‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 233 sur 339 · SAINT VAISE · texte numérisé non relu

SAINT VAISE

avaient cru ce terme suffisamment compris dans ceux-ci : Qué ex Patre procedit ; — « Qui procède du Père », parce que le Père et le Fils n'ayant qu’une même volonté et un même amour, il est impossible que le Saint-Esprit procède du Père, comme terme de son amour, sans qu'il procède également du Fils. La cause de cette addition fut sans doute que, dans ce grand nombre d'hérésies dont l'Espagne était remplie, il y en avait quelqu’une qui attaquait cette divine procession.

Saint Thuribe, ayant été accusé d'un crime énorme par un diacre envieux, qui ne pouvait souffrir qu’on l’eût élevé, à son préjudice, sur la chaire épiscopale, prit des charbons ardents en ses mains, et, les ayant mis sur son rocher, il les porta devant le peuple par toute l’église sans en recevoir aucun dommage. Enfin, le saint Evêque, après avoir fait beaucoup de miracles et s’être rendu célèbre par ses vertus, alla recevoir dans le ciel la récompense qu’il avait si dignement méritée. Ce fut le 16 avril de l’année 460, selon l'opinion la plus probable.

Nous trouvons, dans l'Histoire ecclésiastique, d'autres actions considérables de saint Thuribe ; mais, comme on en distingue trois de ce nom, et qu'on confond aisément l’un avec l’autre, nous n'avons rapporté ici que ce qui convient plus certainement à saint Thuribe, évèque d’Astorga.

Tamayus-Salazar, Wartyrologe des Saints d'Espagne.

nome mnic ir mln O IE R SAINT VAISE, DE SAINTES, MARTYR (499).

Au ve Siècle, les Visigoths dictaient des lois au beau pays de Saintonge. Alarie, leur roi, ayant conquis l'Espagne, étendit non-seulement son pouvoir sur la Péninsule ibérique, mais encore sur une grande partie des provinces de l'Est et du Midi de la Gaule. Sous ce sceptre de fer vivait saint Vaise, issu d’une famille patricienne de Saintonge. Ses parents, qu’il perdit de bonne heure, lui laissèrent des biens considérables, situés près de Saintes, sur les riants coteaux qui forment, au nord de cette ville, la rive droite de la Charente. Un jour, aux pieds des autels qu'il fréquentait souvent, le pieux jeune homme entendit cette voix d'en haut: « N’aimez point le monde ni les choses du monde, parce que celui qui en fait l’objet de sa dilection ne possède point la charité divine ». Dès lors, suivant pas à pas les lois austères de l'Evangile, il distribuait aux pauvres la majeure partie de ses biens, et soulageait les esclaves et les captifs. Quelques-uns de ses proches, qui déjà se considéraient comme ses héritiers, lui firent à cet égard des représentations auxquelles le Saint répondit comme il le devait faire. « Je ne vous conteste point », leur dit-il, « le droit de disposer à votre gré de ce qui vous appartient, pourquoi n’userai-je pas moi-même d’une semblable liberté, surtout envers le roi des cieux ? » Cette réponse exaspéra les parents avides de saint Vaise. L'un d'eux, nommé Proculus, ayant appelé son fils Namantius, lui représenta que, par ses folles libéralités, Vaise le privait d’un héritage sur lequel il avait des droits. Alors, sous l'inspiration de la cupidité la plus désordonnée, le jeune homme s’arma d’un bâton et chassa brutalement le héros de la charité chrétienne de la maison de campagne qu’il habitait. Celui-ci eut, dans cette pénible extrémité, recours à Alaric, qui donna l’ordre de rétablir le Saint dans son patrimoine. « Je jure par mon Dieu », dit le barbare, « que si Proculus ne te remet tous tes biens, je tirerai dans ma colère une terrible vengeance des outrages qui te sont faits ». Ce prince, quoique rangé parmi les conquérants que l’histoire nomme les fléaux de Dieu, eut pourtant des notions de justice et de droit, Il rendit plusieurs décrets qu’il classa dans un recueil en partie extrait, il est vrai, des Lois théos dosiennes, et qui porte le nom de Code Alaric.

Vaise, rentré à Saintes, communiqua à Proculus les ordres du roi. « Il demeure avéré », dit ce dernier, « que tu t’efforces d'attirer sur ma tête la colère d’Alaric; je saurai bien t’empêcher d’en agir ainsi dans la suite ». Alors il ordonna à ses subordonnés de charger de chaines le serviteur de Dieu, de le suspendre à un poteau et de l’accabler de mauvais traitements. On lui appliqua sur les côtés des torches enflammées ; mais l’homme de Dieu endura ces persécutions avec une grande patience et une sainte résignation. « Que penser », dit Proculus à son fils, «d’un homme sur qui les tourments font une si faible impression ? » — « J’estime », répondit l’hypocrite Namantius, « qu’il convient de lui pardonner ses torts et de lui rendre tous ses biens ». Ils feignirent de le mettre en liberté et arrêtèrent de venir ensemble le lendemain comme pour le rétablir dans la jouissance de son patrimoine ; mais en réalité pour le faire mourir. Lorsque, le lendemain, saint Vaise les vit venir, il pénétra de suite leurs noirs desseins. Se mettant à genoux, il leva les yeux au ciel et dit

246 16 AvRIL.

