de la sainte pauvreté aussi loin qu'il est possible de l’imaginer. Les chefs de cette branche, Jean-Baptiste Labre, et Anne-Barbe Grandsire, sa femme, obtinrent, pour leur mariage, la bénédiction que Dieu accordait aux anciens patriarches, auxquels ils ressemblaient par la fidélité aux coutumes de leurs ancêtres. Ils eurent quinze enfants, qu’ils élevèrent sans trop de gêne, car ils avaient une aisance suffisante à leurs goûts modérés. Benoît-Joseph, l’aîné de cette belle lignée, naquit le 26 mars 1748. Enfant vraiment béni, et qui en reçut le nom peut-être par une disposition secrète de la Providence : le Créateur l’avait doué d’un esprit vif et pénétrant, d’un jugement sain et solide, d’une mémoire facile et sûre. Son cœur était tendre, sa volonté forte, son âme n’abandonnaït jamais la vérité une fois connue. Il annonça, dès ses premières années, des inclinations prononcées pour le bien, des goûts simples et innocents, une grande ingénuité, signe ordinairement précurseur de la droiture des sentiments. Son caractère vif fut bientôt tempéré par sa raison naissante et par une grande soumission à ses parents. Ceux-ci lui transmirent, comme le plus beau des patrimoines, les sentiments de piété qu’ils avaient hérités de leurs ancêtres. Ils lui inspirèrent de bonne heure la crainte de Dieu, qui est la vraie sagesse ; une profonde estime pour sa qualité de chrétien, ainsi

‘qu’une tendre dévotion à la très-sainte Vierge et à son Epoux, que la confiance du pays ne sépare point l’un de l’autre : Jésus, Marie, Joseph, furent les premiers mots que sa langue apprit à prononcer. Tout petit encore, il donnait une attention sérieuse aux sages propos, aimait à prier et àenten-

dre parler des vérités de la religion. Il mettait une grâce charmante à dessiner son signe de croix et à bégayer les formules que lui dictait sa mère. « Dès sa plus tendre enfance, déposa-t-elle, ainsi que son mari, je l'ai vu se plaire aux pratiques religieuses et imiter tout ce qui se faisait à l’église, où je pouvais le conduire et le garder autant que je voulais ». La grâce, l’exemple et les enseignements de sa famille gravèrent d’une manière ineffable, dans ce cœur déjà maître de ses passions, Les grandes maximes de la religion, sur l’obligation de servir Dieu, de suivre Jésus-Christ en se renonçant soi-même, sur la nécessité de mortifier ses sens et de faire pénitence pour vivre d’une vie surnaturelle. On vit poindre dès lors dans cet enfant de quatre ans, un attrait particulier pour la mortification, une sorte d’insouciance pour les aises et les commodités, et une indifférence bien supérieure à son âge, pour la nourriture et le vêtement. À cinq ans, la prière faite en commun par toute la famille ne lui suffisait pas ; il se retirait quelquefois à part pour réciter celles qu'il savait. Déjà il faisait ses délices de se préparer à servir la sainte messe ; quelque chosé qu’on lui demandât qui eût rapport à Dieu, il n’y trouvait aucune difficulté et s’y portait avec le plus grand empressement. La Providence mit alors sur son chemin, comme un second ange gardien pour guider ses premiers pas dans le chemin de la science et de la piété, qui convenait à son âge, Jacques-Joseph Vincent, l’aîné de ses oncles maternels, qui, déjà sous-diacre, se préparait au sacerdoce par la régularité des plus austères religieux. Epris des aptitudes qu’il remarquait dans son neveu, il se mit à le cultiver avec affection; il passait une partie de ses journées à l’insiruire et à le dresser aux exercices de dévotion. Il le conduisait et le retenait à l’église pendant de longues heures qui auraient rebuté tout autre ; il l'employait à la balayer et à l’orner selon ses forces ; il lui apprenait, en forme de récréation, le cérémonial du service de la messe. Lorsque son oncle fut rentré au séminaire, le jeune Benoît alla aux écoles, où il se montra avare de son temps, plein de confiance en ses maïtres ; ennemi de la dissipation, si ordinaire à cet âge, il aimait la société des personnes sages et réfléchies, et son plus grand plaisir était de les écouter. Il se retirait souvent à l’écart pour lire des livres de piété.

