‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 241 sur 339 · SAINT ÉTIENNE, TROISIÈME ABBÉ DE CÎTEAUX · texte numérisé non relu

SAINT ÉTIENNE, TROISIÈME ABBÉ DE CÎTEAUX

visions, ils chantèrent l'office, sans souci du repas qui devait suivre. Après la messe, ils virent arriver en abondance, de divers endroits, une nourriture inattendue.

Dans une autre circonstance, tout commençant à manquer dans la maison, les religieux étaient menacés de mourir de froid comme de faim. Etienne dit au pourvoyeur d’aller au marché de Vezelay, prendre trois charrettes, attelées chacune de trois forts chevaux, de les faire charger d’étoffes, de farine, et de les amener. Le frère dit qu'il était prêt à obéir, mais qu'il ne pouvait rien faire sans argent. Le Saint lui répondit: « Prenez ces trois deniers, c’est la seule monnaie qu’on ait trouvé dans toute la maison. Soyez persuadé que Jésus-Christ pourvoira au reste par la miséricorde, et enverra son ange devant vous, pour vous préparer les voies ». Le frère partit. En route, ayant logé dans la maison d’un ami des Cisterciens auquel il fit part de son embarras, celui-ci alla trouver un riche du voisinage qui se préparait à mourir en faisant des aumônes considérables:il donna au moine tout l'argent nécessaire pour qu’il pût s’acquitter de sa commission. Quand on vit arriver au monastère les trois voitures chargées, la reconnaissance envers Dieu fut si grande, qu’on alla les recevoir en procession et en chantant des psaumes : l’Abbé était revêtu de ses habits sacrés, avait la crosse en main; ses ministres, le précédant, portaient la croix et l’eau bénite.

En 1195, saint Etienne visita le monastère de Saint-Waast, à Arras; en 4198, il assista, avec saint Bernard, au Concile de Troyes. Il sortit encore de sa retraite, en 1132, pour demander quelques grâces au pape Innocent II, qui était venu en France. Etienne, évêque de Paris, et Henri, archevêque de Sens, le prièrent de les aider de son crédit auprès de Louis le Gros, roi de France; il le fit et leur rendit tous les services qui dépendaient de lui.

Après avoir sagement et saintement gouverné son Ordre plus de vingt ans, Etienne, se voyant tout cassé de vieillesse et près de sa fin, se démit de sa charge d’abhbé, dans un chapitre général célébré l’an 1133, et consacra le peu de temps qui lui restait pour se préparer à la mort: elle arriva l’année suivante, en présence de vingt abbés de son Ordre, qui étaient venus le visiter. Il leur montra, en mourant, la même humilité que pendant sa vie: car lorsqu'il fut à l’agonie, quelques-uns des assistants se disaient tout bas qu’il était bien heureux et ne devait rien craindre après une vie si pénitente, si méritoire ; il rassembla assez de forces pour leur dire: « Je vous assure que je m’en vais à Dieu, avec autant de crainte et de tremblement que si je n’avais jamais fait aucun bien, car si la divine Bonté a produit quelque fruit par ma faiblesse, je crains de n’avoir pas correspondu comme je le devais à la grâce. » Il rendit son âme à Dieu, dans ces beaux sentiments d’humilité, le 28 mars 1134, et fut enterré dans le cloître, près de l’église. On le mit dans le tombeau du bienheureux Albéric, son prédécesseur, que l’on voyait encore avant la Révolution de 4789. Plusieurs miracles firent voir la gloire dont il jouissait dans le ciel. Sa chambre, à sa mort, parut resplendissante de lumières, et fut embeaumée des plus suaves parfums; on vit au-dessus de l’église, près de laquelle on l’ensevelit, une belle croix formée de cinq brillantes étoiles. Comme saint Albéric, il avait été favorisé de plusieurs apparitions de la Sainte Vierge, pour laquelle il avait une tendre dévotion.

1° On représente saint Etienne recevant des mains de la Vierge une ceinture blanche ! ; 2° un oiseau lui apporte un poisson; on raconte qu'étant

1. Voir dans la vie de saint Albéric l'explication de ce symbole.

malade et son estomac se refusant à toute nourriture, un messager aérien vint lui mettre cette douceur dans la bouche; 3° il va recevoir en procession le frère qui revenait de la foire avec trois charrettes chargées et trois bons chevaux.

Le Martyrologe romain nomme saint Etienne le 17 avril, jour que l’on suppose avoir été celui de sa canonisation.

Histoire des Ordres religieux ; Acta Sanctorum.

LA BIENHEUREURSE CLAIRE GAMBACORTI PATRONNE DE LA VILLE DE PISE 1420, — Pape : Martin V.

Fortitudo et decor indumentum ejus.

La force et la beauté, voila son vêtement.

Prov., xxxt, 25.

L'histoire des républiques est certainement remplie, de loin en loin, d’héroïques entreprises et de magnanimes actions, mais, bien souvent aussi, elle est tissue de séditions, de guerres, de trahisons et de massacres, qui obligent un jour les citoyens à se mettre sous l’autorité d’un seul. Telle fut l'histoire de la République Pisane, autrefois si glorieuse et maintenant disparue. À la suite de longues discordes, Piétro Gambacorti, distingué par son illustre naissance, par un grand caractère et un grand cœur, reçut le fardeau des choses publiques, par la confiance des Pisans.

Piétro Gambacorti était d’une ancienne et illustre famille et avait alors plusieurs enfants, dont une, la jeune Thora, depuis nommée Clara, avait atteint sa septième année. On en parlait déjà comme d’une jeune enfant remarquable par sa candeur et sa piété. En avançant en âge elle devait croître encore en vertu et en ferveur. Le frère aîné de Thora, Piétro Gambacorti, surnommé Piétro de Pise, donnait aussi des marques de sainteté qui plus tard se vérifièrent pleinement, car il fonda l'Ordre des Ermites de Saint-Jérôme, et fut mis par l'Eglise au rang des Bienheureux où l’on devait aussi placer sa jeune sœur.

Nous rappelons le sang et la dignité de la bienheureuse Claire, non pour lui faire de sa famille un mérite nul aux yeux de Dieu, mais pour mieux faire ressortir la nature et la gravité des événements qui mirent si souvent sa force à l'épreuve.

Peu de jours après l’élection qui le plaçait à la tête de la république, Piétro Gambacorti, pour mieux assurer son pouvoir nouveau, déclara devant le peuple réuni qu'il fiançait sa fille Thora à Simon de Massa, jeune noble de la ville, et prenant la main de Thora, il la plaça dans la main de Simon. Celui-ci avait alors quatorze ans; il regarda d’un œil orgueilleux et satisfait sa douce et charmante fiancée. Les deux familles applaudirent, le peuple éclata en bruyantes acclamations ; seule Thora pâlit, et lorsque Simon, sur l'invitation de son père, se pencha vers elle, Thora tendit alors innocemment la joue en disant : « Je demanderai au bon Dieu qu'il me

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