‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 229 sur 339 · SAINT THURIBE, ÉVÊQUE DU MANS. AA · texte numérisé non relu

SAINT THURIBE, ÉVÊQUE DU MANS. AA

Mgr Parisis, évêque d'Arras, rapporta de Rome, cette même année, une partie du chef du Bienheureux, qu’il plaça dans sa cathédrale. Des fêtes splendides furent célébrées les 15, 16 et 17 juillet, à l’occasion de la béatification et de la réception de cette relique insigne.

On conserve quelques-unes de ses reliques au Sacré-Cœur et aux Ursulines d'Amiens, ainsi qu’à l’église de Le Forêt, où une translation solennelle eut lieu le 45 mai 1864. On montre à Lihons, au diocèse d'Amiens, la maison où il reçut l'hospitalité, quand il y alla visiter les reliques du prieuré. Entre Monchy-l’Agache et Douvieux, une croix porte le nom de Benoît Labre, parce que, selon la tradition, ce saint personnage y resta longtemps en oraison, alors qu’il faisait un pèlerinage à Notre-Dame de Liesse et à Péglise Saint-Quentin.

Tiré de sa vie, écrite par le R. P. Desnoyers, missionnaire de la Compagnie du Précieux-Sang.

SAINT THURIBE, ÉVÊQUE DU MANS (n° siècle).

Thuribe, romain de naissance, issu d’une noble famille, fut donné par saint Clément pour compagnon à saint Julien, premier évêque du Mans. Ayant longtemps aidé celui-ci à propager la foi chrétienne, il mérita ainsi de lui succéder dans la dignité épiscopale. Il s’étudia par la parole et par l'exemple à affermir dans la foi son peuple récemment converti. Jaloux des progrès journaliers de cette Eglise naissante, l'ennemi de la vraie religion suscita contre elle une persécution trèsgrave. Thuribe eut souvent besoin d'employer la puissance des miracles pour vaincre les obstacles qui s’opposaient à ses efforts.

Une femme riche et noble, affligée d’une longue maladie, languissait das la douleur avec toute sa famille. Confiante dans les mérites du Saint, elle lui demanda avec instance des eulogies bénites par lui-même. Thuribe, cédant enfin à ses prières, lui envoya ce qu’elle demandait, et cette personne fut guérie avec toute sa maison.

Une grande dame, nommée Savina, avait embrassé, à la persuasion de Thuribe, la religion chrétienne. Son mari, nommé Caïanus, homme puissant et riche, était très-attaché au culte des fausses divinités. Sa haine contre le saint Evêque fut des plus violentes ; il espéra l’effrayer et le porter à quitter le pays par les menaces et les mauvais traitements dont il l’accabla ; mais rien ne put ébranler la constance de Thuribe. Dans sa rage contre le christianisme, Caïanus renferma Savina dans une sorte de prison domestique, voulant la priver de l’assistance aux assemblées des chrétiens, ei de toute communication avec les frères. Cette violence ne resta pas longtemps impunie ; Dieu employa ses chätiments pour amener à la vérité le persécuteur lui-même. Il fut subitement frappé de mutisme et d’aveuglement. Ce coup imprévu ne lui laissa d'autre ressource que de recourir à Savina. Comme elle connaissait la puissance miraculeuse de Thuribe, elle engagea son mari à s'adresser à l’homme de Dieu, lui proposa d'aller en personne implorer sa pitié, et en obtint facilement la permission. Alors elle courut se jeter aux pieds du Saint, et sa demande fut bientôt exaucée. Thuribe se mit en prière, et reçut du ciel ce qu’il demandait, la guérison du corps de Caïanus et celle de son âme. Celui-ci, touché par la grâce, vint lui-même faire l'aveu de ses erreurs passées, et solliciter la faveur d’être admis au nombre des disciples de l'Evangile.

La reconnaissance de Caïanus le porta à donner à Dieu les grands biens qu'il en avait reçus. D'abord, il pria Thuribe de consacrer dans sa maison un oratoire pour servir aux assemblées des chrétiens et aux fonctions du culte.

Après avoir doté cette Eglise, Caïanus en fit encore bâtir une autre en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul, On dit qu'il se forma également auprès de ce nouveau sanctuaire une communauté de clercs, mais celle-ci de même que la première ne subsista pas longtemps : elles disparurent toutes les deux, soit par la violence des persécutions excitées dans tout l'empire par les édits des Césars, soit par les ravages plus terribles encore des barbares qui ne tardèrent pas à désoler notre malheureux pays. Lorsque saint Calais vint s'établir en ces lieux au commencement du vie siècle, il n’y trouva qu'une profonde solitude et quelques ruines, auxquelles la tradition du pays donnait encore le nom de Casa-Caïani.