Mais ce qui démontre le mieux le travail de la grâce divine dans cette âme pure, c’est son ardeur croissante pour les mortifications, à mesure qu’il grandissait ; il s’'étudiait déjà à mortifier son corps par des gènes et des privations. Alors, renouvelant les exemples de saint Casimir et de saint Jean de la Croix, il plaçait quelquefois une planchette sur son oreiller pour reposer sa tête moins mollement. Sa modestie était telle que, quand il conversait avec des personnes de l’autre sexe, jamais il ne levait les yeux sur elles, de manière à les distinguer l’une de l’autre. Ce fut surtout vers sa septième ou huitième année que son goût se prononça pour les exercices de la religion et pour une prière plus fréquente. De lui-même il se rendait à l’église quand il le pouvait, soit le matin, soit dans la journée. Dès qu'il fut assez instruit, ses délices furent de servir la messe, et il Le faisait avec tant de modestie et de convenance, que les assistants en étaient émerveillés. C'était un gracieux spectacle de le voir au pied de l’autel, tenir ses petites mains jointes dévotement devant sa poitrine, les yeux baissés, la tête immobile, en un mot, dans l’attitude d’un ange ! Toute sa distraction était de bien accomplir le cérémonial. Tous ceux qui furent témoins de la piété qui rayonnait sur son visage et sur toute sa personne, s’en souvenaient encore vingt-cinq ans après, comme si c'eût été une chose toute récente, et n’en parlaient qu'avec admiration : vers cette époque, il plut à Dieu d’appeler à lui une sœur de Benoît, née depuis

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peu de mois : il la contempla presque une heure durant, et disait tout haut : « Chère petite, que ton sort est digne d’envie ! que ne puis-je être aussi heureux que toi! » On raconte encore dans le pays que, se promenant un jour dans le cimetière du village, il entendit des jeunes gens tenir quelques propos libres, et qu’aussitôt il se retira à l'écart et se mit à genoux devant une croix, priant le bon Dieu pour ceux qui venaient de l’offenser. Enfin, on peut lui appliquer l’éloge que saint Bernard a fait du jeune Malachie : « Qu’enfant par les années, il avait les mœurs d’un vieillard ».

Lorsque Benoît fut dans sa treizième année, ses parents confièrent son éducation à son oncle et parrain François-Joseph Labre, curé d’Erin. Ce fut chez ce saint prêtre qu’il s’unit pour la première fois à son Sauveur. Il n'avait rien négligé pour préparer un logis propre et bien orné à cet hôte divin : et quand il l’eut reçu, rien ici-bas ne pourrait donner une idée des délices dont il fut inondé. Il reçut le même jour l'esprit de vérité dans la Confirmation ; dès lors il fut tout transformé, il devint une nouvelle créature animée de la vie même de Jésus-Christ. Maintenant qu'il a goûté la saveur de la manne céleste, il semble qu’il a perdu tout autre goût, même pour les aliments les plus indispensables à la nourriture du corps. Il commence dès lors à se priver fréquemment et en secret d’une partie des mets qui lui sont donnés, et il les distribue, sans qu’on s’en aperçoive, par une fenêtre, à un pauvre auquel il assigne ce rendez-vous. Il aurait foulé aux pieds les fruits les plus exquis dans le jardin de son oncle, plutôt que de toucher à ceux mêmes qui étaient le plus capables de le tenter ; il se serait fait scrupule d’en ramasser un seul, fussent-ils tombés de l’arbre eux-mêmes. Un autre effet de la communion fut l’augmentation de son recueillement habituel : il n’éprouvait plus de plaisir à rien qu’à converser avec Dieu, seul à seul, et il choisissait pour cela les lieux les plus retirés. De là vint sa prédilection pour un cabinet écarté dans le presbytère, où l’on était sûr de le trouver, lorsque le devoir ne l'appelait pas ailleurs ; si on ne l’y trouvait pas, il fallait aller à l’église, où on le voyait en adoration devant le Très-Saint Sacrement. Il aurait passé les journées entières et presque les nuits dans ce céleste entretien de son âme avec son Sauveur, démontrant, par son exemple, qu'il ne s’y trouve ni amertume ni ennui*. S'il ne communiait que tous les mois, c’est que son âme, avide de ce pain céleste, était retenue par les scrupules d’une conscience timorée à l’excès. On aperçut aussi en lui un redoublement de zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut du prochain. Quand il était témoin de quelque offense grave à la majesté divine, sa douleur allait jusqu’à la consternation. Il saisissait toutes les occasions d’enseigner la doctrine chrétienne, ou de donner quelque instruction pieuse aux enfants au-dessous de son âge. Il s’instruisait lui-même dans la langue latine, non-seulement par obéissance, mais encore parce que c’était la langue de PEcriture sainte et des offices de l'Eglise. Tout le temps qu’il pouvait économiser, il le consacrait à des lectures pieuses : la bibliothèque de son oncle suffisait à peine à son activité. Cest ainsi qu'il employait les congés qui lui étaient accordés, ou bien il les consacrait à quelques bonnes œuvres, comme de visiter de pauvres malades, ou des ecclésiastiques pieux des environs, avec lesquels il pût conférer de religion.

Un jour de fête patronale, son oncle ne le voyant pas avec les jeunes gens de son âge, avec lesquels il l’avait envoyé, dit à ceux qui l’entouraient : « Je gage que mon neveu est allé dans quelque coin pour lire ou pour prier ». M. Dupuich, directeur du pieux jeune homme, eut la curiosité de s’assurer

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