à Namantius : « Viens me procurer l'héritage que je dois posséder à jamais dans le royaume céleste ». À ces mots, l’indigne persécuteur tira son glaive, dont il trancha la tête du Saint ; c'était le 15 mai, vers l’an 490. Puis il commanda à ses suppôts de porter le corps du jeune marlyr dang un lieu retiré et de le dérober ainsi à la vue des hommes. Maïs par une permission divine, il se fit qu'après avoir péniblement porté le saint corps depuis la neuvième heure du jour jusqu’au lendemain matin, les gens de Proculus se retrouvèrent au lieu même où ils avaient pris le corps du martyr. Namantius, instruit du prodige, s’avisa de faire jeter dans les flammes les restes de saint Vaise, en insultant à sa mémoire par une invocation impie. Dans l'excès de sa folle joie et au milieu de ses rires indécents, le malheureux homicide fut atteint d’une poignante douleur d’entrailles, et expira au milieu ‘d’affreuses tortures, répandant de toutes parts une exécrable puanteur. Un pieux chrétien de la contrée, nommé Francus, enveloppa dans un suaire les os du martyr et les déposa dans un tombeau qu'il fit édifier sur les rives de la Charente, et non loin de la voie romaine de Saintes à Nantes Les nombreux miracles qui s’opérèrent dès lors à ce tombeau décidèrent saint Pallais, évèque de Saintes, à bâtir en 589 une chapelle et un monastère dans l'endroit même où reposaient les reliques du martyr et à deux lieues environ de la ville de Saintes. Attirés par la sainteté du lieu, plusieurs chrétiens s'empressèrent de venir se loger à l'ombre du moutier et jetèrent ainsi vers la fin du vis siècle, les fondements du bourg de Saint-Vaise, que l’on voit encore aujourd’hui entre Saintes et Taillebourg, sur la rive droite de la Charente.

Le monastère, élevé par saint Pallais, devint, au xte siècle, un prieuré de chanoines qui fut annexé depuis à l’abbaye de Celles, en Poitou. Le prieur-curé était seigneur temporel de la paroisse. Les Huguenots ruinèrent tout, vers la fin du xvie siècle. Il ne reste plus que l’abside de la chapelle isolée au milieu des champs. Elle pouvait avoir au plus trente pas de longueur. Au xviie siècle, les bâtiments du prieuré ont été relevés, et la chapelle convenablement restaurée. Elle a été mise dans l'état où on la voit aujourd’hui par un de ces Vandales dont on devrait stigmatiser les noms.

Après avoir arraché les lierres et déraciné les arbres qui complétaient le tableau offert par cette ruine vénérable, il porta un pic sacrilége sur les blocs les plus entiers et les sculptures les mieux conservées, et cela pour faire du moellon, comme si ce sol pierreux n’en était pas déjà surabondamment pourvu. Les possesseurs actuels de la chapelle, après avoir longtemps conservé ce sanctuaire, sinon au culte, du moins à la vénération des fidèles, en ont fait, en 1872, le tombeau de leur famille. On y remarque un arbre, le seul qui croisse en cet endroit. On le dit planté par le dernier prieur, en 4789, pour marquer le lieu où l’on présume que reposent encore les restes de saint Vaise. à

D'autres prétendent que ses reliques ont été profanées et jetées à la rivière par les protestants. La question n’a jamais été éclaircie, et ce mystère n’est pas un des moindres attraits qu'offre ce lieu sacré.

Outre la paroisse de Saint-Vaise, celle de Granzay, qui était aussi du diocèse de Saintes, fut également placée sous le même vocable.

Une église avait encore été érigée en l’honneur de notre saint Martyr, sur une colline au S. ©. de Notre-Dame de Niort, dans un lieu où se fixa une colonie de Normands que baptisa un évêque de Saintes. Celte église relevait de l’abbaye de Saint-Jean d’Angely.

On voit, par une charte conservée par Dom Fonteneau, que cette église, avec ses dépendances, se trouva renfermée dans l'enceinte de la citadelle construite en 940. Elle fut cédée, en 1096, à l’abbaye de Charroux. Les comtes de Poitou, ducs d'Aquitaine, et, après eux, nos rois de France, comme on le voit par des titres de 1350, y signalèrent leur piété envers saint Vaise, par des fondations de messes. Après la ruine de cette église, le service divin et les fondations furent transférés dans celle de Saint-Gaudens et, en dernier lieu, à Notre-Dame de Niort, où les messes se célébraient encore en 4789.

La mémoire de saint Vaise était également honorée à la chartreuse d’Utrecht et à l’abbaye des chanoines réguliers de Bodek, au diocèse de Paderborn. Comment est parvenue dans ces contrées lointaines la dévotion à notre saint Martyr ? L'origine de ce fait, si elle était connue, nous reporterait, peut-être, au temps où Louis le Débonnaire devait résider périodiquement, tous les quatre ans, dans le château de Saint-Jean d’Angely, en Saintonge, peu distant de Saint-Vaise.

La fête de ce Martyr se célèbre de nos jours, aux diocèses de la Rochelle et de Saintes réunis, le 16 du mois d'avril ; il en était de même autrefois dans le monastère de Saint-Jean-d’Angely.

Extrait de la Biographie saintongeaise, par M. P. D. Rainguet, et de notes locales que nous devons à l'obligeance de M. l'abbé P. Th. Grasilier, aumônier du Carmel de Saintes.

Page 1