Aïlant un jour dans le pays des Arviens, pour y travailler à la conversion des idolâtres, il

s'arrêta au village d’Aciacus (Assé-le-Bérenger). Les habitants avaient déjà entendu parler du pouvoir qu’il avait d'opérer des miracles ; ils s’adressèrent à lui avec confiance, le conjurant de les secourir dans le besoin d’eau, qui faisait souffrir tous les habitants de ce bourg. Thuribe se mit en prière, et l'on vit jaillir aussitôt une fontaine qui n’a point cessé, depuis ce temps, de porter le nom de fontaine Saint-Thuribe, et de verser une eau si abondante, qu’elle est l’une des sources les plus fécondes de la rivière d'Erve. Autrefois de nombreux pèlerins, affectés du mal d'yeux, venaient se laver à la fontaine de Saint-Thuribe, pour obtenir leur guérison, et cette dévotion n’a point entièrement cessé 1.

Suivant une tradition, saint Thuribe, voyant l'époque de sa mort approcher, se retira en un lieu situé à une demi-journée de marche du Mans, sur les bords de la Sarthe, au lieu où l’on voit aujourd'hui le bourg de Saint-Marceau, comme son maître et prédécesseur saint Julien. Ce fut là qu’il attendit son heure suprême et qu'il s’endormit dans le Seigneur, après de nombreuses fatigues, le 16 avril avant les calendes de mai. On voyait naguère encore, sur les bords de la Sarthe, de l’autre côté du bourg de Saint-Marceau, vis-à-vis la chapelle de Saint-Julien, au milieu d’un gracieux paysage, une chapelle dédiée à saint Thuribe et destinée à consacrer la mémoire du lieu où il mourut. On ne trouve plus aujourd’hui, à la même place, que des ruines et les fragments d’une statue du saint Evêque. Cependant une fontaine, qui porte le nom de Saint-Thuribe, coule toujours près de là, dans le fond du vallon. Ce lieu, très-fréquenté par la piété des fidèles, avant nos troubles religieux, a vu le nombre de ses pèlerins diminuer beaucoup de notre temps.

Suivant une tradition plus autorisée que celle que nous venons de rapporter, et qui, du reste, peut très-bien se concilier avec elle, saint Thuribe eut la gloire de soufirir le martyre 2. Voici comment on raconte cet événement. Le saint Evèque préchait à JuXacus (Juillé), au pays des Cénomans, village habité par une population romaine 8 ; tandis qu'il s’efforçait d’arracher les idolâtres à leurs erreurs, une violente répulsion s’éleva contre sa doctrine et contre sa personne; les païens, irrités, s’ameutèrent en grand nombre, ils l’accablèrent de mauvais traitements et menacèrent même ses jours ; il se vit obligé de s'enfuir. Ces infidèles le poursuivirent à coups de pierres, il fut même atteint de quelques-unes et grièvement blessé. Cependant il ne mourut pas immédiatement des blessures qu’il avait reçues, il put encore se retirer et mourir en paix. L'Eglise a souvent décerné les honneurs dus aux Martyrs, à des Saints morts ainsi des suites des souffrances qu’ils avaient endurées pour le nom de Jésus-Christ, quoiqu’ils n’eussent pas expiré dans les tourments mêmes. C’est ainsi que l'Eglise romaine honore comme martyr saint Marcel, pape, mort par suite des mauvais traitements qu'il essuya sous Maxence. Il y a quelque apparence que l’église du Mans célébrait aussi autrefois saint Thuribe comme martyr; toujours est-il que les Gestes des Evéques du Mans lui attribuent cet honneur, et que les deux anciennes vies de ce Saint parlent continuellement des persécutions qu’il eut à supporter #.

Quoi qu’il en soit du martyre de saint Thuribe et de sa retraite au village de Saint-Marceau, il est constant qu'il fut enterré au cimetière des chrétiens, dans la basilique des saints Apôtres et près de saint Julien.

On lui donne cinq ans, six mois et seize jours d’épiscopat.

L'église du Mans a été gouvernée par deux saints Evêques du nom de Thuribe. Le premier, dont on vient de lire la vie, vivait à la fin du 1er siècle, le second de 490 à 497. Les historiens ont souvent confondu les actions de ces deux saints Prélats. En 835, saint Aldric, évêque du Mans, consacra un autel dans l’église cathédrale sous le vocable de saint Julien, de saint Thuribe et autres saints Evèques du Mans.

En 831, il transporta les reliques de saint Thuribe, de l’église des Saints-Apôtres, c’est-à-dire de l’église abbatiale du Pré, en l’église cathédrale. Ces reliques ont été détruites en grande partie durant la Révolution; ce qu’il en reste se trouve confondu avec d’autres saintes reliques dans une châsse de la cathédrale du Mans.

Propre du Mans et D. Piolin.

1. Le chapitre de la cathédrale du Mans envoyait tous les ans à Assé-le-Bérenger, le jour de la fête de saint Thuribe, un chanoine pour faire l'office et recueillir les offrandes.

2. C'est la version autorisée par les Gestes des Evéques du Mans, et qui est par conséquent antérieure au 1xe siècle.

3. On y trouve encore des poteries et des briques romaines. — Desportes, Description du diocèse du Mans.

4. Nous ne parlons point d'une autre tradition qui veut que saint Thuribe ait eu la tôte tranchée, parce qu’elle nous paraît moins ancienne et moins sûre.

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SAINTE ENGRACE!, VIERGE,

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